La Wallonie était, pendant les fêtes de fin d'année, l'invitée d'honneur de " Plaisirs d'hiver ", l'animation du c£ur de Bruxelles. Produits du terroir et bande dessinée. Heureusement qu'elle était invitée : cela lui a tout de même coûté 111 501 euros, à charge du budget communication du ministre-président.
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La Wallonie était, pendant les fêtes de fin d'année, l'invitée d'honneur de " Plaisirs d'hiver ", l'animation du c£ur de Bruxelles. Produits du terroir et bande dessinée. Heureusement qu'elle était invitée : cela lui a tout de même coûté 111 501 euros, à charge du budget communication du ministre-président. C'est l'habitude à l'approche des élections, les budgets " com " explosent, pour le plus grand bonheur du petit monde des boîtes de relations publiques. " Normal, répond le socialiste Rudy Demotte, cette période se prête aussi aux bilans. Force est de reconnaître, poursuit-il en réponse à une question écrite du député Ecolo Bernard Wesphael, qu'il est de bonne gouvernance que les citoyens évaluent une majorité sur son action. "C'est ainsi que, pour tenter de convaincre les Wallons des bienfaits du plan Marshall, puisque sans doute les effets n'en sont pas assez visibles, le gouvernement wallon va relancer une belle campagne de pub, au budget de 1,024 million d'euros, qui sera diffusée en avril-mai, soit à proximité immédiate du scrutin régional. Ce projet a été avalisé par la commission de contrôle des dépenses électorales du parlement wallon, mais majorité contre opposition, alors que, généralement, ses avis, qui ne sont pas contraignants, font l'objet d'un consensus. La campagne en question ne comportera ni nom ni signature, elle ne visera pas la promotion de l'image personnelle du ministre-président, ni de l'un ou l'autre ministre, a fait valoir la majorité. Serge Kubla, chef de groupe MR à Namur, ne l'entend pas de cette oreille. " C'est de la propagande, s'indigne-t-il. D'autant qu'une campagne sur le plan Marshall a déjà eu lieu en septembre dernier... "Depuis l'automne 2008, les communications des ministres wallons connaissent un rythme de plus en plus soutenu, avec une moyenne de 15 dossiers par mois, pour un montant de près de six millions d'euros. " En six mois, glisse le MR, le gouvernement wallon a donc dépensé trois fois plus pour sa communication que ce qu'il octroie à la formation des fonctionnaires wallons pour une année... " " Cette campagne Marshall, surenchérit Wesphael, coûte autant que le budget annuel prévention santé-environnement. " On voit où sont les priorités. Au hit-parade des communicateurs, c'est le ministre Benoît Lutgen (CDH) qui se révèle le champion toutes catégories, avec 28 campagnes engagées depuis septembre, pour environ 3,5 millions d'euros. Bien sûr, il ne s'agit pas toujours d'autosatisfaction, quand il vante les fromages de Wallonie (1 815 euros) ou promeut la patate (111 000 euros pour 2008, l'année de la pomme de terre). Mais le festival d'orgue de Bastogne, même avec une contribution modeste de 400 euros ? Chez lui, le gros du budget va aux campagnes " propreté ". Trois dossiers et plus de 1,5 million d'euros pour convaincre les malpropres d'arrêter de jeter leurs ordures sur les routes. Avec les amendes prévues (50 euros pour un papier ou une canette, 150 euros pour les autres déchets), et leur perception immédiate par des agents régionaux ou communaux, l'opération se révélera sans doute payante. Mais est-il bien normal que ces communications soient décidées par les cabinets ministériels, avec une fois de plus le risque de semer la suspicion : certaines dépenses peuvent parfois s'apparenter à des subsides, à des coups de pouce décidés par le seul ministre au bénéfice de ses proches. Si, par contre, il s'agit de l'intérêt général, autant que l'information soit diffusée par l'administration, qui dispose d'un service ad hoc pour cela. Toutes les campagnes ne passent toutefois pas par la commission des dépenses électorales, et échappent dès lors à toute transparence. Quand elles sont lancées, il est trop tard, on ne sait plus faire machine arrière. Ainsi Michel Daerden, notent des jaloux, a utilisé " de manière discutable " les panneaux de sensibilisation routière situés le long des grands axes. Quand on y lit que les routes, elles aussi, ont bien droit à un lifting, comment ne pas faire illico le parallèle avec les préoccupations esthétiques du ministre lui-même ? En pleine crise financière, au mois de novembre, le gouvernement wallon a acheté des pleines pages dans les journaux (95 508 euros, soit " 2,8 centimes d'euro pour chaque Wallon ", selon Rudy Demotte) afin d'expliquer les mesures qu'il allait prendre, dans le budget 2009, pour soutenir le pouvoir d'achat et restaurer la confiance. La commission des dépenses n'avait pas été consultée, et le parlement n'avait a fortiori pas pu analyser l'impact budgétaire des mesures annoncées. Il fallait faire vite, estime le ministre-président. " Dans ce registre de la confiance, faire connaître les mesures qui peuvent avoir un impact sur l'activité économique et sur le pouvoir d'achat est presque aussi important que les mesures elles-mêmes. " Qui n'ont pas toutes été inventées pour l'occasion, mais sur lesquelles on a bien vite remis une couche de peinture anticrise, histoire de faire preuve de sollicitude envers les gens. Au nombre des mesures en question, la suppression de la redevance radio a semé la confusion au sein même de l'administration, qui s'est trouvée submergée par les appels ou les récriminations de personnes qui pensaient pouvoir bénéficier, comme en Flandre ou à Bruxelles, de la suppression totale de la télé-redevance. Autres mesures : le déjà fameux prêt tremplin et les éco-prêts ( voir encadré) d'André Antoine. Le ministre CDH a fait très fort : sans en référer à la commission, il a fait distribuer en toutes-boîtes (1,7 million d'exemplaires environ) une brochure explicative dont il signe en toutes lettres la présentation, et qui donne, à deux reprises, l'adresse de son cabinet... Michel Delwiche