Parfois, la télévision s'allume parce qu'elle doit bien s'allumer, on ferme le roman qu'on essaie de lire pour la regarder, et la petite lucarne dont on disait à nos parents qu'elle était une fenêtre sur le monde éloigne de la fiction. D'autres fois, la télévision en Belgique ramène en plein dans un de ces vieux romans américains. Comme dans une histoire d'un Mark Twain qui aurait oublié d'être ironique, avec des chercheurs d'or naïfs, ces types qui se ruinent à acheter des concessions minières parce qu'ils croient voir la pépite suinter du plus accessible caillou, mais qui finissent toujours par se faire piquer leurs derniers dollars.
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Parfois, la télévision s'allume parce qu'elle doit bien s'allumer, on ferme le roman qu'on essaie de lire pour la regarder, et la petite lucarne dont on disait à nos parents qu'elle était une fenêtre sur le monde éloigne de la fiction. D'autres fois, la télévision en Belgique ramène en plein dans un de ces vieux romans américains. Comme dans une histoire d'un Mark Twain qui aurait oublié d'être ironique, avec des chercheurs d'or naïfs, ces types qui se ruinent à acheter des concessions minières parce qu'ils croient voir la pépite suinter du plus accessible caillou, mais qui finissent toujours par se faire piquer leurs derniers dollars. Parce que comme les pionniers de l'Ouest sauvage avaient leur mythe de la Frontière, nos dimanches à la télé déploient les mythes de la Wallifornie. " Il ne faut pas que ça soit un piège à l'emploi ", a ainsi déclaré, dimanche 30 août, à midi, à la télévision le président du Mouvement réformateur au sujet de la pension à 1 500 euros net pour une carrière complète, avec cette manière de gentil pied-tendre souffreteux qui vous céderait ses filons pour pas cher parce qu'il est trop malade pour l'exploiter vous comprenez, avec ses mauvais poumons et ses ongles incarnés, et que vous lui êtes si sympathique. " Il faut savoir les payer dans la durée ", a-t-il commencé par dire, comme pour montrer qu'on ne manquait pas de volonté mais plutôt de réserves pour choyer les chercheurs d'or fatigués. Mais pour le barde wallifornien, c'était aussi parce qu'ils n'étaient pas si fatigués que ça qu'il ne fallait pas " que ça soit un piège à l'emploi ". Parce qu'au fond ce sont eux, les pensionnés de la ruée vers l'or, qui manqueraient de volonté, car c'est un de nos grands mythes désormais que de clamer qu'il y a assez de minerai dans le sol wallon pour que chacun y trouve son compte sans devoir compter sur la générosité de l'Etat pour paver son chemin vers la richesse. Le président libéral avait l'air d'en connaître, des Wallons qui auraient travaillé quarante-deux ans et qui devraient continuer à ramasser les paillettes et les pépites jusqu'à terminer les murs de leur troisième villa en lingots plutôt que de compter paresseusement sur les carats de l'Etat, comme si le piège était dans la tête mesquine des prospecteurs et pas dans leurs vieux bras ou dans la densité du minerai. C'est ce qu'entendent aujourd'hui ces chantres du piège à l'emploi : il y a tant de richesse à extraire de leurs ballades que seul le paresseux n'y pioche pas. Ce récit mythique wallifornien n'est pas entonné que chez les tuniques bleues. Il a aussi cours chez les peaux-rouges, et c'est ce qui le rend si redoutable. Récemment interrogé sur la limitation des allocations de chômage dans le temps pour rendre un peu de volonté aux désoeuvrés, le président du Parti socialiste disait pouvoir " comprendre que pour un Flamand qui vit à un endroit où il y a le plein-emploi, la question se pose ". Comme si le problème était que ne rien faire rapportait trop d'argent, et pas que faire quelque chose en rapportait trop peu. Comme si le problème n'était pas qu'il existât encore des métiers qui payaient moins de 1 500 euros net des salaires de quarante ans de carrière. Ainsi chantonnent les mythologistes, qui croient qu'il n'y a qu'à gratter la terre pour devenir millionnaire, et qui ont oublié qu'il n'y avait même pas sous la terre de Wallonie un grain de sel de mer.