Quels sont ces endroits où nos édiles ont leurs habitudes, où ils tutoient le patron qui leur réserve toujours la meilleure table - ou en tout cas la plus discrète ? Aiment-ils l'ambiance populaire d'une bonne brasserie ou optent-ils pour celle plus guindée d'une adresse étoilée ? Préfèrent-ils voir et être vus ou le charme discret d'une arrière-salle où leur tranquillité est garantie ? Et prennent-ils le temps de savourer ce qu'on leur sert avec des gants ou doivent-ils engloutir leurs plats en deux coups de cuillère à pot ?
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Quels sont ces endroits où nos édiles ont leurs habitudes, où ils tutoient le patron qui leur réserve toujours la meilleure table - ou en tout cas la plus discrète ? Aiment-ils l'ambiance populaire d'une bonne brasserie ou optent-ils pour celle plus guindée d'une adresse étoilée ? Préfèrent-ils voir et être vus ou le charme discret d'une arrière-salle où leur tranquillité est garantie ? Et prennent-ils le temps de savourer ce qu'on leur sert avec des gants ou doivent-ils engloutir leurs plats en deux coups de cuillère à pot ? Nous avons poussé la porte de quelques-unes de ces " cantines du pouvoir " dont seuls les murs ont des oreilles, guidés parfois par ceux qui les hantent et acceptent d'en parler. Ce n'est pas le cas de tous : plusieurs hommes et femmes politiques francophones de tout premier plan se sont défendus d'avoir une adresse de prédilection. Du moins pour y parler politique... Verhofstadt, Durant, Cohn-Bendit, Clerfayt, Vande Lanotte, Reynders ou encore Leterme : ils sont nombreux à s'être assis à la table de Nadia et Giovanni Bruno, les patrons du Senzanome, resto italien haut de gamme et étoilé de Schaerbeek. " Et encore, je ne me souviens pas de tous les noms ", sourit Giovanni. Les politiques y ont leurs habitudes et y défilent allègrement. Avec quelques belles rencontres à la clé. " C'est ici que j'ai réuni Verhofstadt et Cohn-Bendit pour la première fois, se souvient la députée européenne Isabelle Durant (Ecolo). Ils ne se connaissaient pas bien. La dynamique Spinelli (NDLR : du nom du groupe fondé en 2010 par Guy Verhofstadt et Daniel Cohn-Bendit pour soutenir l'Europe fédérale) est née au Senzanome, de même que le livre qu'ils ont coécrit. Tous les deux apprécient la cuisine italienne. Ils ont donc été servis car on y mange vraiment bien ! Je viens régulièrement. Si je me souviens bien, la soirée s'est terminée très tard... " Depuis ce repas mémorable, l'ancien Premier ministre libéral revient régulièrement. " C'est un habitué, reconnaît Giovanni Bruno. Il a une table bien définie, à l'arrière du restaurant. Une table de quatre couverts plutôt isolée. Tout le monde la veut ! Il y a tellement de politiques qui viennent ici qu'il faut parfois les séparer aux quatre coins du restaurant (NDLR : qui n'est pourtant pas bien grand) pour qu'ils gardent une certaine discrétion. " Le Senzanome est également le restaurant où Bernard Clerfayt et Isabelle Durant ont scellé leur accord de majorité en 2006 et 2012. La discrétion des lieux ne les a même pas obligés à changer de commune. X. A. Situé à deux pas de la Grand-Place, le Bocconi est fréquenté par une clientèle plutôt internationale. Les hommes d'affaires y défilent. Le restaurant de l'hôtel Amigo est notamment apprécié par Elio Di Rupo et Charles Michel. " Elio y invite régulièrement des collaborateurs ou des journalistes pour des réunions de travail, explique son ancienne porte-parole Ermeline Gosselin. Il y apprécie la cuisine italienne et les plats simples. Mais, il faut avouer que, s'il doit décider de quelque chose d'important, il le fait davantage au siège du PS ou au Lambermont. " Le Bocconi fait en tout cas partie de ses deux tables bruxelloises préférées. Dans une déco plutôt design, le chef Marco Visinoni y propose une cuisine plutôt simple qui revisite des plats traditionnels. Le Premier ministre PS y croise de temps en temps Charles Michel, le patron du MR : " On se mêle à une clientèle internationale, si bien que l'on peut discuter tranquillement, sans être remarqué ", confirme ce dernier. Un constat qu'appuye son porte-parole Frédéric Cauderlier : " Lors des discussions sur la réforme de l'Etat, Charles y invitait les autres présidents de parti ou des personnes influentes. C'est une bonne table où des infos importantes ont filtré. " X. A. Un incontournable pour de nombreux libéraux, tant des cabinettards que des politiques. Le siège du MR est situé à 200 mètres de là. La balade n'est donc pas bien longue avant de s'asseoir à la table du Piccolo Mondo, un restaurant italien convivial et sans prétention situé rue Jourdan, à Ixelles. Didier Reynders y a ses habitudes. Le patron est d'ailleurs un de ses grands admirateurs : " Il est toujours serviable avec le personnel et n'a aucune exigence particulière, explique Leo Spagnolo. Il se mêle aux autres clients, sans souci. Nous avons l'habitude de recevoir de nombreux hommes politiques. Notre cuisine est particulièrement appréciée. " Sa différence avec d'autres restos du quartier ? Outre sa cuisine, ses heures d'ouverture plutôt flexibles. " Didier et ses collaborateurs vont souvent au restaurant après une soirée de travail, explique David Maréchal, attaché de presse de l'ancien président du MR. Or, le Piccolo Mondo est un des rares à rester ouvert si tard. Le patron ouvre encore sa cuisine même quand on arrive à 23 h ou minuit. Un avantage indéniable. Et Leo Spagnolo est en plus très accueillant. " Le ministre des Affaires étrangères fréquentait encore davantage cette cantine quand il était président. Il y invitait journalistes, collaborateurs et politiques. " Je n'ai pas souvenir de grands accords mais la plupart des discussions post-élections ont dû se dérouler ici, poursuit David Maréchal. Et donc une série de décisions sur des nominations politiques ou autres choix importants. Il s'agissait à chaque fois de réunions informelles. " Et le plus souvent autour d'un plat de tagliatelles, que ce soit au pesto, aux fruits de mer ou à la napolitaine. " Notre spécialité, sourit Leo Spagnolo. Je veux rester modeste mais nous faisons les meilleures pâtes de Bruxelles... " X. A. Ouverte il y a seulement cinq ans par Laurent Veulemans, sur la place de la Vieille Halle aux Blés à un jet de pavé de la Grand-Place, La Brasserie de Bruxelles est très fréquentée par les politiques bruxellois, surtout membres du PS. " Freddy Thielemans y déjeunait deux ou trois fois par semaine, avec ou sans ses collègues du collège, comme Philippe Close ou Yvan Mayeur, précise Laurent Veulemans, le propriétaire. Il a sa table attitrée, au fond du restaurant, près des cuisines. Quand lui ou un autre politique vient, je sais qu'ils n'aiment pas être embêtés et je m'assure qu'il n'y ait pas grand-monde autour. " Laurent Veulemans gérait auparavant Les Armes de Bruxelles, une autre adresse bien connue du centre-ville. Il l'a revendue, " mais les clients nous ont suivis ". Le restaurateur ne manque pas d'anecdotes. " Pendant les négociations pour former le gouvernement, je me souviens qu'après sa désignation par le Palais, Elio Di Rupo est venu manger ici tous les jours qui ont suivi et, à chaque fois, les gens dans la salle se levaient pour l'applaudir - au point qu'Elio pensait que je les avais payés pour ! Un beau moment. Et en décembre dernier, pour les 125 ans du Soir, le Premier ministre était ici pour interviewer Marc Wilmots, l'entraîneur des Diables Rouges. Beaucoup d'interviews se font ici, notamment en télé. Quand François Hollande est venu manger avec 80 journalistes, ça a été un vrai boom pour notre restaurant ! " A.D. C'est le fief des libéraux quand ils doivent se rassembler en nombre en Brabant wallon. Facile d'accès, situé à deux cents mètres de la E411 et à l'entrée du parc d'activité économique de Wavre, le Happy's a les faveurs de Charles Michel quand il doit sonner le rappel des troupes brabançonnes. Les dix-sept bourgmestres libéraux s'y côtoient régulièrement. Dans une ambiance lounge et un espace aéré, ce restaurant attire une population plutôt B.C.B.G. qui apprécie la cuisine contemporaine. " Un endroit que j'aime beaucoup, facile d'accès en plus, confirme le patron du MR. Nous ne sommes pas dérangés et on y mange bien. " Pour être au calme, les libéraux filent dans l'arrière-salle, située à l'étage. Une grande porte coulissante permet de s'isoler et de discuter tranquillement. " On se retrouve entre bourgmestres libéraux pour évoquer les grands enjeux de la province, confie Jean Vanderbecken, le maïeur de Rixensart. On échange nos impressions personnelles. Et cela se termine de temps en temps au bar. Les langues s'y délient plus facilement... " Reste que cela dérape rarement. " Charles Michel vient régulièrement, se flatte le patron Christian Semail. Mais il est toujours discret, il ne veut pas se mettre en avant. L'opposé d'un Michel Daerden qui fréquentait mon restaurant au Sablon et qui était loin de passer inaperçu ! " Le président du MR n'y convie toutefois pas que des libéraux. En 2007, sa relation avec le socialiste André Flahaut est au plus bas. Ce dernier a peu apprécié que les libéraux convolent avec Ecolo à la Province du Brabant wallon, formant un attelage inédit. Ils ne se parleront plus pendant de nombreux mois. Jusqu'à ce que la réconciliation se déroule autour d'un plat de sushis au Happy's. " Au nom de l'intérêt général brabançon ", sourit un fidèle lieutenant de Flahaut. X. A. En installant son Roma dans ce quartier namurois un brin excentré, il y a cinq ans, Grégory Amoroso pensait surtout attirer la clientèle de l'hôtel voisin. " Je n'avais pas pensé à la proximité des cabinets des ministres wallons. D'autant qu'il y a déjà beaucoup de restaurants dans les environs. " Sa cuisine méditerranéenne aura fini par attirer quelques politiques. " Monsieur Prévot, Monsieur Courard, Madame Tillieux... Et sans doute d'autres que ma connaissance restreinte du sujet ne m'a pas permis d'identifier ", confie-t-il. Son plus fidèle client est sans conteste Jean-Marc Nollet. " Je suis presque abonné ! " sourit le ministre de l'Energie. Un endroit " contemporain et convivial, chic sans trop l'être ", comme le décrit son patron dont l'Ecolo apprécie la proximité (" à 2 minutes à pied du bureau "), les suggestions (" salades, pâtes... je me laisse guider ") et... le vin à la ficelle. " Idéal lorsqu'on doit encore travailler l'après-midi ! " Mais c'est aussi la mezzanine de l'établissement qui l'a séduit, où le patron des lieux met parfois à sa disposition une table supplémentaire pour qu'il puisse travailler. " Cela me permet d'être un peu à l'écart si la conversation porte sur un sujet confidentiel. " Pas la peine, toutefois, de tendre l'oreille si vous êtes un jour son voisin de tablée à Namur, ou même à La Vigneraie à Charleroi ou à Ma douce Provence à Bruxelles, deux autres de ses cantines de prédilection. Les décisions importantes se prennent dans son cabinet. " Mais je peux recevoir des journalistes, avoir des entretiens avec des personnes du secteur de l'énergie ou du logement... Je peux aussi y discuter de dossiers de recrutement, qui nécessitent un cadre plus informel. " Grégory Amoroso a pris l'habitude de recevoir des commandes tardives à livrer directement au cabinet. " Du style : un coup de fil à 22 heures pour demander une pizza au jambon bien cuite. On pense souvent que les politiques ne font rien. Mais je peux vous dire qu'à chaque fois que M. Nollet vient ici, il a toujours un dossier ouvert à côté de lui ou un tas de papiers à lire... " M. Gs La façade passerait presque inaperçue dans l'étroite et ombragée rue Notre-Dame. " Assez discret ", confirme le maître des fourneaux du Cuisinémoi, Benoît Van den Branden, qui a ouvert l'établissement il y a dix ans avec sa sommelière d'épouse, Catherine. " Il faut pousser les portes pour découvrir notre univers. " Les parlementaires tout proches (l'hospice Saint-Gilles n'est qu'à un jet de pierre) n'ont pas tardé à trouver le chemin de cet étoilé au Michelin et à goûter à ses mets " contemporains et de saison ". " L'endroit est une adresse de prédilection de nombreux politiques à Namur ", commente un cabinettard namurois. " Un établissement couru, confirme une députée. Peut-être un peu trop. Car si l'on veut être discret, ce n'est pas là qu'on va ! " La clientèle du restaurant ne manque pas non plus d'hommes d'affaires. " Mais nous avons aussi des familles, des jeunes, des touristes, souligne Benoît Van den Branden. Les hommes politiques ne suffisent pas à occuper chaque jour notre trentaine de couverts. Dommage, d'ailleurs ! " M. Gs Sur le feu, un ragù. Recette incontournable de La Cantina, transmise à Stéphanie Uhoda par son père, qui avait ouvert ce restaurant il y a vingt ans. A l'époque, la place Saint-Denis était encore un quartier douteux du coeur de la ville que seuls les plus aventureux traversaient la nuit tombée. L'environnement a désormais bien changé. Mais l'établissement d'une cinquantaine de couverts, lui, a conservé son cachet d'antan : des murs tapissés de portraits familiaux et d'affiches, carrelages en damier blanc et bordeaux, tables et chaises en bois, terrasse ombragée par la vigne vierge... L'endroit est devenu au fil du temps the place to be pour les Liégeois en quête d'une cuisine italienne chic " mais familiale ". C'est ici que les célébrités de passage dans la Cité ardente font escale. S'y retrouvent également des avocats, chefs d'entreprise, décideurs... Jean-Claude Marcourt, ministre wallon de l'Economie (PS), y a ses habitudes depuis belle lurette. En famille ou en rendez-vous professionnels. " Il y mène tous types de rencontres, confie un proche. Mais souvent en dehors des heures de bureau, car il passe la majorité de son temps entre Bruxelles et Namur. Et beaucoup de décisions se prennent au cabinet. " En période électorale, il n'est pas rare que l'affiche du Liégeois trône sur la façade. " C'était un ami de mon père, aujourd'hui décédé, explique Stéphanie Uhoda. Il nous a toujours soutenus. Il est un peu ici comme à la maison. Mais je n'ai de carte d'aucun parti politique ! Si je place son affiche, c'est par amitié. Même si ça m'a été reproché. " Jean-Pascal Labille, ministre socialiste des Entreprises publiques, est un autre habitué des rigatonis au homard et autre magret de canard au carpaccio de foie gras, deux classiques de la maison. Même si le coup de fourchette de ce fana de pasta est moins régulier depuis qu'il a été appelé à des destinées fédérales. " J'ai accompagné plusieurs ministres tout au long de ma carrière, glisse son porte-parole, Christopher Barzal. Il est vrai que certains n'apprécient pas les réunions au resto ou n'aiment pas voir des gens. Jean-Pascal Labille, c'est tout le contraire. Il aime passer du temps avec les personnes avec lesquelles il est amené à travailler. A ses yeux, un repas peut faciliter les discussions, les relations. " Les ministres apprécieraient avant tout la qualité de la cuisine de ce resto qui met un point d'honneur à travailler les produits frais. Mais qui est aussi réputé pour son addition plutôt salée. Le prix à payer pour bien manger et être vu... M. Gs Willy Demeyer n'est pas un fan de restaurants. Il en fréquente assez peu. Mais lorsque le bourgmestre de Liège et vice-président du PS souhaite manger un morceau en dehors de son bureau, il ne se déplace pas très loin : la brasserie As Ouhès se situe place du Marché, juste sous les fenêtres de l'hôtel de ville, avec une terrasse à l'ombre du Perron. Cet établissement à la décoration feutrée, tout en lambris d'époque (la maison et sa façade classée datent du XVIIe siècle) et lumières tamisées, est tenu par le même chef depuis vingt ans, Alain Poumay. Une cuisine française et liégeoise, sans chichis, à laquelle goûtent régulièrement les élus communaux liégeois. Pour mener des conversations confidentielles, le maïeur - qui a un faible pour les plats de poissons - préfère toutefois les restaurants possédant un étage ou une salle isolée, histoire de ne pas être entouré d'oreilles indiscrètes. C'est par exemple au premier étage de L'Amuse Bouche, adresse spécialisée en cuisine du terroir (toujours place du Marché), qu'il a récemment réussi à boucler quelques dossiers épineux... M. Gs Automne 2011 : tout le monde évoque le ticket Hoyos/Deleuze pour la présidence d'Ecolo. Ils n'en ont pourtant jamais parlé sérieusement. Le déclic se passera dans une pizzeria de Lustin, le Venezia. Un restaurant à l'écart des classiques cantines namuroises et bruxelloises où les deux interlocuteurs risquaient de croiser journalistes ou politiques. " C'est pour cette raison que j'avais invité Olivier dans mon village, se souvient Emily Hoyos. Et pourtant, dès qu'on pénètre dans la pizzeria, on tombe sur le collège communal au grand complet ! Heureusement, rien n'a filtré. Ils ont tenu leur langue. " Au Venezia, on est loin des grands restaurants de la capitale. L'ambiance est bon enfant et la déco plutôt sommaire. Le duo se forme un vendredi de la fin du mois de novembre à l'heure du lunch, une pizza dans l'assiette. Chacun se teste, interroge l'autre. Avant de s'unir et de développer les stratégies pour les mois à venir. " Une discussion à bâtons rompus dans une bonne ambiance. Cette pizzeria restera donc dans les annales d'Ecolo ", sourit la coprésidente. M. Gs A Mons, tout le monde le sait, Elio Di Rupo a ses habitudes à la Table des matières, le restaurant que Renato Carati gère en famille, avec son épouse et sa fille Fulvia, quand les études en traduction et interprétation que celle-ci effectue lui en laissent le temps. Le Premier ministre y organise des conférences de presse ou y emmène des collègues parlementaires, mais s'y rend aussi souvent en fin de journée. " Il vient plus souvent en privé que pour le travail, pour manger vite. Je cuisine pour lui depuis seize ans. Il m'appelle et me dit 'salut Renato, c'est Elio, je viens manger'. Pour moi, il reste Monsieur Di Rupo. Parfois, on doit accélérer son repas parce que il a beaucoup de travail. Il mange en vingt minutes, puis repart. " Ensemble, les deux Italiens ne parlent pas de politique. Ils avaient prévu de réaliser un reportage sur la cuisine italienne dans le village d'origine d'Elio Di Rupo, mais c'était la pleine période de formation du gouvernement et cela ne s'est pas fait. " Notre Premier s'intéresse surtout aux gens de l'Horeca, il est toujours curieux de voir comment les choses fonctionnent. Nous parlons de tourisme, de l'Italie ou de faits d'actualité, mais pas de politique. Sans doute parce qu'il apprécie la liberté de ne pas faire de politique quand il est chez moi. Je reste toujours assez discret sur le sujet et je pense que c'est sans doute pour ça que j'ai les hommes et les femmes politiques si souvent chez moi. Je respecte leur travail et leur intimité. " De nombreuses personnalités ont déjà accompagné le Premier ministre chez Renato Carati. " Il y a Madame Onkelinx qui aime beaucoup ce qu'on fait et qui m'a déjà écrit plusieurs courriers pour me remercier. Il y a Joëlle Milquet, Guy Verhofstadt, Louis Michel quand il travaillait encore à l'échelle nationale. Philippe Maystadt qui vient même sans le Premier ministre. Elio Di Rupo est un peu le fil rouge de tout ça. " On n'aurait pas mieux dit ! C. Du. Luc Broutard, dont La Table du Boucher a quitté la chaussée de Tournai à Ville-Pommeroeul, il y a trois ans, pour prendre ses quartiers dans la future capitale européenne de la culture, confirme ce qu'en dit Renato Carati : " Avec Elio Di Rupo, il faut que ça aille vite ! Il appelle au moment de démarrer de chez lui, à pied, et même s'il n'est pas là, on peut mettre l'assiette sur la table, dans un petit coin tranquille. " Si le celui-ci vient moins souvent depuis qu'il occupe le 16, rue de la Loi, ses habitudes culinaires ne changent pas, cela doit être simple et rapide : un tartare, un steak ou des croquettes aux crevettes. Il peut rester un mois sans venir, puis se sustenter à La Table du Boucher quatre fois dans la même semaine. De nombreux hommes et femmes politiques fréquentent ce lieu. Le patron y a notamment reçu feu Michel Daerden, Carlo Di Antonio, Paul Magnette et, bien sûr, tous les échevins montois. C. Du. " Quand je suis à Charleroi, c'est-à-dire à peu près une fois par semaine, c'est un resto que je privilégie souvent, confie le ministre carolo Olivier Chastel. J'y vais pour des rendez-vous professionnels liés à Charleroi ou à mes activités politiques, mais aussi en famille ou avec des amis qui aiment les bons restaurants. C'est un des meilleurs de la ville ! Il propose une cuisine française d'avant-garde et a de nombreux avantages. Celui de se situer à un kilomètre de chez moi et de changer sa carte régulièrement, notamment. J'ai plus de souvenirs de décisions politiques prises à Bruxelles qu'à Charleroi, mais quand j'invite un collègue parlementaire pour des décisions qui concernent le Hainaut ou Charleroi ou pour la constitution de listes électorales, par exemple, c'est régulièrement aux 3 P'tits Bouchons que je vais. J'y ai d'ailleurs invité Charles Michel, le président du MR, début juillet. " Roland Kempinaire, qui a ouvert ce restaurant gastronomique à Mont-sur-Marchienne en 2004 avec son associé Yoshida Shunshuké, reçoit à peu près tous les hommes et femmes politiques carolos. " Paul Magnette qui habite à 200 mètres vient en voisin. Jean-Marc Nollet de temps en temps, même s'il est sur Namur maintenant, et Olivier Chastel plusieurs fois par mois. Olivier est une bonne fourchette et il aime les restos et les bons vins. Généralement, il fait le tour de la carte. Il arrive même qu'on confectionne un menu spécial pour lui et ses convives. En général, quand elles sont peu nombreuses, toutes ces personnes choisissent à la carte. Si elles sont plus nombreuses et qu'il s'agit d'une réunion d'équipe, un menu spécial est déterminé sur la base d'un budget. Elles n'ont pas non plus le loisir de trop dépenser. " De la même façon que le montant de l'addition dépend du caractère privé ou professionnel de la rencontre et de la poche qui l'honore, la salle de restaurant accueille les tablées familiales et amicales, tandis qu'elle peut être modulée avec des cloisons pour les réunions politiques. Le repas peut aussi être servi dans des salles de réunions à l'étage, pour les rencontres plus formelles. Il y a peu, les deux associés ouvraient La Cantine des Bouchons à leur ancienne adresse, boulevard de l'Europe. On y retrouve les mêmes convives pour une cuisine qui se veut plus bourgeoise et s'offre dans un esprit brasserie. C. Du. Située juste en face de l'hôtel de ville, cette brasserie à la déco munichoise accueille régulièrement les élus après le conseil communal. C'est Paul Magnette, bourgmestre PS de Charleroi, qui nous renseigne l'adresse : " On y sert une cuisine de terroir. Tout le collège et tous les conseillers communaux, de la majorité comme de l'opposition, viennent ici pour boire un verre, mais aussi pour manger à midi, signale Philippe Stiennon, patron des lieux depuis douze ans, qui officiait avant au bar comme employé. Ils viennent aussi bien avant qu'après leurs réunions, mais pas nécessairement tous les jours. Je dirais une ou deux fois par mois, pour préparer les conseils. Ce n'est quand même pas la Maison du Peuple, ici. " C. Du. Paul Furlan, ministre wallon des Pouvoirs locaux, le dit tout de go, il a tellement de boulot qu'il ne peut aller beaucoup au restaurant. Il préfère manger des choses simples, chez lui. Mais il reconnaît tout de même apprécier la cuisine de brasserie et la cuisine italienne. Il trouve la première à la Petite Gayole à Thuillies et la seconde, chez Mimi, au Restaurant de la Gare à Anderlues. " C'est là que je me sens le mieux, le plus à l'aise, là où les choses se discutent. Mimi propose un plat du jour et je le connais bien, je le rejoins dans l'arrière-cuisine. " Précision : Mimi est un homme. " Un Italien jusqu'au bout des doigts, bagués, dont la cantine est blindée ", nous confie un convive. " C'est vrai, confirme le pittoresque intéressé. Quand Monsieur Furlan vient, il fait comme chez lui. Sa femme vient aussi souvent avec les enfants. Mais celui qui me rend le plus visite, c'est Tommy Leclercq, le gouverneur de la Province. Même deux fois par semaine ! C'est avec lui qu'Elio Di Rupo est venu au début, quand il était encore président du PS. J'ai cru qu'on ne le verrait plus quand il deviendrait Premier ministre, mais il vient toujours. Je suis assez ami avec ses frères Franco et Mario avec qui je suis régulièrement allé en vacances. " Dans son établissement de 22 tables qui peut accueillir 70 couverts, Mimi a fièrement accroché une grande photo sous verre. Il l'a reçue de Philippe Tison, bourgmestre d'Anderlues, qui y pose avec Elio Di Rupo et Tommy Leclercq. " Je crois qu'elle a été prise au Lambermont. " C. Du. Un dossier coordonné par Philippe Berkenbaum, avec Xavier Attout, Caroline Dunski et Mélanie Geelkens Photos : Alexis Haulot pour Le Vif/L'Express.