Vous plaidez pour l'installation de plus d'un million de bornes de recharge en Belgique. Est-ce réaliste d'ici à 2026?
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Vous plaidez pour l'installation de plus d'un million de bornes de recharge en Belgique. Est-ce réaliste d'ici à 2026?Magali Van Coppenolle, sales manager: Précisons d'abord qu'il ne s'agit pas d'un million de bornes sur les lieux publics. Les études existantes démontrent que 90% des recharges en Belgique se font soit à domicile soit au travail. L'objectif nous semble envisageable en tenant compte de cette réalité. Les bornes semi-publiques joueront un rôle majeur: les parcs d'activité économique, les centres commerciaux, les stations-service... La plupart de ces acteurs sont déjà sur des axes fort fréquentés et sur des lieux où une extension de la capacité électrique est faisable. Peter Buyckx, managing director: A l'heure actuelle, on estime qu'il existe entre 11 000 et 12 000 points de recharge publics ou semi-publics en Belgique. En comparaison, les Pays-Bas en comptent environ 80 000. Les bornes devront suivre les déplacements des gens. La crise sanitaire a modifié certaines pratiques, dont le recours accru au télétravail, qui persistera partiellement. Peut-elle remettre en cause la répartition des bornes à déployer?M.V.C.: Depuis plusieurs années, beaucoup de promoteurs introduisent des bornes de recharge dans les projets d'appartements. Bien sûr, en particulier en ville, tout le monde ne dispose pas de son propre garage. Mais des initiatives permettent déjà à chaque citoyen de faire une demande auprès de sa commune pour qu'une borne soit installée à proximité de son domicile. En Wallonie, nous avions créé à cette fin, il y a quelques années, le site wallonieelectrique.be. A Anvers, on a pu développer cette approche de façon très positive. Partout en Belgique, il faut suivre la même logique. A l'heure actuelle, cette possibilité n'est pas assez connue du grand public. Ces villes doivent-elles payer une partie ou la totalité des bornes installées?M.V.C.: C'est à l'opérateur d'investir dans la borne et dans son coût de raccordement, tant que l'on sait à l'avance qu'il existe une demande pour la recharge de véhicules à cet endroit. Mais cela nécessite une décision efficace et rapide des pouvoirs publics pour approuver les installations de bornes. Ce n'est pas encore suffisamment le cas. Que manque-t-il pour faciliter le déploiement de bornes?P.B.: Deux choses pourraient aider le secteur. La première est liée à la durée des concessions que nous recevons. On ne peut pas avoir un business model rentable sur une période de trois ou cinq ans. Nous avons besoin de dix ans et plus. La deuxième porte sur le coût de l'électricité et de l'utilisation du réseau. Par kilowattheure, celui-ci est beaucoup plus élevé en Belgique qu'au Pays-Bas. Là-bas, une règle nous permet de combiner les connexions de différentes bornes que l'on gère comme une seule entité, les rendant ainsi comparables au prix plus attractif d'une connexion haute tension. On parle alors d'un prix d'environ dix cents par kWh. En Belgique, comme elles sont reprises individuellement, c'est au moins deux fois plus cher. M.V.C.: A cela s'ajoutent des différences de coût de raccordement au réseau selon les Régions. Il est par exemple jusqu'à quatre fois plus cher d'avoir les mêmes 63 ampères en Wallonie qu'en Flandre. Réduire ces coûts en Wallonie pourrait aussi y accélérer le déploiement de bornes. L'habitat est particulièrement dispersé en Belgique. Quand ce n'est pas possible à domicile, proposer des solutions de recharge à proximité pour tous les conducteurs sera-t-il envisageable?M.V.C.: Dès 2011, l'approche en Flandre était de faire en sorte que chaque citoyen ait une borne de recharge à moins de dix kilomètres de son domicile. C'est une philosophie qu'il faut aussi développer en Wallonie.