Il est des moments où sonder l'opinion du public s'avère crucial. Surtout lorsque l'issue d'une crise bancaire comme celle que nous connaissons dépend en partie de la confiance que les épargnants gardent ou non dans les institutions financières. Ainsi, la plus grosse surprise du sondage que Le Vif/L'Express a effectué le 2 octobre dernier, avec La Libre Belgique, sur un échantillon de 1 000 personnes au sein de la population belge, est justement celui de la confiance maintenue. A savoir : 75 % des sondés disent faire encore confiance à leur banque, contre 21 % d'entre eux qui ne leur accordent plus - osons le jeu de mots - leur crédit. 2,5 % des personnes interrogées seulement n'...

Il est des moments où sonder l'opinion du public s'avère crucial. Surtout lorsque l'issue d'une crise bancaire comme celle que nous connaissons dépend en partie de la confiance que les épargnants gardent ou non dans les institutions financières. Ainsi, la plus grosse surprise du sondage que Le Vif/L'Express a effectué le 2 octobre dernier, avec La Libre Belgique, sur un échantillon de 1 000 personnes au sein de la population belge, est justement celui de la confiance maintenue. A savoir : 75 % des sondés disent faire encore confiance à leur banque, contre 21 % d'entre eux qui ne leur accordent plus - osons le jeu de mots - leur crédit. 2,5 % des personnes interrogées seulement n'ont pas répondu à la question. Une bonne nouvelle donc pour les banques. Mais cette confiance des trois quarts de la population pourrait se révéler plus fragile qu'on ne le croit. Car l'optimisme, que les Belges persistent à afficher, peut dissimuler une angoisse profonde face à l'abîme que nous réserverait l'effondrement total du système. Comme si, pour l'instant, personne ne voulait y croire. On préfère fermer les yeux et se reposer sur l'action du gouvernement, lui empruntant le pas dans son effort à appliquer la méthode Coué. Dans cette hypothèse, l'opinion pourrait se retourner comme une crêpe, de manière irrationnelle, à la moindre fumée noire... Cette confiance est d'autant plus fragile que les avis se révèlent plus mitigés quant au rôle actuellement joué par l'Etat dans la crise traversée par Fortis et Dexia. En effet, si les Belges sondés estiment dans leur majorité (74 %) que le gouvernement fédéral et les Régions devaient intervenir, comme ils l'ont fait, en injectant des fonds publics dans les banques nécessiteuses, ils sont beaucoup plus partagés quant à la vocation des pouvoirs publics à rester durablement dans le capital des banques. Ici, seuls 38 % des sondés se montrent favorables à ce que l'Etat soit actionnaire sur le long terme des banques sauvées, contre 38 % d'opinions défavorables. Ce partage équitable correspond-il à un clivage classique d'opinions de gauche et de droite ? Il montre, en tout cas, que l'Etat n'est pas considéré comme le meilleur partenaire d'une institution bancaire. Quant au sort des administrateurs et anciens dirigeants de Fortis et de Dexia, la sentence est sans surprise et sans appel. Plus de 71 % des sondés (contre 17 %) souhaitent que ceux-ci soient sanctionnés s'il est démontré qu'ils ont commis des erreurs de gestion ou qu'ils se sont rendus coupables de fraude. Les plus sévères sont les 45-65 ans, donc surtout les travailleurs expérimentés. Près de 80 % d'entre eux réclament des sanctions. Par ailleurs, 77 % des Belges consultés estiment que les patrons de ces banques doivent être privés de leurs plantureuses indemnités de départ, les fameux parachutes dorés. Il est vrai que le prix annoncé - 5 millions d'euros - pour le départ de Herman Verwilst de la direction de Fortis a choqué beaucoup de monde. Enfin, sur le rôle des médias dans la crise, les Belges sont 58 % à considérer que ceux-ci les ont bien informés. Plus de 30 % pensent le contraire. Outre la surinformation occasionnée par ce genre de crise, il faut dire qu'il est très ardu de rendre la matière économique et financière accessible. Les médias pâtissent également du manque de transparence des banques et de leur mauvaise communication. C'est aussi une leçon à retenir de ce sondage.Thierry Denoël