Savourer, se bâfrer, déguster, gueuletonner, se repaître... Le Belge aime manger, les saveurs de la langue en témoignent. Mais voilà que l'épicurien stresse : le sans-sucre, le maigre, le bio, l'anticholestérol ou le " zéro risque ", vendus à toutes les sauces, inondent les supermarchés. Devant les rayons, le péremptoire message diétético-sanitaire trouble les esprits, même les plus rabelaisiens.
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Savourer, se bâfrer, déguster, gueuletonner, se repaître... Le Belge aime manger, les saveurs de la langue en témoignent. Mais voilà que l'épicurien stresse : le sans-sucre, le maigre, le bio, l'anticholestérol ou le " zéro risque ", vendus à toutes les sauces, inondent les supermarchés. Devant les rayons, le péremptoire message diétético-sanitaire trouble les esprits, même les plus rabelaisiens. Le pli est pris. Si les années 1980 avaient amorcé le culte de la minceur et inauguré le règne du light, les années 2000 ont érigé la maîtrise du corps en ultime valeur : ce corps-miroir, reflet d'une société enivrée de jeunesse et de santé, perturbe les appétits. Il s'agit toujours d'être svelte et beau, mais aussi - surtout - étanche aux maladies, aux risques et aux ravages du temps. Les nouvelles menaces s'appellent diabète, hypertension, cancer, obésité : presque un Belge sur deux est en surpoids. Or on sait, désormais, que les maladies cardio-vasculaires se soignent mieux en mangeant bien - elles sont responsables d'un décès sur trois. On rêve de se prémunir contre le cancer ou encore Alzheimer... Ne manque que le régime taillé sur mesure. Patience, les chercheurs en nutrigénétique, nouvelle lubie des laborantins, promettent de livrer le menu idéal d'ici à quelques années... selon l'ADN de chacun ! En attendant les miracles de la science, comment ne pas perdre le nord devant tous ces compléments alimentaires, barres vitaminés, yaourts anticholestérol, smoothies pur jus, pains sans gluten et autres produits emballés de promesses ? Devant l'avalanche d'avis diététiques contradictoires, promulgués à tout-va ? Sur la Toile, plus de 3 000 blogs culinaires abreuvent les affamés de conseils. Chaque jour, les nouveaux exégètes de la nutrition se concoctent des menus sur ordonnance, s'improvisant experts d'un domaine dont ils ignorent tout - ou presque. Les Belges croient savoir, mais ne savent pas. Les deux tiers clament haut et fort qu'une alimentation variée, saine et équilibrée est la première des assurances santé. Combien sont au courant, pourtant, que le bon " équilibre " ne s'évalue pas sur une journée, mais sur dix jours au moins. Qu'une seule vitamine ne sert à rien, sans l'effet associé de toutes les autres ? A peine un quart des Belges sont bien informés, selon un sondage de Test-Achats (1). Certaines vérités sont bonnes à rappeler. Les compléments alimentaires ne sont à utiliser que pour combler des carences ponctuelles, lors d'une grossesse, d'un régime ou prévenir certains maux dus à l'âge. La balance pourrait, cependant, s'inverser. Depuis trois ans, l'Europe tente d'imposer aux fabricants un changement de méthode : toute " allégation " affichée en vitrine - light, antiâge, antioxydant, bon pour le c£ur... - impliquerait désormais que la preuve soit faite. Nous n'y sommes pas, car les lobbyistes ferraillent. Mais l'alerte est lancée. Les gourous du sans-risque et de l'allégé sont placés sous surveillance. Car, sous l'étendard d'une prétendue religion du bien-être, des croisades insensées s'engagent. Du lactose au gluten, nombre de " poisons " sont crucifiés à tort. Ils cristallisent, en réalité, des angoisses plus profondes : celles engendrées par les crises alimentaires successives, le principe de précaution, la morosité économique, le réchauffement planétaire... En tout cas, certaines bonnes habitudes perdurent. Avec trois repas par jour (et pour un tiers leur immuable goûter), une grande majorité de Belges (73,3 %) conservent une alimentation bien répartie sur la journée. Les agapes rituelles sont même moins abondantes : dîner et déjeuner se limitent désormais, à deux ou trois plats au maximum. Même l'habitude de manger des fruits augmente... très légèrement (2). Mais les chiffres n'affichent toujours pas de baisse pour les jeunes obèses (de 2 à 17 ans). En dix ans, leur proportion n'a pas bougé : ils étaient 4,3 % en 1997, ils sont 4,5 % en 2008 (dernière statistique disponible). Même constat inquiétant parmi les 15-18 ans, dont 77,5 % disent grignoter tous les jours snacks sucrés et salés (3). Les concepteurs du programme national Nutrition santé, lancé il y a cinq ans et embourbé dans des conflits de compétences politiques, sont au défi de faire mieux... Car il reste possible de marier santé et bon coup de fourchette. Sur ce point, les Belges disposent d'un atout culturel indéniable : le goût des plaisirs partagés. Parmi eux, 8 sur 10 dînent encore en famille ou avec des amis, relève l'enquête belge sur l'emploi du temps (4). Même si le temps dévolu au repas et à sa préparation diminue, en contrepartie, les Belges retournent à leurs fourneaux le week-end - si l'on en croit le beau succès des ventes de livres de recettes et celui des cours de cuisine. En attendant que la lumière soit faite au fond de la casserole, mieux vaut encore prendre ses affaires en main. Pour ceux qui souhaitent s'y retrouver ou savoir comment mieux adapter leur alimentation à leurs besoins, Le Vif/L'Express a conçu un dossier " à la carte " en s'appuyant sur l'expertise de deux spécialistes reconnus : le Dr Pierre Dukan et Nicolas Rousseau, diététicien nutritionniste. Le premier a donné son nom à un régime devenu culte. Le second a participé comme expert à divers projets nutritionnels. A table ! (1) Habitudes alimentaires et santé, septembre 2006. (2) Enquête de santé, Belgique, 1997, 2001, 2004, 2008, Institut scientifique de la santé publique. (3) Enquête alimentaire nationale, 2008, Institut scientifique de la santé publique. (4) Enquête belge sur l'emploi du temps, 2008. JULIE JOLY, BETTY MAMANE ET SORAYA GHALI; J.J., B.M. ET S.G.