Le Vif/L'Express : Le monde bancaire et les marchés financiers se remettent à brasser des milliards que l'on croyait partis en fumée. La roue de la fortune tourne à nouveau. Faut-il se pincer pour ne pas rêver ?

Laurette Onkelinx : Il y a moins d'un an, lors d'un kern ( NDLR : Conseil des ministres restreint) mémorable, nous nous retrouvions face aux responsables des systèmes de contrôle bancaire (la Banque nationale, la Commission bancaire, financière et des assurances) totalement paniqués. Ils parlaient d'un tsunami financier, d' " un avant et d'un après-septembre 2008 ". Puis est venu le temps de l'affliction, un peu humble, et de la reconnaissance de quelques torts. Ensuite, le stade de la demande d'une intervention extraordinaire de l'Etat, d'une régulation. Et à présent, nous avons droit à ce sursaut méprisant : tout va bien. Ce ne sont pas les bénéfices qui me font bondir, mais le fait qu'ils vont aller dans les poches de quelques-uns. Faut-il parler de tous ceux qui ont perdu ou vont perdre leur emploi ? De la dette publique qui va repasser la barre des 100 % du PIB ? Du déficit de 20 milliards d'euros prévu cette année ? Et de l'automne qui s'annonce chaud en termes de fermetures d'entreprises ? C'est irresponsable, insupportable.
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Laurette Onkelinx : Il y a moins d'un an, lors d'un kern ( NDLR : Conseil des ministres restreint) mémorable, nous nous retrouvions face aux responsables des systèmes de contrôle bancaire (la Banque nationale, la Commission bancaire, financière et des assurances) totalement paniqués. Ils parlaient d'un tsunami financier, d' " un avant et d'un après-septembre 2008 ". Puis est venu le temps de l'affliction, un peu humble, et de la reconnaissance de quelques torts. Ensuite, le stade de la demande d'une intervention extraordinaire de l'Etat, d'une régulation. Et à présent, nous avons droit à ce sursaut méprisant : tout va bien. Ce ne sont pas les bénéfices qui me font bondir, mais le fait qu'ils vont aller dans les poches de quelques-uns. Faut-il parler de tous ceux qui ont perdu ou vont perdre leur emploi ? De la dette publique qui va repasser la barre des 100 % du PIB ? Du déficit de 20 milliards d'euros prévu cette année ? Et de l'automne qui s'annonce chaud en termes de fermetures d'entreprises ? C'est irresponsable, insupportable. A côté de ceux qui réclament une réforme profonde du secteur bancaire, il y a la thèse des responsables de ce même monde bancaire : " Il faut tout changer pour que tout reste en place. " Il s'agit pour eux de donner une impression de mouvement, pour surtout garder leurs privilèges et conserver le système en l'état. Une course de vitesse s'est engagée entre ces deux thèses. Qui va gagner ? Suspense. Mais si on ne fait rien tout de suite, on nous servira bientôt le discours selon lequel toute cette crise n'est qu'un accident de parcours. Un " hoquet " du système financier, pour reprendre l'expression du chef de groupe MR à la Chambre, Daniel Bacquelaine. Je suis scandalisée par les propos que tient Bruno Colmant, responsable d'Euronext Bruxelles et ancien chef de cabinet du ministre MR des Finances, Didier Reynders ( lire notre interview de Bruno Colmant en p. 20 ). Cela fait froid dans le dos : cet homme ose dire maintenant que la crise économique n'est pas nécessairement liée à la crise bancaire. C'est à la fois méprisant, faux et idiot ! Tous les responsables du contrôle du système bancaire sont venus nous dire exactement le contraire ! De la rigueur, oui. Nous y sommes bien obligés, afin de renouer avec l'équilibre des finances publiques et les bonis nécessaires pour affronter le défi du vieillissement. Mais l'austérité, non ! Les socialistes au gouvernement fédéral ont d'ailleurs empêché une vraie austérité, que nous proposaient certains. Une austérité qui ferait mal, qui se ferait sur le dos des revenus du travail et qui aurait remis en cause notre système de sécurité sociale. Pas question ! Nous travaillerons sur le déficit en fonction de la croissance. Il faudra faire des efforts, mais partout : en dépenses mais aussi en recettes. Ceux qui disent le contraire sont des fous. Il faudra que le système bancaire, à l'origine de la crise, participe à l'effort. C'est mon option. Sans cela, je n'imagine pas que l'on puisse imposer des économies aux gens. Pas de fétichisme. Il y a des pistes : augmenter un peu la contribution sur les mouvements spéculatifs de court terme. Ou réformer les intérêts notionnels pour qu'ils ne puissent plus bénéficier aux fonds propres obligatoires des banques. Ou encore instaurer une cotisation spéciale de crise sur le secteur bancaire. Puisque le secteur renoue avec le succès, qu'il paie ! Il faut attendre, voir ce que cette transaction rapportera au final à l'Etat. De toute façon, nous n'avions pas le choix : BNP Paribas se révélait le seul adossement possible, à partir du moment où l'option concurrente, la nationalisation, avait été écartée. C'est l'option que j'avais défendue, mais j'étais isolée. La piste de la nationalisation aurait dû être examinée de manière beaucoup plus précise. Ce n'est pas exceptionnel. Aux Etats-Unis, les banques Goldman Sachs ou Morgan Stanley mettent aussi des milliards en réserve. C'est un révélateur de plus que le système bancaire retourne à ses folies. Les administrateurs ne sont redevables que devant les actionnaires réunis en assemblée générale. L'Etat belge ne peut leur dire : faites ceci ou cela. D'autant que nos administrateurs ( NDLR : l'Etat belge doit envoyer deux représentants au conseil d'administration de BNP Paribas) ne siègent toujours pas. Mais il faut agir. Nous devrons vérifier si BNP Paribas s'est comportée en cette matière, comme elle le prétend, selon les recommandations du G 20 ( NDLR : le groupe des 20 pays les plus riches a formulé en avril dernier des recommandations en matière de rémunérations). Et, si ce n'est pas le cas, nous devrons avoir le pouvoir de sanctionner. En tant que premier actionnaire, quoique minoritaire, de BNP Paribas, l'Etat belge doit avoir un regard sur ce qui s'y passe. Il doit pouvoir ouvrir un débat sur la politique de la banque, avoir des perspectives sur notre participation dans BNP Paribas. Et avoir des exigences. J'y veillerai, au sein du gouvernement. Je ne suis pas du tout prête au laisser-faire et au laisser-aller. Des restructurations opérées à côté des bénéfices engrangés : c'est effectivement le comble du cynisme. Cela étant, le contrat qui lie l'Etat belge à BNP Paribas comporte des clauses relatives au soutien à l'emploi en Belgique. Il faudra en vérifier le respect. Je l'ignorais. Mais, vous savez, il y en a toujours qui retombent sur leurs pattes. Avec, au c£ur même de leur vie, l'argent, le pouvoir de l'argent, l'appât du gain. Alors qu'à côté de cela des gens sont véritablement en train de crever. Il faudrait que la justice fasse son boulot. Et ose le faire jusqu'au bout, en termes de responsabilité individuelle. ENTRETIEN : PIERRE HAVAUX" Il faut ouvrir un débat surla politique de BNP Paribas. J'y veillerai au gouvernement "