Le logement social a longtemps constitué le royaume du clientélisme et du passe-droit. Un vaste domaine divisé en fiefs nommés sociétés de logement. En 2006, la vague de scandales qui suivit le séisme de La Carolorégienne a entraîné en Wallonie une énième réforme du secteur, régionalisé depuis un quart de siècle. Les nouveaux mots clés étaient, désormais, bonne gestion, transparence, efficacité. Dépolitisation, aussi. Depuis le 1er janvier 2008, de nouveaux critères fondés sur les points de priorité tentent d'objectiver l'attribution de ces habitations à loyer modeste. La Région wallon...

Le logement social a longtemps constitué le royaume du clientélisme et du passe-droit. Un vaste domaine divisé en fiefs nommés sociétés de logement. En 2006, la vague de scandales qui suivit le séisme de La Carolorégienne a entraîné en Wallonie une énième réforme du secteur, régionalisé depuis un quart de siècle. Les nouveaux mots clés étaient, désormais, bonne gestion, transparence, efficacité. Dépolitisation, aussi. Depuis le 1er janvier 2008, de nouveaux critères fondés sur les points de priorité tentent d'objectiver l'attribution de ces habitations à loyer modeste. La Région wallonne en compte 104 000 pour quelque 32 500 familles qui attendent à leurs portes. Or à peine 5 000 se libèrent chaque année. A Bruxelles, le nombre de demandeurs avoisine celui des foyers locataires : plus de 38 000. C'est dire la pression sur les gestionnaires. Les nouvelles règles ont-elles fait un sort au clientélisme ? Personne ne niera un assainissement des pratiques. Mais les habitudes ont la vie dure. " Le politique qui dit ne connaître aucun abus est un menteur, même s'ils sont nettement moindres qu'avant ", tranche Hervé Jamar, bourgmestre MR de Hannut et président de la commission logement au Parlement wallon. Des anecdotes ? Qui en cherche rentre rarement bredouille. Comme celle-ci, que raconte un conseiller communal borain et administrateur d'une société de logement : " Il y a moins de deux ans, la fille d'un conseiller de CPAS avait quitté son domicile à la suite d'une dispute conjugale. Une conseillère communale de la majorité a alors laissé la maison trois chambres dont elle disposait pour aller dans une autre dont elle avait hérité. Elle donne son renom le matin et, l'après-midi même, la fille occupait le logement social. Avec certes deux enfants en bas âge, elle a remonté la liste d'attente sous le statut de femme battue, ce qui était faux. "Vrai, faux ? Difficile à vérifier dans tous les cas. Sauf lorsque la Société wallonne du logement s'en mêle. Comme à Oupeye, en province de Liège, où un audit avait révélé en juin dernier que la fille d'un administrateur du Confort Mosan occupait indûment un appartement social. Pis : sur 102 baux signés depuis moins d'un an, 15 posaient question. L'audit a finalement conduit le comité de direction et le conseil d'administration à une démission collective. Un cas extrême, sans doute, mais significatif. Encore se limite-t-on ici aux logements publics proprement dits, placés sous tutelle régionale. A ceux-là s'ajoutent les habitations à loyers modérés mises à disposition dans certaines communes wallonnes et bruxelloises. Les critères d'attribution, dans ce cas-là, varient en fonction de la politique locale poursuivie : réinstaurer la mixité sociale dans certains quartiers, accueillir de jeunes couples confrontés à la pression immobilière (surtout dans le Brabant wallon), etc. Souvent, priorité est donnée aux premiers inscrits... et donc aux mieux informés. Il n'y a pas de secret. E.R.