L'autre jour, à Bruxelles, alors qu'ils assuraient ensemble la promotion de Ces Amours-là, 43e opus du maître, Claude Lelouch, bientôt 73 ans, couvait des yeux son actrice principale, Audrey Dana, 33 ans, avec l'intensité d'un naisseur ébloui par les progrès fulgurants de sa pouliche. " C'est la fille la plus folle que j'aie rencontrée depuis longtemps ", avait-il déclaré un peu auparavant. Propos énigmatiques que la jeune femme, jeans et queue de cheval, cherchait justement à décoder : " C'est peut-être parce que je lui raconte tout de ma vie, ou qu'avec lui je peux tout me permettre ! On s'aime tellement... " Et voilà ! Une de plus que le cinéaste aura fait passer de son lit à l'écran, ou inversement ! Erreur : pas cette fois... ou pas encore. Toujours sous le charme de son personnage (Ilva, libertine trop vite éprise de cinq hommes, sous l'Occupation), le beau visage d'Audrey Dana respire l'honnêteté, traduit seulement l'enthousiasme sans bornes d'avoir pu tourner, pour la deuxième fois (après Roman de gare, en 2007), sous la conduite du réalisateur français le plus obsédé par la gent féminine : " C'est la bienveillance de son regard qui m'a donné des ailes. C'est difficile à expliquer ", s'excuse-t-elle. Puis, tentant de préciser sa pensée : " Quand j'ai passé l'audition, je n'avais plus le moindre trac, juste le plaisir de jouer. Comme quand on se dit que rien n'a d'importance, que tout peut arriver... Il y a un truc à l'£uvre, vous comprenez, qui est du même ordre que la rencontre amoureuse. "
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L'autre jour, à Bruxelles, alors qu'ils assuraient ensemble la promotion de Ces Amours-là, 43e opus du maître, Claude Lelouch, bientôt 73 ans, couvait des yeux son actrice principale, Audrey Dana, 33 ans, avec l'intensité d'un naisseur ébloui par les progrès fulgurants de sa pouliche. " C'est la fille la plus folle que j'aie rencontrée depuis longtemps ", avait-il déclaré un peu auparavant. Propos énigmatiques que la jeune femme, jeans et queue de cheval, cherchait justement à décoder : " C'est peut-être parce que je lui raconte tout de ma vie, ou qu'avec lui je peux tout me permettre ! On s'aime tellement... " Et voilà ! Une de plus que le cinéaste aura fait passer de son lit à l'écran, ou inversement ! Erreur : pas cette fois... ou pas encore. Toujours sous le charme de son personnage (Ilva, libertine trop vite éprise de cinq hommes, sous l'Occupation), le beau visage d'Audrey Dana respire l'honnêteté, traduit seulement l'enthousiasme sans bornes d'avoir pu tourner, pour la deuxième fois (après Roman de gare, en 2007), sous la conduite du réalisateur français le plus obsédé par la gent féminine : " C'est la bienveillance de son regard qui m'a donné des ailes. C'est difficile à expliquer ", s'excuse-t-elle. Puis, tentant de préciser sa pensée : " Quand j'ai passé l'audition, je n'avais plus le moindre trac, juste le plaisir de jouer. Comme quand on se dit que rien n'a d'importance, que tout peut arriver... Il y a un truc à l'£uvre, vous comprenez, qui est du même ordre que la rencontre amoureuse. " Mais comment fait-il, le bougre, pour emballer autant de brunettes ? D'Anouk Aimée (qui ouvre la série, dans Un homme et une femme, en 1966) à la scénariste et photographe Valérie Perrin (sa compagne actuelle, à qui il confie un petit rôle dans Ces Amours-là), on ne compte plus les actrices/muses aux chevelures foncées que Lelouch aura inspirées, à la scène comme à la ville. Janine Magnan, Annie Girardot, Marlène Jobert, Evelyne Bouix ont figuré parmi ses compagnes officielles. Christine Cochet, Marie-Sophie Berthier et Alessandra Martines, également comédiennes, furent ses épouses successives. Lui n'y voit pas malice : " Comment ne pas tomber amoureux d'une femme qui allie beauté, grâce et talent ? On ne peut empêcher un metteur en scène d'admirer sa star, ni un acteur, sa partenaire, ni un peintre, son modèle. Au fond, ça ressemble à toutes les histoires d'amour qui se nouent sur les lieux de travail, entre photocopieuse et machine à café. La différence, c'est qu'au cinéma, où l'exaltation est permanente, les émotions et les sentiments sont toujours exacerbés. " Audrey Dana, qui assure avoir fait de Lelouch " un vrai ami ", rien d'autre, souligne le talent exceptionnel du réalisateur à extraire le meilleur de ses interprètes, " parce qu'il les traite comme les personnes qu'il aimera le plus au monde ". Toutes ne partagent pas le même avis. " Il m'avait promis que je serais sa veuve ! " : avec son tempérament fougueux, l'Italienne Alessandra Martines (mère du septième et dernier enfant du cinéaste - Stella, née en 1998) a largement rendu publics, au lendemain de son divorce, en 2008, le caractère prétendument dictatorial et l'ego surdimensionné de l'artiste - en même temps que ses envies fréquentes de bagatelles, d'oscars, d'argent, de tableaux de maître et d'autos superbes. Allez savoir... A Paris-Match, Lelouch livrait pourtant récemment cette comparaison malheureuse : " Beaucoup d'hommes rêvent d'être mariés à une star. Qu'ils sachent qu'elles ont du mal à supporter le quotidien. Qu'elles mettent la barre très haut. Comme les plus belles voitures de luxe, elles sont inaccessibles, hors de prix, consomment beaucoup et ne sup-portent pas d'être garées n'importe où... " A Bruxelles, de sa voix qui s'éraille, il affinait encore son jugement sur la personnalité des actrices, " ces femmes à la puissance mille ", qui ont encore plus besoin d'amour que les autres, " car leur raison d'être, c'est de subjuguer non pas un homme, mais des millions de spectateurs à la fois " : " Le public d'une salle de ciné qui applaudit, ça leur procure peut-être encore plus de bien que faire l'amour... " Lelouch en sait sans doute un morceau, lui qui a enchaîné les histoires avec ces éternelles insatisfaites sans cesse en " mode séduction ", tout au long de relations mouvementées, " très différentes avec chacune, mais qui toutes [l']ont fait grandir ". Fin connaisseur, il explique : " Toutes les femmes sont intéressées par ce qui touche à l'amour. Mais les actrices (et les acteurs !) encore plus, ce qui les rend fragiles et attachantes. " Ce qui n'en ferait pas des mères hors pair, d'ailleurs. " La maternité, ça les calme un peu, assure Lelouch. Mais la machine [NDLR : à charmer]se remet en route très vite. La plupart ne renoncent jamais à leur carrière, sauf pour de brèves parenthèses. Et si elles arrêtent un jour de tourner, c'est uniquement parce qu'on ne leur propose plus rien. Il y a un côté très cruel à ce métier... " Ses cinq filles et ses deux fils (nés de cinq unions différentes), Lelouch, partisan d'une répartition des rôles plutôt traditionnelle, les a le plus souvent confiés à leurs mères respectives (" Elles font ça mieux que nous. Nous, les hommes, on les casserait, les petits enfants "), pour les " récupérer " plus tard, vers 10-12 ans. " C'est normal, justifie-t-il encore, les enfants appartiennent aux mères. C'est déjà gentil si elles nous les prêtent de temps en temps... " Tout comme il a souvent glissé ses actrices dans son existence, il a aussi, d'un mouvement inverse, régulièrement basculé sa progéniture dans ses films. Ces Amours-là ne fait pas exception, puisqu'on y retrouve beaucoup de la famiglia : ses filles Salomé (27 ans) et Sabaya (23 ans), en grandes adolescentes (déportées) de la couturière Mme Blum (Anouk Aimée), ainsi que son fils Sachka (21 ans) et son petit-fils Boaz (7 ans), incarnant tous deux Coco, alias Lelouch, à des âges différents... Tantôt macho, tantôt acquis à la cause des femmes (" Mais vous savez, je parle dans l'humeur du moment, et je pourrais vous raconter le contraire dans un instant... "), Lelouch voit ces dernières assurément " moins menteuses, plus courageuses, plus romantiques et plus midinettes que les hommes ". Mais, " quand elles sont trahies, elles peuvent passer toute une vie à se venger. " Le cinéaste, qui a connu des rapports plutôt difficiles à la critique, en a sans doute vécu d'aussi tourmentés dans la sphère privée. " C'est quand les choses ont mal tourné que j'ai le plus appris. Chaque fois que j'ai souffert, j'ai grandi. " Avec Ces Amours-là, Lelouch avait promis qu'il en aurait fini, cependant, avec ses éternelles obsessions. Rien n'est moins sûr, et par trois fois, dans la conversation, il s'est dit vaillant, par des métaphores sportives un peu confuses : " Je n'ai pas la tête d'un mec qui va à la retraite. Même si je suis dans mon sprint final, je m'arrêterai quand l'arbitre sifflera la partie "... En attendant, Audrey Dana, athlète épatante, porte son rôle et le film à bout de bras. C'est que cette relative inconnue ressemble tellement aux femmes modernes et libérées, " à celles qui, selon le cinéaste, savent conserver toute leur féminité face aux hommes, mais qui, lorsqu'elles tombent sur des connards ou des bras cassés, n'hésitent pas à appuyer sur la touche "mâle" ". " Ce qui épate le plus mon héroïne, poursuit Lelouch, c'est le courage qu'elle découvre chez ses partenaires. C'est même ce qu'elle leur trouve de plus sexy... Moi aussi, c'est ce qui me plaît le plus chez une femme. Depuis toujours, j'aime les femmes qui peuvent se passer de mec. "Alors, indépendante et costaude, la petite Dana ? Une brune de caractère, bien dans la lignée du maître, en tout cas. Et une vraie actrice, sans doute, puisqu'elle paraît sensible à sa flatterie. " Je crois savoir que je serai dans le prochain film de Lelouch - une grosse comédie dans la veine de L'Aventure, c'est l'aventure. Claude m'a dit un truc qui m'a bouleversée. Il m'a dit : " Comme actrice, il y en a eu trois : Anouk Aimée, Annie Girardot, et... toi ! "." Sacré Lelouch, on ne se refait pas ! VALéRIE COLIN" le public leur procure peut-être encore plus de bien que faire l'amour "