Vermeer, artiste et stratège

Le propos d'une énième monographie sur Vermeer aurait pu être des plus convenus. Ce n'est pas le cas. En fait, il s'agit cette fois d'élucider la manière dont le peintre a construit sa carrière et sa gloire, lui, qui à 30 ans, est déjà un des peintres les plus chers du XVIIe siècle hollandais. Pour mener à bien une démonstration qui révèle en même temps la singularité et la complexité du propos pictural, l'auteur s'appuie autant sur le contexte (les antécédents, les contemporains mais aussi les idées du moment et les événements sociaux) que sur l'observation minutieuse des 37 tableaux authentifiés. Si, pas à pas, oeuvre après oeuvre, le récit pénètre plus avant dans le processus créatif, il met aussi en évidence les calculs du " professionnel ". Vermeer veut réussir. Pour ce, il doit plaire tout en se distinguant. Donc, provoquer la curiosité. La polysémie sinon l'énigme, voire l'ambiguïté sont alors de mise au point de modifier en cours de travail (par élimination souvent) l'idée première jugée trop conventionnelle.
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Le propos d'une énième monographie sur Vermeer aurait pu être des plus convenus. Ce n'est pas le cas. En fait, il s'agit cette fois d'élucider la manière dont le peintre a construit sa carrière et sa gloire, lui, qui à 30 ans, est déjà un des peintres les plus chers du XVIIe siècle hollandais. Pour mener à bien une démonstration qui révèle en même temps la singularité et la complexité du propos pictural, l'auteur s'appuie autant sur le contexte (les antécédents, les contemporains mais aussi les idées du moment et les événements sociaux) que sur l'observation minutieuse des 37 tableaux authentifiés. Si, pas à pas, oeuvre après oeuvre, le récit pénètre plus avant dans le processus créatif, il met aussi en évidence les calculs du " professionnel ". Vermeer veut réussir. Pour ce, il doit plaire tout en se distinguant. Donc, provoquer la curiosité. La polysémie sinon l'énigme, voire l'ambiguïté sont alors de mise au point de modifier en cours de travail (par élimination souvent) l'idée première jugée trop conventionnelle. Il doit aussi rassurer quant à sa filiation avec la tradition afin de ne pas heurter le goût ambiant mais il doit en même temps surprendre par de subtils et intrigants décalages comme par exemple en jouant sur des différences de netteté. Ainsi, si Vermeer utilise bien la camera obscura, les maquettes, les mannequins, voire les modèles, il imagine la disposition des figures et du décor de manière à déréaliser la scène et ainsi attiser le regard d'amateurs triés sur le volet tout en faisant l'éloge de la création. A cet égard, l'auteur de la monographie passe au crible la façon dont la perspective, comme la localisation de la signature entre autres, accompagnent et désignent souvent le sens caché des compositions. Mais la créativité se double d'une vraie stratégie de vente. Contrairement à d'autres, Vermeer ne choisit pas de vendre beaucoup à prix doux mais réserve sa production limitée (deux toiles par an) à quelques acheteurs aussitôt flattés d'appartenir au cercle restreint de mécènes qui voient aussi dans les tableaux l'image de leur réussite économique. En effet, Delft, avant de sombrer après 1654 dans une crise économique dont Vermeer sortira endetté, connaît une prospérité que les riches aiment manifester par l'achat d'objets rares et précieux. Invitant le lecteur à vérifier l'argumentation en se reportant sur les illustrations, Jean Blanc maintient l'intérêt sinon le suspense. Nous participons avec lui à l'enquête. Dans ce genre d'ouvrage, c'est rare. Vermeer,par Jean Blanc, Citadelles & Mazenod, 384 p.A l'heure des Lumières, la théorie du catastrophisme de Cuvier coïncide avec le désir du pittoresque et du sublime dans les arts. Ces liens entre découvertes scientifiques et productions picturales construisent un livre passionnant et une lecture inédite sur des oeuvres parfois méconnues des XVIIIe et XIXe siècles. Les météorologues d'abord, les vulcanologues et les géologues ensuite vont ainsi stimuler le regard des plasticiens comme lorsque l'anglais Martin imagine une scène de déluge directement inspirée par les écrits savants du temps. L'intérêt vient aussi de l'amplitude des choix iconographiques qui passent de la France à l'Angleterre et de celle-ci à l'Amérique. Un livre terriblement actuel. Orages et tempêtes. Volcans et glaciers,par Alexis Drahos, Hazan, 160 p. L'auteur, padouan comme Mantegna, aime évoquer comment, en parcourant à vélo la campagne de sa région et en passant de si longues heures dans le silence des bibliothèques, il a approché dans sa jeunesse l'oeuvre de celui qui deviendra peintre de cour auprès des Gonzague à Mantoue. Oui, Mauro Lucco s'aventure dans cette monographie à la manière d'un amateur. Mais avec la prudence et l'exhaustivité d'un scientifique qui s'en tient aux faits.Mantegna,par Mauro Lucco, Actes Sud, 384 p.Sept ans après un premier ouvrage consacré au même thème, voici une suite de constructions, souvent éphémères réalisées par 25 plasticiens et architectes. Inscrites au coeur des villes, accrochées au versant d'une montagne ou au coeur d'une forêt, elles se font observatoires, abris, refuges, théâtres d'été ou enclos. Respectant la logique des matériaux, leurs formes évoquent d'autres habitats primitifs, parfois même ceux des oiseaux. Fascinant. Architecture naturelle II,par Francesca Tatarella, Actes Sud, 224 p.Architecte de formation, photographe par passion, Richard Berenholtz livre un album de 240 images de sa ville. Visions panoramiques, de nuit comme de jour, vues rapprochées, détails décoratifs, plongées et contre-plongées stimulent notre appétit de découvertes. On y rencontre les premiers gratte-ciel, les folies des années 1930, les géométries modernes et les audaces actuelles. New York New York,par Richard Berenholtz, Citadelles Variations, 239 p.Dès le XVIIe siècle, avec la mode du " Grand tour " (deux à trois ans d'aventures pour la jeunesse dorée), existe bel et bien un art du voyage que l'on prépare par la lecture de récits décrivant les lieux, les habitants et les curiosités. S'il est aussi conseillé de se faire accompagner par un précepteur averti, il faut surtout emporter un carnet sur lequel on notera et on dessinera impressions et observations. Si les premiers ouvrages sont consacrés à la découverte des villes, la mode du pittoresque dès les années 1790 entraîne les auteurs vers la Grèce, l'Egypte et l'Orient et bientôt les paysages grandioses. A l'heure de la colonisation, le phénomène s'amplifie selon deux modes. Le premier est scientifique, sérieux (Von Humboldt, Saussure..), l'autre se veut plus intuitif. Du coup, les mots pour le dire prennent une importance telle qu'on peut évoquer un nouveau genre littéraire. Présenté comme une anthologie, l'ouvrage, largement illustré, suit ainsi l'évolution de cette littérature depuis Montaigne jusqu'à Michaux, Le Clézio, Kerouac, Butor... Ecrire le voyage. De Montaigne à Le Clézio,par Sylvain Venayre, Citadelles & Mazenod, 496 p.Par Guy Gilsoul