Quand on est une institution culturelle pour laquelle les mots (de théâtre, de chansons ou d'humour) font sens, comment donner envie au plus grand nombre de grignoter des textes, de découvrir des auteurs de chez nous, d'enfin coucher sur le papier quelques mots ? C'est l'enthousiasmant défi que s'est fixé l'équipe du 140 pour débuter sa quatrième saison sous la direction d'Astrid Van Impe. Entre une initiation au slam et une scène ouverte, une balade contée dans le quartier schaerbeekois et des ateliers d'écriture en appartement et à la Maison des femmes, c'est toute une palette d'activités courant jusqu'au 29 septembre qui a été imaginée pour que chacun puisse y trouver son compte. Nom du projet : Notre bibliothèque.
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Quand on est une institution culturelle pour laquelle les mots (de théâtre, de chansons ou d'humour) font sens, comment donner envie au plus grand nombre de grignoter des textes, de découvrir des auteurs de chez nous, d'enfin coucher sur le papier quelques mots ? C'est l'enthousiasmant défi que s'est fixé l'équipe du 140 pour débuter sa quatrième saison sous la direction d'Astrid Van Impe. Entre une initiation au slam et une scène ouverte, une balade contée dans le quartier schaerbeekois et des ateliers d'écriture en appartement et à la Maison des femmes, c'est toute une palette d'activités courant jusqu'au 29 septembre qui a été imaginée pour que chacun puisse y trouver son compte. Nom du projet : Notre bibliothèque. Lire et écrire ? Des activités solitaires, a priori. Pourtant, les écrivains Isabelle Wéry ( Marilyn désossée) et Geneviève Damas ( Si tu passes la rivière, Patricia), associées de près au projet, clament que ces deux activités peuvent aussi devenir l'occasion de tisser des dialogues. Multiples et multiformes. En 1998, LesMonologues du vagin d'Eve Ensler sont programmés au théâtre de Poche. Au fil de ses 150 représentations, la pièce provoque un raz-de-marée : presque une révolution. Dans la foulée, Isabelle Wéry monte un atelier d'initiation à l'écriture. La romancière et comédienne se souvient avoir alors éprouvé le sentiment de participer à une libération de la parole, par ce biais de l'écrit et de la création. Aujourd'hui, elle a toujours à coeur de transmettre son goût de la littérature belge et le pouvoir jouissif des mondes qu'on façonne soi-même. Illustration à travers l'un de ses ateliers d'écriture. Ce soir-là, une demi-douzaine de femmes (rompues ou non à l'exercice) reçoivent sa boîte à outils, ses références et ses conseils, qu'elle partage avec générosité. Puis, elle leur propose un exercice décalé : une déclaration d'amour à une bouteille d'eau. C'est dans la bienveillance que toutes liront leur texte cocasse ou touchant. C'est que, pour Isabelle Wéry, " l'oralité de l'exercice a son importance : elle permet de considérer ses mots différemment. " A la sortie, chacune se verrait bien prolonger la soirée pour des séances supplémentaires et est désormais convaincue qu'un auteur peut être, après tout, quelqu'un comme vous et moi, avec ses doutes et ses élans. Sensible aux transformations positives que provoque l'accès à la culture, Geneviève Damas a, elle, l'habitude d'animer des ateliers pour des publics pour lesquels la langue française ne va pas toujours de soi. Que ce soit dans le cadre de soirées dédiées, ou en milieu scolaire, elle poursuit une vraie réflexion pour amener chacun à prendre du plaisir à découvrir l'univers des mots. Pour Notre bibliothèque, elle a participé au cycle organisé à la Maison des femmes et à la bibliothèque Sésame. " Toutes les participantes n'étaient pas familiarisées avec ces lieux, c'était aussi important pour moi de proposer un accompagnement à ce niveau-là. " Geneviève Damas anticipe la soirée du 25 septembre (vernissage de l'exposition visible dans le hall du 140 jusqu'au 16 octobre) avec enthousiasme : " Je pense que ça sera une vraie auberge espagnole, où chacune viendra avec ce qu'elle est. Elles ont vraiment eu envie de peaufiner leurs textes pour l'occasion. Les ateliers étaient très touchants. " Pour que le projet Notre bibliothèque soit vraiment l'affaire de tous, une dizaine de boîtes à livres ont été construites par une association d'insertion à l'emploi (Jeunes Schaerbeekois au travail) et semées dans le quartier du 140, entre les places Dailly, Jamblinne de Meux, Chasseurs ardennais et Plasky. Plusieurs d'entre elles ont été placées dans des écoles ou des cafés, pour multiplier les chances d'échanges. Coline, gérante d'un magasin de jouets et d'albums pour enfants devant lequel niche une boîte ornée d'un xylophone, confirme l'impact visible de cette partie du projet : " Je trouve le résultat ultrapositif. Au départ, je me demandais si certaines boîtes ne seraient pas délaissées. Les gens oseraient-ils se servir ? Il a fallu un temps d'adaptation, mais finalement, je constate que ça circule vraiment bien, qu'il y a de la diversité et que tout le monde joue le jeu. " Sur les étagères visitées, des romances médicales, des polars glaçants, des ouvrages scientifiques, des romans contemporains (comme Nos mères, d'Antoine Wauters), ou encore des récits sur les dinosaures. Il y a toujours une surprise à portée d'oeil ! Cette impression d'accessibilité est partagée par une passante, interrogée devant une autre boîte, à l'autre bout de l'avenue Emile Max : " Ça permet de ne pas accumuler trop chez soi. Je passe ici déposer ou prendre un nouvel ouvrage, quand j'ai fini de faire mes courses. C'est pratique, c'est sur mon chemin. " Les organisateurs entendent clôturer leur heureuse initiative en fanfare : qui mieux que des écrivains habitués à poser leur voix (en radio, sur les planches, en performances) pour apprivoiser une manne variée de livres ? Le 29 septembre, de 19 h à 1 h, Véronique Bergen, Antoine Boute, le collectif Cumaait, Geneviève Damas, Thomas Gunzig, Gioia Kayaga, Myriam Leroy, Sébastien Ministru, Aïko Solovkine, Jean-Pierre Verheggen, Laurence Vielle et Isabelle Wéry auront donc la mission audacieuse de s'emparer du lot constitué en amont. Le principe de la soirée ? Au gré des genres, chacun piochera à même la marée de pages des lignes qui gratouillent, des vers qui chatouillent, voire une recette de cuisine propre à faire saliver. Frissons, rires ou sueurs froides, ces émotions que nous mettons parfois en veilleuse lors de la lecture en solo auront ce soir-là tout loisir de s'exprimer, avec la force contagieuse du commun. Interrogées sur leur définition de la lecture, Geneviève Damas considère que " lire, c'est créer du liant dans un monde épars ", tandis que pour Isabelle Wéry " c'est comme une transe, capable de susciter des images en nous ". Des sésames qui devraient réduire toujours plus la distance entre de futurs lecteurs et la prochaine page ou la prochaine occasion de raconter des histoires.