"Quand j'étudiais au conservatoire de Bruxelles, j'habitais un appartement à Saint- Josse-ten-Noode. Avec ma copine et un boa d'environ deux mètres de long. Un jour, on a oublié de fermer correctement le vivarium et on a retrouvé le serpent assoupi derrière le piano, avec sur lui le hamster - en principe son repas mensuel - se reposant tranquillement."
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"Quand j'étudiais au conservatoire de Bruxelles, j'habitais un appartement à Saint- Josse-ten-Noode. Avec ma copine et un boa d'environ deux mètres de long. Un jour, on a oublié de fermer correctement le vivarium et on a retrouvé le serpent assoupi derrière le piano, avec sur lui le hamster - en principe son repas mensuel - se reposant tranquillement." On ne s'ennuie jamais avec Greg Houben, acteur et musicien. Et certainement pas avec La Quarantaine (en référence à l'âge, pas à la pandémie) , sorti cet automne. Ce deuxième album de chansons - il en a fait cinq autres de jazz - flirte avec les amours difficiles et les regrets parfumés. Il y chante comme greffé d'une dose de bossa, le souffle dans l'oreille, la voix comme coeur à prendre. "La chanson est sans doute la discipline qui me correspond le plus, avoue-t-il, car elle combine le sens des mots, le théâtre et, évidemment, la musique et le chant." Ses dix nouveaux titres sont autant d'invitations au partage de l'intimité, avec quelques coups de rein comme dans L'Homme à tout faire, version masculine du féminisme, bordé de synthés seventies et de passages instrumentaux caliente, ou encore La Mouette dans lequel il imagine que Paris, sous les eaux, se transforme en une sorte de Cabourg ou de Biarritz et où on ne boit plus de champagne au Ritz mais du chocolat chaud. Deux ombres, au moins, planent sur le disque. Celle d'une séparation de couple, posant l'enjeu de l'unité familiale. Et puis, des relents de Brésil. Moins dans une réplique des musiques du pays-continent que dans la façon organique de saisir parfaitement le charnel des notes. Pas vraiment étonnant dans la mesure où Greg, fils du grand saxophoniste Steve Houben, a vécu, en 1986, à Belo Horizonte, capitale du Minas Gerais, de plus de deux millions et demi d'habitants, à cinq cents kilomètres de l'Atlantique. "J'avais 17 ans et j'y étais pour un programme d'échange étudiant, raconte-t-il. J'y suis resté une année. A l'époque, je ne jurais que par le théâtre - maman était actrice. Et surtout pas par le jazz de papa, même si j'étais fort amoureux de João Gilberto. Seul, dans un pays dont je ne parlais pas la langue, j'y ai gagné des années d'expérience!" Ce sera d'ailleurs là-bas, à Copacabana, dans un studio qui a accueilli les Chico Buarque, Caetano Veloso et d'autres talents majeurs brésiliens, qu'il enregistra sa première collection de chansons, Un Belge à Rio, sortie en 2018. Avec la bénédiction du producteur (financier) belge Benoît Goes et son label Allume la mèche et un petit côté loufoque voire galapiat comme dans Le Petit Hacker, où Houben junior imagine que son fils ado vole aux riches pour donner aux pauvres... "C'est peut-être l'apanage de la quarantaine: se rapprocher de plus en plus de soi-même. Là où on triche de moins en moins. L'intérêt de créer, c'est la justesse et la sincérité. Sans doute que cet album parle davantage de moi et qu'il est donc plus profond. Dans mon travail, j'utilise souvent des "je" de fantaisie où je me regarde de loin et m'amuse à voir ce que cela fait. Sans trop d'affect." Sur La Quarantaine, partagé entre délicieuses berceuses ( Rien nulle part) et moments plus enlevés ( Bricoler), se posent plusieurs Greg Houben. Le chanteur, puis le parolier aux textes assez singuliers pour se démarquer du tout-venant de la chanson française. S'il cite Philippe Katerine et Albin de la Simone comme "cousins spirituels" , on comprend que le Liégeois - né à Verviers en 1978 - se fait de belles familles. La particularité de La Quarantaine tient au biotope naturel du chanteur, celui d'avoir notamment vécu plusieurs années dans le Matonge ixellois, lieu central des Congolais de Belgique. Et puis, un jeu de trompette qui rappelle le maître suprême Miles Davis tout en prenant ses propres marques, comme dans la très touchante reprise de Bourvil, Le Bal perdu. Musicien-acteur, Greg Houben est aussi "tête chercheuse". Il y a treize ans, lui et sa partenaire d'alors rachètent un ancien cinéma des années 1950 de la Cité ardente, Le Rio. Aujourd'hui, ce large espace sert de logement à Greg mais est aussi un laboratoire de création, le MOM, pour Making of music. Endroit qui peut accueillir des concerts, des enregistrements, de la création Web, des répétitions, avec son et lumières. "Un outil formidable", qui ouvrira officiellement début 2022. Signe des temps? L'endroit est voisin du club baptisé en l'honneur de Jacques Pelzer, historique saxophoniste. Et parent du paternel Steve. "Le jazz n'est jamais très loin de moi, il reste une influence importante, confesse Greg Houben. Beaucoup de musiciens passaient à la maison. Et là, outre quelques concerts centrés sur La Quarantaine, je vais jouer des dates comme trompettiste en quintet jazz, avec mon père Steve."