Il n'aura pas eu le temps de s'installer au palais Chigi. Dimanche 27 mai, dans la soirée, Giuseppe Conte a renoncé à former un gouvernement. Cette décision, spectaculaire, a fait suite à l'opposition du président italien, Sergio Mattarella, d'accepter la liste des ministres présentée par le Mouvement 5 étoiles (M5S), dirigé par Luigi di Maio, et la Ligue, formation d'extrême droite conduite par Matteo Salvini. Le principal point de discorde ? Paolo Savona - que la coalition populiste souhaitait comme ministre de l'Economie. Europhobe convaincu, cet économiste de 82 an...

Il n'aura pas eu le temps de s'installer au palais Chigi. Dimanche 27 mai, dans la soirée, Giuseppe Conte a renoncé à former un gouvernement. Cette décision, spectaculaire, a fait suite à l'opposition du président italien, Sergio Mattarella, d'accepter la liste des ministres présentée par le Mouvement 5 étoiles (M5S), dirigé par Luigi di Maio, et la Ligue, formation d'extrême droite conduite par Matteo Salvini. Le principal point de discorde ? Paolo Savona - que la coalition populiste souhaitait comme ministre de l'Economie. Europhobe convaincu, cet économiste de 82 ans considère la monnaie unique comme une " cage allemande ", estimant même qu'il faut " préparer un plan B " - c'est-à-dire une sortie de l'euro. Inacceptable pour le président italien : il a donc fait jouer ses pouvoirs constitutionnels. Adeptes du " tout ou rien ", les leaders populistes n'ont pas cherché à sauver leur fragile attelage. Dans les heures qui ont suivi le retrait de Conte, ils ont, chacun à sa manière, violemment critiqué Mattarella. Matteo Salvini exigeait la tenue de nouvelles élections cet automne, et Luigi di Maio - soucieux de donner de la voix face à son turbulent " allié " - clamait sa " colère ", devant le choix " incompréhensible " du président. Et tandis qu'un " gouvernement technique " devrait se former ces prochains jours sous la houlette de l'économiste Carlo Cottarelli, les Italiens s'interrogent sur les intentions des deux leaders populistes. Peuvent-ils garder un cap commun, alors qu'ils ont eu tant de mal à " glisser sous le tapis " leurs nombreux points de divergence, en particulier sur les migrants et l'économie ? Ou vont-ils, au contraire, repartir en campagne électorale, conscients que cette crise de gouvernance joue en leur faveur ? Déjà, à Rome, les partis modérés se demandent si le sage Mattarella n'aura, au final, réussi qu'à retarder l'échéance populiste de quelques mois. C'est en tout cas l'opinion de l'ancien président du conseil de gauche, Massimo D'Alema. Filmé à son insu, lors d'une discussion privée, samedi 26 mai, il a affirmé que la Ligue et le Movimento obtiendraient 80 % de voix en cas de nouvelles élections législatives. Mais les Italiens adorent déjouer les pronostics...