(1) La jeune femme a affirmé plusieurs fois que le premier secrétaire du PS lui avait téléphoné, puis qu'il s'était entretenu avec elle après l'incident entre elle et DSK, qu'elle accuse d'avoir tenté de la violer.
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(1) La jeune femme a affirmé plusieurs fois que le premier secrétaire du PS lui avait téléphoné, puis qu'il s'était entretenu avec elle après l'incident entre elle et DSK, qu'elle accuse d'avoir tenté de la violer. Le 24 avril, le chef de l'Etat se rend sur France 2 et à Longjumeau. Une journée de candidat presque banale en apparence. Dans la coulisse se joue une tout autre histoire : ce mardi peut-il changer la face de l'entre-deux tours ? Patrick Buisson n'est pas visible, il s'est isolé une bonne partie de la matinée. Il ne s'est extrait de sa solitude que pour échanger longuement avec Jean-Michel Goudard, puis avec Pierre Giacometti. Il se passe quelque chose, certains conseillers le pressentent. Des notes circulent. Un coup se prépare-t-il ? [à] Depuis le début de cette campagne, le stratège a déjà convaincu le candidat de proposer deux référendums : l'un, sur la formation professionnelle, programmé pour la fin de l'année, impossible à avancer, pour ne pas vexer encore davantage des syndicats déjà furibards ; l'autre, sur le droit des étrangers, afin que la juridiction administrative soit la seule compétente en matière d'immigration. [à] Il est un autre sujet qui pourrait être résolu par un référendum. C'est l'introduction d'une part de proportionnelle pour les élections législatives. Soit une promesse du candidat Sarkozyà de 2007. L'obligation d'aller plus loin que la déclaration d'intention s'impose. Selon le politologue, la réforme serait porteuse d'un signal primordial adressé à un électorat populaire en déshérence : " Vous ressentez une absence de considération sociale. Nous allons vous garantir une représentation politique et humaine. Comme les autres, vous avez le droit d'être représentés, vous le serez. " Là encore, plus facile à dire qu'à faire. [à] Ce mardi, la réunion de l'équipe de campagne ne ressemble à aucune de celles qui l'ont précédée. Quand Patrick Buisson prend la parole, chacun a bien conscience que se joue à cet instant un moment singulier. Sauf que Buisson, aujourd'hui, ne fait pas du Buisson. Moins tranchant qu'à l'accoutumée. Il sait que le contexte est difficile, qu'il s'avance seul. S'il a expliqué au président que, d'après ses propres calculs de reports de voix appliqués aux résultats du premier tour, François Hollande obtiendrait le 6 mai 52 % et lui 48 %, il rêverait qu'un sondage reproduise ce score. Cela modifierait la psychologie du candidat. Il est certain que Nicolas Sarkozy validerait alors sans hésitation ses propositions : " C'est quand on a le vent dans le dos que l'on transgresse, pas quand il souffle de face. " Or les enquêtes que la presse publie continuent de marteler ce 55 %/45 % peu encourageant. Pierre Giacometti a également prévenu Buisson avant d'entrer dans le salon vert du palais de l'Elysée, il est sceptique sur l'efficacité d'une telle opération : " Ce genre d'initiatives provoque l'inverse de l'effet recherché. Le citoyen de 2012 n'est plus celui des années 1980, il décèle immédiatement la man£uvre. " Emmanuelle Mignon observe Buisson, elle croit remarquer qu'il s'autocensure. Comme s'il savait, lui aussi, que ce coup de poker n'empêcherait pas la défaite, comme s'il l'avait, lui aussi, acceptée. Patrick Buisson développe son " offre politique " fracassante. Depuis dimanche, il a commencé à la tester auprès de Nicolas Sarkozy, il a énuméré une série de cas de figure, il a jaugé ses réticences. Jean-Michel Goudard, plus silencieux que jamais, scrute la réaction du président. Il lui est arrivé d'alerter le chef de l'Etat sur tout ce qui risquait de donner l'impression d'un happening permanent. Ce soir, il doute que la victoire soit encore au rendez-vous. Dès que la réunion sera terminée, il confiera à Buisson : " Pendant que tu parlais, je le regardais. Ce que tu dis, il n'a pas envie de l'acheter. Si tu remontes à la charge, tu vas l'affaiblir. "Nicolas Sarkozy a écouté, il intervient rapidement. " Ça va, je m'en suis pris suffisamment. " Est-ce ainsi que les candidats meurent ? [à] " On en reparlera demain ", conclut le président. Patrick Buisson n'a rien à ajouter. Ils n'en reparleront jamais. Le jeudi, le politologue retrouvera la parole, à défaut du moral : " Il a refusé, je me battrai jusqu'au bout, mais c'est perdu. "Malgré la fatigue, il est dans une forme olympique. Il est prêt à le défoncer. Il va le défoncer. Nicolas Sarkozy se lance dans un long monologue. " Ah bon, monsieur Hollande, vous n'étiez pas au courant pour Dominique Strauss-Kahn ? Madame Tristane Banon n'est-elle pas venue vous voir ? (1) " Pause d'un instant. " J'ai vu que votre fils, Thomas, était, le samedi 28 avril, à l'anniversaire de Julien Dray, où se trouvait également Dominique Strauss-Kahn. Rue Saint-Denis, cela ne s'invente pas, dans un restaurant qui s'appelle "J'ose", dont le plat de résistance est "Orgasme"à " Le chef de l'Etat n'oublie rien. Il a tout retenu des notes que lui ont recensées Xavier Musca, pour le secteur économique, et Emmanuelle Mignon, pour les autres sujets. " Et l'endettement record en Corrèze ? " Non, il n'est décidé à ne rien laisser passer. " La question n'est pas, monsieur Hollande, que vous n'ayez jamais été ministre. C'est de savoir pourquoi vous ne l'avez jamais été. " Le candidat a terminé. " Bon, voilà. Autre chose ? " Nous sommes le mercredi 2 mai, il est presque 13 heures à l'Elysée. En face du président, ce n'est pas - encore - François Hollande, mais sa propre équipe, et elle n'en croit pas ses oreilles. Un ou deux collaborateurs ont tenté de le modérer : " Il ne faut peut-être pas dire les choses comme celaà " Aucun n'est parvenu à l'arrêter pendant quarante minutes. Tout le monde comprend que le socialiste risque de vivre une sale soirée. Il suffit d'attendre encore huit heures, et on verra ce qu'on verra. Ames sensibles s'abstenir. Depuis plusieurs semaines, Nicolas Sarkozy promet une déculottée à son adversaire. Il le répète à tous ses interlocuteurs. Il y a quelques jours encore, il recevait Nicolas Bazire : " Le débat fera la différence, et je vais gagner. " En marge du meeting de Clermont-Ferrand, le 28 avril, Jean-Pierre Raffarin lui a glissé un conseil : " Ne te mets pas en situation de favori, celui-ci perd toujours. Regarde, en 1972, Edgar Faure l'était face à Defferre, et c'est Defferre qui a gagné. En 1981, Jean-François Deniau l'était contre Jospin, et c'est Jospin qui a gagné. " " Je le sais " : Nicolas Sarkozy connaît son histoire politique. Mais il y a une chose qui dépasse son entendement : comment quelqu'un qui n'a jamais été ne serait-ce que secrétaire d'Etat pourrait-il être élu alors que le monde traverse une crise historique ? Il va le défoncer. Cette fois, ça y est. A La Plaine-Saint-Denis, Laurence Ferrari et David Pujadas sont en place. Le générique va démarrer. L'heure est venue de monter sur le ring, de quitter la loge et ceux qui l'accompagnent ce soir. Juste avant de rejoindre le plateau, Nicolas Sarkozy se tourne vers eux et lâche : " Ça m'emmerde, ce truc. " Ils sont abasourdis. Aucun n'ose réagir, mais les mots qu'ils ont entendus, ils ne sont pas près de les oublier.C. B. " C'est quand on a le vent dans le dos que l'on transgresse, pas quand il souffle de face " PATRICK BUISSON