Le lendemain de Noël, vers 18 heures, sur la ligne Bruxelles-Mons: six jeunes, qui se rendent à Tubize, montent dans le train sans titre de transport. Lors du contrôle des billets, ils se font alpaguer par deux chefs gardes (aujourd'hui, on dit "accompagnateurs de train") qui leur réclament un papier d'identité. Les resquilleurs refusent d'obtempérer. Le ton monte rapidement. Les contrôleurs font appel à deux collègues, situés dans un autre wagon. Finalement, deux des six jeunes acceptent de payer leur ticket. Un troisième tend sa carte d'identité. Mais les trois autres se montrent de plus en plus agressifs. Injures, menaces... Un coup de poing fuse dans la figure d'un des accompagnateurs. Ces derniers préfèrent battre en retraite et contactent la centrale d'appels, comme le prévoient les consignes de sécurité. Le train sera immobilisé, pendant une demi-heure, près de Braine-le-Comte, le temps que la police intervienne.
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Le lendemain de Noël, vers 18 heures, sur la ligne Bruxelles-Mons: six jeunes, qui se rendent à Tubize, montent dans le train sans titre de transport. Lors du contrôle des billets, ils se font alpaguer par deux chefs gardes (aujourd'hui, on dit "accompagnateurs de train") qui leur réclament un papier d'identité. Les resquilleurs refusent d'obtempérer. Le ton monte rapidement. Les contrôleurs font appel à deux collègues, situés dans un autre wagon. Finalement, deux des six jeunes acceptent de payer leur ticket. Un troisième tend sa carte d'identité. Mais les trois autres se montrent de plus en plus agressifs. Injures, menaces... Un coup de poing fuse dans la figure d'un des accompagnateurs. Ces derniers préfèrent battre en retraite et contactent la centrale d'appels, comme le prévoient les consignes de sécurité. Le train sera immobilisé, pendant une demi-heure, près de Braine-le-Comte, le temps que la police intervienne.Malgré le coup de poing, certains diront qu'il s'agit d'un banal incident. Mais, pour les accompagnateurs du tronçon Bruxelles-Mons-Quiévrain, la coupe est pleine. Cette ligne est, avec celles de Bruxelles-Charleroi et Bruxelles-Tournai, la plus risquée en termes d'actes de violence. Une centaine de contrôleurs des dépôts de Mons et de Saint-Ghislain ont donc décidé de faire grève, le 27 décembre, en front commun syndical. "Quand ce n'est pas le pitbull d'un passager qui mord un accompagnateur de train, ce sont des jeunes qui jettent des cailloux sur les wagons ou un chef garde qui se fait tabasser parce qu'il a fait une remarque à des adolescents qui chahutaient dans un compartiment, témoigne Daniel Lecocq, permanent CGSP pour les cheminots. Le climat devient de plus en plus tendu sur certaines lignes. Il arrive que des contrôleurs venant de Liège refusent d'effectuer leur service au-delà de Saint-Ghislain, parce qu'ils ont peur." De manière générale, le nombre des agressions physiques et verbales - recensées - a plus que doublé depuis 1998 ( lire l'encadré). Après les chauffeurs de bus (TEC, De Lijn, STIB), les accompagnateurs de train semblent, à leur tour, faire de plus en plus les frais d'actes de violence. Un phénomène particulièrement contrariant pour les sociétés de transport qui, très soucieuses de leur image, ont souvent tendance à minimiser la situation. Il est vrai qu'une moyenne de 150 agressions - ayant entraîné au moins un jour de congé maladie - pour un total de 2 800 accompagnateurs, cela ne paraît guère énorme. Mais, du point de vue de la victime potentielle, le calcul est très différent. En effet, si l'on se réfère à la loi statistique du risque incendie, appliquée par les compagnies d'assurances, un contrôleur de train a entre 5 et 7 "chances" sur 10 de se faire agresser sur une carrière de vingt-cinq ans. Des "agents d'ambiance"Comment expliquer cet accroissement de la violence dans les transports en commun, au cours de la dernière décennie ? "Le niveau global de la criminalité urbaine ayant augmenté depuis le milieu des années 1980, il n'y a pas de raison que les trains et les bus soient épargnés par ce phénomène, explique Jean-Philippe Koopmansch, criminologue et maître de conférences à l'ULg. On observe d'ailleurs que la répartition géographique des agressions correspond, grosso modo, à celle de la criminalité urbaine en général. Il faut aussi considérer la hausse du nombre d'usagers, ce qui augmente les sources de conflit. Enfin, les chauffeurs et les contrôleurs affichent une tolérance moins grande qu'auparavant lorsqu'il y a des frictions avec la clientèle. Ils ont tendance à porter plainte plus facilement." En effet, aujourd'hui, les agressions verbales donnent lieu à des congés de maladie. Ce qui n'était pas le cas il y a quelques années. Les victimes d'injures ou de menaces ne sont pas, pour autant, des chiffes molles. Elles peuvent être simplement confrontées à plus de stress sur le lieu de leur travail. Dans ce contexte, une agression, même verbale, peut s'avérer préjudiciable. C'est la goutte qui fait déborder le vase. Comment réagissent les responsables des entreprises de transport en commun pour enrayer le phénomène de la violence ? "On ne peut accuser la direction de la SNCB de rester les bras croisés, reconnaît Daniel Lecocq. Dès 1999, la compagnie a constitué un groupe de travail spécifique, chargé d'étudier cette problématique. Désormais, les contrôleurs disposent d'un GSM. Un service permanent d'alarme a été mis en place. Une formation pour acquérir les bonnes réactions dans les situations critiques est prévue, de même qu'un encadrement psychologique en cas d'agression. Le nombre d'accompagnateurs a été renforcé sur les lignes à risque..." Les agressions n'ont toutefois pas encore diminué de manière significative. Au niveau des TEC, Jean-Philippe Koopmansch a participé, au cours de l'année 2000, à une table ronde, constituée par le ministère wallon des Transports, réunissant des membres et des responsables des TEC, les syndicats ainsi que des représentants des usagers. Ce groupe de réflexion s'est accordé sur plusieurs axes. Notamment, la mise au point d'un appareil de mesure efficace du nombre d'agressions, qui permettrait de comparer les données. On est encore loin du compte... La prévention technique a également été évoquée. Quelques bus sont désormais équipés de caméras et de cabines de pilotage blindées. Autre point important souligné par la table ronde: les chauffeurs doivent pouvoir suivre des cours de gestion des conflits. "Actuellement encore, un chauffeur de bus est engagé, avant tout, pour ses compétences techniques, souligne Koopmansch. Or c'est un métier de contact, qui requiert surtout une aptitude naturelle à affronter des situations difficiles." Ces formations sont davantage assurées dans certaines régions que dans d'autres. Or on constate, une fois de plus en matière de violence, que c'est la prévention qui paie le plus. En effet, depuis 1998, les TEC ont engagé des "agents d'ambiance", chargés de désamorcer les crises. Les lignes qui bénéficient de ce service ont vu chuter les agressions.Thierry Denoël et Cécile Van Neck