Un artiste qui travaille en France est bien sûr... français. Air connu, y compris pour les écrivains. En effet, les auteurs belges francophones connus à l'étranger sont, pour la plupart, publiés en France et, donc, considérés comme auteurs français par les lecteurs d'outre-Quiévrain. Un phénomène ni récent ni unique. Jean-Luc Outers, directeur de la Promotion des lettres de la Communauté française - dont le dernier livre a été publié chez Actes Sud -, le confirme: "Beaucoup d'auteurs préfèrent être publiés à Paris, ce qui offre un meilleur rayonnement à leur oeuvre, mais ils sont souvent assimilés. C'est le revers de la médaille. Cependant, je ne pense pas que la nationalité soit une carte de visite. On a intérêt à avoir la littérature comme emblème, non un pays."
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Un artiste qui travaille en France est bien sûr... français. Air connu, y compris pour les écrivains. En effet, les auteurs belges francophones connus à l'étranger sont, pour la plupart, publiés en France et, donc, considérés comme auteurs français par les lecteurs d'outre-Quiévrain. Un phénomène ni récent ni unique. Jean-Luc Outers, directeur de la Promotion des lettres de la Communauté française - dont le dernier livre a été publié chez Actes Sud -, le confirme: "Beaucoup d'auteurs préfèrent être publiés à Paris, ce qui offre un meilleur rayonnement à leur oeuvre, mais ils sont souvent assimilés. C'est le revers de la médaille. Cependant, je ne pense pas que la nationalité soit une carte de visite. On a intérêt à avoir la littérature comme emblème, non un pays."Au-delà du constat, l'état des lieux est amer pour les écrivains de qualité publiés en Belgique. Paradoxalement, la production belge a la cote à Paris. "Dans le climat actuel, la Belgique est plutôt à la mode", affirme Vincent Engel, président de l'Association des gens de lettres. Pour cet auteur, qui a testé des maisons d'édition canadienne et belge avant d'être publié chez Fayard, le lieu de publication détermine "la réception de l'oeuvre et les possibilités: les lecteurs restent, à tort, convaincus qu'un livre publié en France est meilleur qu'un livre publié en Belgique". Pourtant, la littérature belge est en plein bouillonnement, et les maisons d'édition nationales rivalisent d'innovations. Plusieurs nouvelles collections ont été baptisées à la rentrée 2001, et deux maisons d'édition tentent de changer la direction du vent. Fraîchement arrivée, Le Grand Miroir ouvre le feu avec Jacqueline Harpman, Nicolas Ancion, Vincent Engel et Nicole Malinconi, et s'offre le luxe d'une large diffusion par Flammarion. La Renaissance du Livre s'ouvre, quant à elle, à la fiction et diffuse ses livres chez Gallimard. Très actives, les maisons d'édition belges sont également de belles découvreuses de nouveaux talents. Alors, quel est le problème? De l'avis général, il n'est ni plus ni moins difficile d'être publié à Paris pour un auteur belge que pour un auteur français. Parallèlement, la capitale française exerce la même fascination sur les uns que sur les autres. Pour Vincent Engel, "les éditeurs parisiens bénéficient d'une certaine crédibilité. Tout éditeur qui voudrait avoir le même capital de crédibilité que Gallimard, par exemple, est un utopiste". Les ouvrages publiés ici seraient-ils d'une qualité inférieure? Loin de là. La difficulté que rencontrent les écrivains publiés en Belgique serait, en fait, une question d'image, selon Xavier Hanotte (dont les trois romans sont sortis chez Belfond): "L'édition belge couvre un public plus restreint, elle est donc ressentie comme plus élitiste, plus pointue." De quoi n'y plus rien comprendre... L'auteur de Derrière la colline poursuit: "En tant qu'auteur, on est tout d'abord lecteur. J'ai donc envoyé mes manuscrits aux éditeurs qui avaient publié des livres que j'aimais." Une démarche logique et fréquente, qui avait également motivé Gérard Adam. Aujourd'hui publié aux éditions belges Luce Wilquin, il résume très bien le malaise ambiant: "Tout dépend des ambitions de chacun. Si l'important est d'être publié, puis de laisser faire les choses, alors une maison belge ne pose pas de problème. Si c'est la reconnaissance qui prime, alors on est malheureux. Mais je reste fidèle à ceux qui m'ont fait confiance. C'est trop facile de laisser les éditeurs belges faire le travail de défrichage, puis de leur claquer la porte au nez." Tout reste donc une question de moyens: diffusion, distribution, promotion, communication...L'oeuf et la pouleL'avenir montrera si Le Grand Miroir et la nouvelle collection de La Renaissance du Livre renverseront cette donne. Patrick Virelles, qui inaugure cette dernière, a motivé son choix: "Certes, il est plus confortable d'être publié à Paris, où l'on ajoute un zéro au chiffre des ventes. Mais certains auteurs se plaignent de maisons françaises qui sont de vraies usines. Les éditeurs belges ont plus de temps à consacrer à leurs auteurs." Résumé de l'équation: les maisons d'édition belges ont du mal à s'imposer parce qu'il leur manque le rayonnement de leurs auteurs, rayonnement qui ne s'obtient qu'en étant publié à Paris. L'oeuf et la poule, quoi! La clé du problème? "Paris"! Les éditeurs de Nantes, Bordeaux ou Lyon et leurs auteurs rencontrent le même problème de reconnaissance. Une histoire de centralisation hexagonale, donc...Larissa Delcourt