Certains ont lu l'intégralité de son légendaire Journal de l'amour, pendant que d'autres l'ont seulement croisée, au détour de quelques pages du culte Kafka faisait fureur d'Anatole Broyard - la plupart, et même ceux qui s'en fichent, ont au moins déjà entendu prononcé son nom, parfois accompagné d'adjectifs tels qu'" érotique " voire " sulfureux ". Broyard, lui, l'a réellement côtoyée : " Qu'aurais-je dû faire ? Qu'aurait fait Henry Miller à ma place ? Otto Rank ? Edmund Wilson ? " Comme les illustres amants de Nin ici invoqués, il figurera, lui aussi, dans le fameux Journal, mais on ne saurait lui jeter la...

Certains ont lu l'intégralité de son légendaire Journal de l'amour, pendant que d'autres l'ont seulement croisée, au détour de quelques pages du culte Kafka faisait fureur d'Anatole Broyard - la plupart, et même ceux qui s'en fichent, ont au moins déjà entendu prononcé son nom, parfois accompagné d'adjectifs tels qu'" érotique " voire " sulfureux ". Broyard, lui, l'a réellement côtoyée : " Qu'aurais-je dû faire ? Qu'aurait fait Henry Miller à ma place ? Otto Rank ? Edmund Wilson ? " Comme les illustres amants de Nin ici invoqués, il figurera, lui aussi, dans le fameux Journal, mais on ne saurait lui jeter la pierre d'avoir perdu ses moyens en sa présence. Car ce n'est pas seulement pour se la raconter que l'on convoque ici cette référence un brin snob. Anaïs Nin a beau être morte en 1977, sa simple mention exhale, aujourd'hui encore, une tenace odeur de soufre : il y a bien sûr son légendaire Journal de l'amour (2003 pour sa version définitive et " non expurgée "), où elle évoque de façon très peu pudique sa vie personnelle et ses relations intimes et parfois passionnées avec la crème de ses contemporains (Henry Miller donc et son épouse June, Antonin Artaud, James Agee, etc.), ses maris (elle fut mariée avec deux hommes à la fois) et même avec son propre père... On lui doit aussi de fameuses nouvelles érotiques, dont le recueil Venus erotica (1977), domaine dans lequel elle fut une des premières femmes à se lancer (et à briller). Pardon de divulgâcher et de réfréner les ardeurs, mais dans L'Intemporalité perdue et autres nouvelles (1), pourtant initialement publié en 1977 lui aussi, et dans un premier temps " réservé aux amis " de Nin, les courts textes enfin traduits en français (par l'auteure Agnès Desarthe) feront bien moins scandale... On se réjouit malgré cela de déceler les obsessions bien connues de Nin : on retrouve cette curiosité pour l'interdit, de l'érotisme certes, mais aussi une soif inassouvie pour l'art, un appétit prégnant pour la création et la reconnaissance. On devine aussi, à travers chaque personnage féminin, l'auteure des journaux intimes à venir, comme si elle s'interdisait, pour une fois, l'usage du " je " qui sûrement la démange. " Je suis capable d'écrire des pages fantastiques, mais je ne sais pas comment les vivre ", disait-elle dans Inceste, son journal des années 1932 à 1934. Dans ces nouvelles débutées en 1929, Nin cherche déjà à s'éloigner de toute réalité matérielle, à atteindre une sensation ultime, un accomplissement, comme ce " sentiment tzigane " dont il est question dans l'une d'elles. Elle plonge alors parfois dans le fantastique, et dans la première nouvelle qui donne son titre au recueil ou plus loin dans Tishnar, on se croirait dans un vieil épisode de La Quatrième dimension. Ces nouvelles neuves sont certes inégales, et la jeune Anaïs, débordée par une sorte d'enthousiasme juvénile, s'emballe parfois ; elles n'en restent pas moins charmantes, légères comme une douce brise de mai sur les joues d'un être fraîchement déconfiné. " Remettez votre mort à plus tard, et vous verrez. "