La difficulté ou l'impossibilité d'utiliser Internet pour certaines personnes est-elle devenue plus handicapante encore avec la crise du coronavirus?
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La difficulté ou l'impossibilité d'utiliser Internet pour certaines personnes est-elle devenue plus handicapante encore avec la crise du coronavirus? Henk Van Hootegem, coordinateur: La fracture numérique apparaît en effet de manière encore plus évidente depuis lors. Dans l'enseignement, le monde du travail ou encore l'accès aux services essentiels, le numérique a pris une place beaucoup plus importante. Il est dès lors crucial qu'une partie des moyens financiers octroyés par l'Europe pour la relance belge serve à lutter contre les inégalités existantes, y compris en matière de connectivité. Dans le cas contraire, elles s'accentueront inévitablement. Comment se manifeste cette fracture numérique et qui concerne-t-elle? Christophe Blanckaert, responsable de la communication: Elle recouvre d'une part des enjeux liés à l'accès à Internet et au matériel informatique, et d'autre part le niveau de compétences numériques nécessaires pour utiliser l'ensemble des services en ligne. En ce qui concerne les usages, les données les plus récentes, de 2020, indiquaient que seuls 6% des 16-74 ans n'avaient jamais utilisé Internet. Mais cette proportion s'élève à une personne sur six dans les groupes où le niveau d'instruction est le plus faible, contre une personne sur cent dans la catégorie la plus instruite. Par ailleurs, toujours en 2020, la dernière enquête TIC de l'Office belge de statistique renseignait que 91% des ménages avaient accès à Internet, contre 54% il y a dix ans. Parmi les personnes qui n'y ont pas accès, une sur cinq évoque le coût du matériel ou les frais d'abonnement, et quatre sur dix le manque de compétences. Avec, là aussi, des disparités: seulement 15% des personnes plus faiblement instruites ont un niveau de compétences numériques avancé, contre 57% pour les plus instruites. H. V. H.: Les opérateurs sont évidemment des acteurs importants. Pendant la crise, Telenet et Proximus ont par exemple offert des accès temporaires gratuits à leurs bornes wifi publiques pour les élèves ne disposant pas d'Internet à la maison, sur demande de leur école. Mais les autorités ont aussi un rôle à jouer. Ce sont elles qui peuvent mettre à disposition du matériel et encourager le développement des compétences requises pour gommer les inégalités. Depuis 2005, la composante sociale du service universel des télécommunications permet à certains groupes de personnes, dont les plus précarisées, de bénéficier de tarifs réduits pour l'Internet fixe. Est-ce suffisant? H. V. H.: Ces dernières années, nous avons beaucoup travaillé sur cette notion de tarif social, que ce soit pour l'accès à l'eau, à l'énergie mais aussi à Internet à des prix plus abordables. Le cadre actuel n'est toutefois pas suffisant. Cela se fait à la demande des personnes concernées. Or, beaucoup ne savent pas nécessairement qu'elles y ont droit. Nous plaidons donc pour que ce droit soit systématique pour les groupes cibles, ce qui suppose de pouvoir les identifier. Le recours à certaines bases de données existantes peut faciliter ce travail, Le statut des bénéficiaires de l'intervention majorée (BIM) dans les soins de santé est à cet égard intéressant puisque certains groupes avec une allocation y sont inclus et que d'autres sont identifiés sur la base d'un bas revenu. Les pouvoirs publics semblent prêts à avancer sur cette question, mais il y a encore beaucoup de travail en la matière.