Dans la pénombre d'une salle de l'état-major des forces burundaises, en plein c£ur de la capitale Bujumbura, le ministre de la Défense et des Anciens Combattants, le général Germain Niyoyankana, commente un Power Point projeté à l'intention de son homologue belge Pieter De Crem. Face aux officiers burundais, la situation politique est résumée en deux phrases sur l'écran : " Piétinement des pourparlers avec le FNL (Forces nationales de libération) ", la dernière rébellion hutu encore active, et " tendance au positionnement des hommes politiques par rapport aux élections de 2010 ". A voix basse, un militaire belge traduit aussitôt : " On file droit vers des élections à la kalachnikov. " Il n'est pas le seul à le penser : qu'on interroge les Burundais, les expatriés ou les diplomates, le spectre des élections hante tous les esprits.
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Dans la pénombre d'une salle de l'état-major des forces burundaises, en plein c£ur de la capitale Bujumbura, le ministre de la Défense et des Anciens Combattants, le général Germain Niyoyankana, commente un Power Point projeté à l'intention de son homologue belge Pieter De Crem. Face aux officiers burundais, la situation politique est résumée en deux phrases sur l'écran : " Piétinement des pourparlers avec le FNL (Forces nationales de libération) ", la dernière rébellion hutu encore active, et " tendance au positionnement des hommes politiques par rapport aux élections de 2010 ". A voix basse, un militaire belge traduit aussitôt : " On file droit vers des élections à la kalachnikov. " Il n'est pas le seul à le penser : qu'on interroge les Burundais, les expatriés ou les diplomates, le spectre des élections hante tous les esprits. En 2010, le président Pierre Nkurunziza, un Hutu, remettra son mandat en jeu. Or le pays est encore loin d'avoir retrouvé la sérénité. Le cessez-le-feu conclu entre le gouvernement burundais et le FNL représente un pas important pour le processus de paix, de même que le retour de son chef Agathon Rwasa à Bujumbura. Mais la question de l'intégration des rebelles dans la vie politique et au sein des forces de sécurité n'est toujours pas résolue. De plus, il resterait encore 500 rebelles en activité sur les collines autour de la capitale ; ce sont souvent de simples citoyens, du taxi-moto à l'étudiant, dont l'objectif, plutôt que politique, est purement vénal : tous espèrent toucher la prime de démobilisation... Forte de 27 000 hommes, l'armée burundaise est " aujourd'hui l'une des institutions les plus stabilisées du pays ", prétend Niyoyankana, qui a sollicité son homologue belge pour la formation d'officiers et de spécialistes en gestion du personnel, ainsi que pour la fourniture de matériel didactique, informatique et de génie. " La Défense belge souhaite se présenter comme un partenaire privilégié ", souligne De Crem. Un terme qui évoque les grandes heures belgo-zaïroises... L'ambassadeur belge, Jozef Smets, est formel : " Entre nos deux pays, c'est une relation excellente et sans arrière-pensées. " Sous-entendu, pas comme avec le Rwanda et le Congo. Mais, dans ce dernier bastion belge en Afrique centrale, l'impasse sécuritaire se double d'un blocage politique. Le FLN exige la moitié des postes dans les structures de l'Etat, y compris dans les forces de sécurité : une demande inacceptable pour Nkurunziza et son équipe. Les postes étant soumis à des quotas ethniques, cela obligerait le CNDD-FDD, le parti présidentiel, à se serrer pour permettre aux ex-rebelles de s'asseoir sur la banquette du pouvoir. D'où l'intérêt des deux protagonistes à laisser pourrir la situation jusqu'en 2010... Lors d'une réception en l'honneur des 300 Belges du Burundi, De Crem n'a pas hésité à lancer un appel aux leaders du FNL " afin qu'ils reconnaissent sans détour la Constitution et se transforment au plus tôt en un parti politique normal ". Au parlement, les partis s'enfoncent dans des querelles partisanes, confirmant leur déconnexion des réalités. Divisés, recomposés, ils sont aujourd'hui près d'une quarantaine. Le CNDD-FDD s'est également scindé, suite à la mise à l'écart, à la tête du parti, du puissant Hussein Radjabu. Vingt-deux députés l'ont suivi. Pour retrouver sa majorité des deux tiers à l'Assemblée nationale, le clan Nkurunziza a pu remplacer les dissidents par des éléments fidèles à la direction du parti, grâce au coup de pouce de la Cour constitutionnelle. " En se montrant aussi coopérative, la Cour a confirmé l'idée largement répandue selon laquelle tout l'appareil de la justice au Burundi serait à la solde de l'exécutif ", notait sans ambages le rapporteur de l'ONU. La mise au pas de l'opposition s'étend également aux médias et aux ONG. D'autres ingrédients risquent de faire tourner la mayonnaise électorale. Ainsi, la police est encore loin d'être soudée. Or c'est elle qui devra sécuriser le scrutin. Aucun consensus n'a encore été trouvé sur la composition de la commission électorale nationale, pièce essentielle du rendez-vous de 2010. Les émissaires étrangers s'époumonent à mettre en garde Nkurunziza contre le risque d'un scénario à la kényane. Autres hypothèques sur la paix : le retour des réfugiés, avec, à la clé, d'innombrables conflits fonciers, et encore la criminalité galopante, due à la prolifération d'armes. Sur les collines, on trouve des grenades à 5 000 francs burundais (quelque 3 euros). Sans parler de la pauvreté généralisée, une véritable bombe à retardement. Les prix ont doublé, tandis que les salaires stagnent. Un Burundais moyen gagne 25 euros par mois, or une maison se loue à 30 euros, au minimum. Norbert, qui travaille sur un des chantiers d'asphaltage de la capitale, raconte qu'il gagne 1 800 francs burundais par jour, l'équivalent de 1 euro. " Dans deux semaines, mon contrat sera terminé, et je n'aurai de nouveau plus rien ", dit-il. D'autres travailleurs, incapables de nouer les deux bouts, sont retournés dans leurs provinces. Pendant ce temps, la corruption atteint tous les niveaux de l'Etat, y compris l'armée. L'Observatoire de lutte contre la corruption chiffre les fonds détournés depuis le début 2008 à plus de 15 milliards de francs burundais, environ 9 millions d'euros. Autant de facteurs qui risquent de radicaliser les partis d'opposition. Avec le risque de voir certains jouer à nouveau la carte ethnique. l François Janne d'OthéeFrançois Janne d'Othée