Le Vif/L'Express : La plupart des analystes considèrent les périodes de crise politique et de formation du gouvernement comme des " zones grises ", durant lesquelles le roi se réapproprie certaines parcelles de pouvoir. C'est aussi votre avis ?

Marc Uyttendaele : Eh bien, moi, je ne crois pas à cette théorie-là... On ne peut pas l'affirmer, car le respect du colloque singulier empêche de savoir ce que se disent le roi et ses interlocuteurs politiques. Mais on peut le présupposer : le roi fait ce que lui dictent les acteurs forts du moment, rien d'autre. Observons ce qui s'est produit lors de l'été 2007, c'est moins périlleux que d'évoquer ce qui se passe aujourd'hui... Il y a trois ans, c'est jusqu'à la déraison que le roi a pris des initiatives pour permettre à l'orange bleue [ NDLR : coalition réunissant démocrates-chrétiens et libéraux] d'exister. Qui voulait ça, si ce n'étaient Didier Reynders...

Marc Uyttendaele : Eh bien, moi, je ne crois pas à cette théorie-là... On ne peut pas l'affirmer, car le respect du colloque singulier empêche de savoir ce que se disent le roi et ses interlocuteurs politiques. Mais on peut le présupposer : le roi fait ce que lui dictent les acteurs forts du moment, rien d'autre. Observons ce qui s'est produit lors de l'été 2007, c'est moins périlleux que d'évoquer ce qui se passe aujourd'hui... Il y a trois ans, c'est jusqu'à la déraison que le roi a pris des initiatives pour permettre à l'orange bleue [ NDLR : coalition réunissant démocrates-chrétiens et libéraux] d'exister. Qui voulait ça, si ce n'étaient Didier Reynders et Yves Leterme, c'est-à-dire les acteurs forts du moment ? Le roi n'a installé Guy Verhofstadt à la tête d'un gouvernement intérimaire que quand Leterme lui a dit que l'orange bleue n'était plus possible. Quant à la décision d'aller rechercher Verhofstadt, pouvait-il agir autrement ? Je ne pense pas. Il s'agissait tout simplement du Premier ministre précédent. Ce n'est pas un choix original ni particulièrement imaginatif. Dès lors qu'on considère comme vous que le roi ne prend jamais d'initiative propre, toutes les interrogations sur sa sensibilité politique, son entourage, l'âge de ses conseillers perdent de leur pertinence... Là n'est vraiment pas l'essentiel. Tant que le roi ne sort pas de son rôle. C'est la seule nuance que j'apporterais : ce système reste conditionné par la personnalité de ceux qui incarnent la monarchie. Albert II n'agit pas comme le faisait Baudouin. L'attitude des deux frères vis-à-vis du monde politique vous semble-t-elle à ce point différente ? Albert II correspond infiniment mieux à ce qu'on peut attendre de quelqu'un qui doit sa fonction à l'hérédité dans une démocratie. Dans le système actuel, le rôle du roi, c'est d'entériner la volonté dominante. Albert II a très bien intégré ça. Il se dissout, il s'abstrait dans le système parlementaire et constitutionnel. Ce n'était pas toujours le cas de Baudouin, qui s'était par exemple démené pour que Melchior Wathelet devienne Premier ministre. On sentait de manière nette un choix personnel. Son frère n'a jamais agi comme ça. Sous Baudouin, il y avait aussi les chouchous du Palais. Toujours les mêmes : Willy Claes, Charles-Ferdinand Nothomb... Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Considérez-vous que la monarchie est, en Belgique, un facteur de stabilité ? Non. Ou à peine. Disons que, lors de certains moments de crispation, elle constitue peut-être un outil qui permet de gagner du temps. Mais, pour le reste, l'apport du Roi est neutre. La loi dépénalisant partiellement l'avortement, votée en 1990, constitue-t-elle une date charnière dans la perte des pouvoirs du roi ? Sans doute. Mais le vrai moment clé remonte bien avant. En 1960, furieux contre son gouvernement qui n'a pas empêché le discours farouchement anticolonialiste de Patrice Lumumba lors de la cérémonie d'indépendance du Congo, Baudouin focalise sa colère contre le Premier ministre de l'époque, Gaston Eyskens. Il veut le forcer à démissionner. Il a même prévu un gouvernement de rechange, essentiellement composé de techniciens et dirigé par Paul van Zeeland et Paul-Henri Spaak. Mais Eyskens se rebiffe. Il dit au roi : vous allez me révoquer, comme la Constitution vous y autorise, mais je ne démissionnerai pas ! Finalement, c'est Baudouin qui recule... ENTRETIEN : FRANÇOIS BRABANT" albert II n'agit pas comme Baudouin "