En septembre 2006, Roularta lançait fièrement un magazine de santé innovant: critique, sans publicité, il proposait des articles basés sur des données probantes scientifiques en collaboration avec les universités belges. Deux éditions distinctes existaient alors: Équilibre en français et Bodytalk en néerlandais, publiées 12 fois par an par une petite rédaction enthousiaste sous la direction de deux médecins rôdées au journalisme. Roularta et Rik De Nolf, son CEO de l'époque, ont crû dans ce pari osé, même si un magazine sans revenus p...

En septembre 2006, Roularta lançait fièrement un magazine de santé innovant: critique, sans publicité, il proposait des articles basés sur des données probantes scientifiques en collaboration avec les universités belges. Deux éditions distinctes existaient alors: Équilibre en français et Bodytalk en néerlandais, publiées 12 fois par an par une petite rédaction enthousiaste sous la direction de deux médecins rôdées au journalisme. Roularta et Rik De Nolf, son CEO de l'époque, ont crû dans ce pari osé, même si un magazine sans revenus publicitaires, comme Bodytalk/Équilibre coûtait évidemment plus cher. Les premières années, nous avons réussi à toucher de nombreux lecteurs grâce aux efforts du service des abonnements de Roularta ; nous fêtions chaque cap de 5000 abonnés supplémentaires. En 2008, la crise bancaire a mis fin à cette période d'insouciance. La presse dans son ensemble en a pâti, de même que Bodytalk/Équilibre. Il a donc fallu réfléchir aux moyens de donner un second souffle au titre. Il a été décidé d'amputer la rédaction d'une partie de ses troupes et de passer à un Bodytalk unique, traduit et intégré au "package" du Vif (Knack en néerlandais). Trois éditions par an ont été supprimées et les pages de Bodytalk ont été ouvertes aux annonceurs publicitaires. La transition fut compliquée et je me souviens très bien des courriers de lecteurs mécontents et du départ de plusieurs collègues très appréciés. La rédaction n'en a pas moins tenu son cap critique de toujours, avec des articles basés sur les connaissances scientifiques en vigueur. Bodytalk a encore tenu le coup une dizaine d'années. Malheureusement, les annonceurs n'ont pas suivi. En 2018, de nouvelles économies ont été décidées, dont le passage à 6 éditions par an. Cette histoire se termine aujourd'hui: à la veille de 2022, le rideau tombe sur Bodytalk. Le numéro que vous tenez entre vos mains - le 144e - est aussi le dernier. Après un peu plus de 15 années d'existence, notre éditeur a décidé de supprimer votre magazine de santé. Cette décision est arrivée comme un coup de poing pour la rédaction, les collaborateurs et évidemment aussi pour moi-même. Je n'ai toutefois aucun doute que nos chemins se croiseront encore dans d'autres magazines: des journalistes critiques comme An Swerts, Carine Stevens, Thomas Detombe, Carine Maillard et Pascale Pierard sont plus que jamais nécessaires dans un monde où la désinformation prolifère dans le domaine de la santé, comme la pandémie du coronavirus l'a encore démontré. Nous vous souhaitons encore à tous de longues années en bonne santé.