Il était sorti par la petite porte en avril 1998, après l'incroyable évasion de Marc Dutroux. Le voilà qui fait un retour remarqué au sein de l'équipe de secouristes de Van Rompuy. A 57 ans, Stefaan De Clerck a une sérieuse revanche à prendre. Il ne devra pas laisser passer l'occasion. Certes, l'homme n'a pas démérité au ministère de la Justice, dont il a déjà tenu les rênes pendant trois ans. Mais ce fonceur, qui vit à 100 à l'heure, toujours prêt à dégainer son GSM, traîne une solide réputation de gaffeur. Et d'opportuniste.
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Il était sorti par la petite porte en avril 1998, après l'incroyable évasion de Marc Dutroux. Le voilà qui fait un retour remarqué au sein de l'équipe de secouristes de Van Rompuy. A 57 ans, Stefaan De Clerck a une sérieuse revanche à prendre. Il ne devra pas laisser passer l'occasion. Certes, l'homme n'a pas démérité au ministère de la Justice, dont il a déjà tenu les rênes pendant trois ans. Mais ce fonceur, qui vit à 100 à l'heure, toujours prêt à dégainer son GSM, traîne une solide réputation de gaffeur. Et d'opportuniste. Gaffeur, parce que cet avocat de profession a accumulé les bourdes dès son arrivée, en 1995, dans le gouvernement Dehaene, bousculant allégrement les règles de la séparation des pouvoirs. Petit florilège : il a pris une décision contraire à celle prononcée par la chambre des mises en accusation dans l'affaire de l'extradition d'un couple basque appartenant à l'organisation indépendantiste ETA ; il a adressé un courrier au premier président de la cour d'appel de Gand, dans un dossier d'héritage, au profit d'un citoyen de sa circonscription électorale ; il a commandé une enquête sur l'enquête des tueries du Brabant à un criminologue néerlandais, passant outre à l'avis de hauts magistratsàA plusieurs reprises, Jean-Luc-le-Bulldozer est monté à la tribune de la Chambre pour sauver la peau de son fougueux ministre. " De Clerck a la fâcheuse habitude de se considérer au-dessus des lois, témoigne un magistrat qui l'a bien connu. Il devra se dominer, c'est sûr, surtout après le scandale Schurmans dans le dossier Fortis. " A l'époque, alors que ses prédécesseurs avaient échoué, il voulait secouer le mastodonte de la justice. Maladresse de jeunesse ? Opportuniste, il l'est jusqu'au bout des ongles. " Je suis toujours présent là où il y a du mouvement ", affirme-t-il sans gêne. En 1999, il a signé la pétition réclamant la libération du bijoutier de Harelbeke (Courtrai) arrêté pour avoir tiré dans le dos d'un homme non armé qui avait tenté de le dévaliser. Celui qui était alors ancien ministre de la Justice voulait relancer le débat sur la légitime défense, dans le but d'étendre celle-ci à la protection des biens. Une idée porteuse au sein de l'électorat flamand de droite. " Il a un caractère faible, il est trop soumis à l'opinion ", déclare un juge bruxellois. " Il fait partie des "émo-politiciens", ceux qui jouent sur le registre de l'émotion ", confirme Lieven Dewinter, de la KUL. Lorsque la commission Franchimont, attentive aux droits des victimes, lui a remis son rapport bien avant que n'éclate l'affaire Dutroux, le document a dormi dans un tiroir pendant plusieurs mois. De Clerck ne l'a ressorti qu'après le macabre mois d'août 1996, lorsque les familles des victimes du pédophile de Marcinelle ont fait entendre leur voix. " Cela dit, Stefaan De Clerck a acquis de l'expérience et a montré qu'il savait gérer ce département difficile qu'est la Justice ", nuance le politologue de l'université d'Anvers Dave Sinardet. En effet, il a fait preuve de créativité. C'est lui qui, dès 1995, a chargé le pénaliste de la KUL Lieven Dupont d'une mission exploratoire sur la réforme des prisons : un chantier ardu. Deux ans plus tard, il a engagé un groupe d'étude qui a recommandé l'instauration de la justice restauratrice pour les jeunes délinquants. Depuis lors, l'idée de la médiation pénale a fait du chemin. Sans parler des accords Octopus sur la réforme du système policier et judiciaire qu'il a commencé à mettre en place, dans un contexte délicat. S'il a conservé de bons contacts avec pas mal de magistrats (le procureur général de Liège, Cédric Visart de Bocarmé, a été son chef de cabinet), il laisse aussi de mauvais souvenirs au sein de la profession. Sous la pression flamande, il n'a pas hésité à faire appliquer à la lettre la loi de 1935 sur le bilinguisme en matière judiciaire dans l'arrondissement de Bruxelles. " Ce fut, à l'époque, un vrai bras de fer, car ces exigences ont paralysé en partie le fonctionnement de la justice de la capitale ", se rappelle Benoît Dejemeppe, ancien procureur du roi de Bruxelles. On se souvient aussi qu'en 1995 son cabinet était presque entièrement (à 90 % !) composé de Flamands. Plutôt à droite au sein du CD&V, parfait bilingue, De Clerck n'a cependant pas la réputation d'être l'un des plus durs sur les questions communautaires, même si, ces derniers mois, il a mis des bâtons " linguistiques " dans les roues d'Yves Leterme. On le disait aigri de n'avoir pas été appelé à participer à son gouvernement... En effet, ces dernières années, Stefaan De Clerck n'existait plus qu'à Courtrai, cette ville prospère de 76 000 habitants, dont il est le bourgmestre. Son passage à la présidence du CD&V, alors que les sociaux-chrétiens flamands se rongeaient les ongles dans l'opposition, ne fut guère une réussite. Après avoir été " limogé " - en souplesse - de la tête du parti par Leterme, en 2003, il s'était retiré dans son fief, sans ralentir son train de vie de forcené. Même au niveau communal, le candidat De Clerck a mené des campagnes à l'américaine. On ne se refait pas quand on est né dans le Texas flamandà Communicateur hors pair, doté d'un certain charisme, le fils de l'ex-ministre CVP Albert De Clerck a la politique dans le sang. Son retour au fédéral ne pouvait pas lui faire plus plaisir. Thierry Denoël