Les célébrations se suivent et ne se ressemblent pas: voici un an, à l'occasion de la fête du Travail, Elio Di Rupo, le président du PS, avait lancé de violentes philippiques contre Ecolo. C'est bien connu: rien de mieux que la désignation d'un bouc émissaire pour chauffer une salle et désarmer les râleurs. Mais il faut savoir varier. Mercredi dernier, le 1er Mai, donc, à Rebecq, on a vainement cherché la moindre trace d'animosité entre le PS et les Verts. Au contraire: c'est à la "droite" et, bien sûr, à l'extrême droite, que s'en est pris Di Rupo. Les écologistes, eux, sont rentrés dans les grâces du président socialiste. Lequel, il y a quelques semaines, s'évertuait encore à dénoncer les "archaïsmes" des écologistes et leur manque de fiabilité...
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Les célébrations se suivent et ne se ressemblent pas: voici un an, à l'occasion de la fête du Travail, Elio Di Rupo, le président du PS, avait lancé de violentes philippiques contre Ecolo. C'est bien connu: rien de mieux que la désignation d'un bouc émissaire pour chauffer une salle et désarmer les râleurs. Mais il faut savoir varier. Mercredi dernier, le 1er Mai, donc, à Rebecq, on a vainement cherché la moindre trace d'animosité entre le PS et les Verts. Au contraire: c'est à la "droite" et, bien sûr, à l'extrême droite, que s'en est pris Di Rupo. Les écologistes, eux, sont rentrés dans les grâces du président socialiste. Lequel, il y a quelques semaines, s'évertuait encore à dénoncer les "archaïsmes" des écologistes et leur manque de fiabilité...Pourquoi un tel revirement? Depuis le premier tour de l'élection présidentielle française, l'éviction de Lionel Jospin et l'échec de la gauche plurielle version hexagonale, Di Rupo n'en dort plus: la dispersion des progressistes entre le PS, Ecolo et le PSC ne finira-t-elle pas par sonner le glas de la suprématie socialiste en Wallonie? La création du Mouvement réformateur (MR) de Louis Michel, rassemblant sous une bannière commune le PRL, le FDF et le MCC de Gérard Deprez, n'est pas de nature à apaiser les esprits à gauche: et si ce rassemblement, même artificiel, des partis francophones de centre droit se révélait apte à ratisser large aux prochaines élections? Rateau pour rateau, les impératifs stratégiques ont donc remis le pluralisme à l'honneur, au sein du PS. Enterré, toutefois, le terme de gauche plurielle: la débâcle, en France, de cette gauche émiettée entre plusieurs formations politiques l'a remisée définitivement au fond des tiroirs. On lui préfère, désormais, le concept d'une "gauche élargie", pour laquelle Di Rupo rêve d'une "alliance". C'est, bien entendu, aux électeurs du PSC de Joëlle Milquet - depuis quelque temps, elle file pourtant la parfaite entente avec son homologue socialiste - que s'adresse prioritairement cette invite. Dame: les sociaux-chrétiens se cherchent désespérément une identité et s'interrogent sur la survie à moyen terme de leur parti. Le cas échéant, le président du PS rêve évidemment d'attirer dans ses rets le plus grand nombre possible d'ouailles chrétiennes en déshérence. L'esprit de Léo Collard - en mai 1969, le président du PSB, le Parti socialiste belge unitaire, avait lancé un appel au rassemblement des progressistes à l'attention des démocrates chrétiens - hante plus que jamais les couloirs du Boulevard de l'Empereur, le siège du parti socialiste... Quant aux Verts, les voici officiellement élevés au rang de partenaires. Jacques Bauduin, secrétaire fédéral d'Ecolo, accepte avec le sourire les avances de Di Rupo. Pourra-t-il masquer longtemps la petite irritation que celles-ci doivent néanmoins lui inspirer? Il rappelle en tout cas, à qui veut l'entendre, qu'il appelle de ses voeux, depuis un bon bout de temps déjà, une cohésion plus ferme de l'axe progressiste du gouvernement arc-en-ciel. Et se félicite de ce que "le temps des ambiguïtés" soit terminé. Mais, relève Bauduin, "des amoureux ne peuvent pas éternellement se contenter de belles paroles: ils doivent, un jour ou l'autre, passer à l'acte". Les Verts mettent donc le PS au défi de prouver sa volonté de former un véritable "axe de gauche" au sein de l'arc-en-ciel. Le temps presse, la fin de la législature est proche. Le test s'exercera donc sur les derniers dossiers sensibles, au rang desquels figurent la réforme de l'impôt des sociétés (Isoc) et quelques réorganisations dans le secteur de la justice. En clair: socialistes et écologistes resteront-ils soudés jusqu'au bout sur l'Isoc, face aux libéraux qui feraient volontiers quelques petites entorses au principe de la neutralité budgétaire? Résisteront-ils, ensemble, à certains projets de Marc Verwilghen, dont son fameux "plan de sécurité" jugé, à gauche, trop... sécuritaire? Les semaines à venir ne seront donc pas si faciles à vivre pour le PS. De l'avis général, en effet, la formule de l'arc-en-ciel garde la cote dans les esprits de ceux qui préparent déjà l'après-15 juin 2003, date du prochain scrutin législatif. Au cours de la campagne électorale qui se profile, Elio Di Rupo devra donc éviter de trop heurter le partenaire libéral, auquel il sera vraisemblablement encore associé durant la prochaine législature. Courtiser les uns sans offenser trop gaillardement les autres, tout en essayant d'attirer des électeurs en quête d'un langage clair, voilà qui relève de la gageure...A gauche toutesCar c'est là l'autre leçon de l'élection présidentielle française et de la Berezina de la gauche outre-Quiévrain: les socialistes doivent garder le cap à gauche, marquer fortement leur identité, "garder le contact avec la base", comme on dit au PS. Où l'on s'affirme, d'ailleurs, à l'abri d'une mésaventure semblabe à celle de Lionel Jospin. Pour trois raisons: "Mon parti est plus à gauche que le PS français, il est davantage ancré sur le terrain local et il a réalisé son unité", affirme Elio Di Rupo. Plus à gauche? Certes, contrairement à Jospin, pris en flagrant délit d'ignorance du prix du pain devant une caméra de télé, le président du PS a probablement davantage conscience des réalités sociales. Mais, avec son look soigneusement étudié et son "pragmatisme", il incarne davantage un socialisme moderne, rénovateur et blairiste que celui né de la lutte des classes. En outre, les portefeuilles dont sont chargés les ministres socialistes francophones au sein des différents gouvernements n'offrent certainement pas la meilleure visibilité sociale. Laurette Onkelinx et Marie Arena, respectivement en charge de l'Emploi au fédéral et à la Région wallonne, sauvent plus qu'honorablement la mise. Leurs compétences ne sont, malgré tout, pas des plus "sexy". Enfin, les terrains de prédilection de Di Rupo - les sujets éthiques comme l'euthanasie ou la dépénalisation des drogues douces- ne sont pas tous, loin s'en faut, des thèmes extrêmement porteurs auprès des électeurs socialistes "traditionnels"... L'ancrage sur le terrain wallon? C'est là, en réalité, le maître atout du parti socialiste, le secret de sa résistance à l'usure du pouvoir, l'endroit par excellence où il peut réellement exercer ses missions ancestrales. A la veille des élections législatives de mai 1995, on le disait au bord de l'implosion: le PS subissait de plein fouet les affaires Agusta et Dassault, la grogne de la FGTB, les rancoeurs internes liées à l'assassinat d'André Cools. Mais, en dépit de toutes ces difficultés, le parti a cependant réussi à se maintenir au pouvoir aux niveaux fédéral, communautaire et régionaux. Au scrutin suivant, en juin 1999, il parvint à maintenir le cap avec près de 30 % des suffrages wallons. Une performance, après quelque quinze ans de présence ininterrompue au pouvoir! Qui s'explique, précisément, par sa forte implantation dans les communes et l'efficacité de son maillage social. "Les maïeurs restent une valeur sûre pour les militants déboussolés, assure l'un de ces petits "barons" locaux dont le PS regorge: c'est fou ce qu'on leur demande..." Cela dit, pour prétendre résister à l'usure du pouvoir, le PS doit pouvoir exhiber d'autres trophées. Et Di Rupo peut effectivement en accrocher quelques-uns à sa présidence: depuis son élection - au suffrage universel des membres, une première au PS -, en automne 1999, il a résolument joué la carte du rajeunissement et de la féminisation des cadres. En modernisant la maison socialiste et en y insufflant davantage de démocratie interne, il est parvenu à réduire quelque peu le pouvoir des fédérations, encore jusqu'il y a peu toutes-puissantes. Tout en évitant soigneusement de les attaquer de front et de risquer la désunion. "Je colle au PS et le parti colle à moi", résume le président du PS. Même ceux qui ne l'aiment pas - et il y en a, dans les rangs socialistes -, lui reconnaissent ce précieux atout...Isabelle Philippon et Philippe Engels