Le chiffre a eu l'effet d'une bombe qui fait pschitt entre les manifs de gilets jaunes et la crise gouvernementale sur le pacte migratoire de l'ONU. Il apporte pourtant un torrent au moulin de l'équipe Michel, qui ne jure que par l'amélioration constante du pouvoir d'achat des Belges depuis qu'elle est aux manettes. A en croire le cabinet d'audit international Deloitte, qui publiait, le 1er décembre, son étude annuelle sur les salaires européens, les plus bas revenus ont augmenté en Belgique de 20 % entre 2015 et 2018, grâce au tax-shift. Introduit en 2016, ce " glissement fiscal " progressif vise à réduire l'impôt et les cotisations sociales pour augmenter le revenu net des salariés tout en améliorant la compétitivité des entreprises.
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Le chiffre a eu l'effet d'une bombe qui fait pschitt entre les manifs de gilets jaunes et la crise gouvernementale sur le pacte migratoire de l'ONU. Il apporte pourtant un torrent au moulin de l'équipe Michel, qui ne jure que par l'amélioration constante du pouvoir d'achat des Belges depuis qu'elle est aux manettes. A en croire le cabinet d'audit international Deloitte, qui publiait, le 1er décembre, son étude annuelle sur les salaires européens, les plus bas revenus ont augmenté en Belgique de 20 % entre 2015 et 2018, grâce au tax-shift. Introduit en 2016, ce " glissement fiscal " progressif vise à réduire l'impôt et les cotisations sociales pour augmenter le revenu net des salariés tout en améliorant la compétitivité des entreprises. Selon Deloitte, un travailleur avec deux enfants, un conjoint qui travaille et un salaire brut annuel de 25 000 euros, a vu son net augmenter de 3 293 euros (+ 20,07 %) par rapport à 2015. Pour un isolé sans enfant, la hausse est de 1 142,27 euros (+6,4%). En revanche, plus le revenu augmente, moins l'avantage est élevé. " La Belgique reste l'un des pays où les coûts salariaux sont les plus élevés ", martèle le cabinet d'audit. L'impact du tax-shift se mesure directement sur la fiche de paie. Le ministère des Finances l'a calculé de façon précise, comme le montre notre graphique (ci-dessous). Le 1er janvier prochain, un employé qui gagne 1 500 euros par mois verra son net atteindre une hausse cumulée de 146 euros (depuis 2015). Elle sera de 74 euros pour celui qui gagne 5 500 euros par mois. Ce n'est pas rien. Mais il faut relativiser. D'abord, les chiffres. L'économiste Philippe Defeyt a, lui aussi, sorti sa calculette et trouve les conclusions de Deloitte farfelues. " Dans le meilleur des cas, celui d'un salaire minimum à temps plein, le gain réel de pouvoir d'achat n'est que de 6,1 % pour un isolé et 5,5 % pour un parent seul avec deux enfants " (hors hausses de 2019 et 2020). Pire : si ce parent isolé travaille à temps partiel (60 %), il aura même vu son net baisser légèrement ces trois dernières années... " Or, il y a plus de temps partiels dans les secteurs qui rémunèrent le moins. " Ensuite, précise Philippe Defeyt, " si l'on parle de pouvoir d'achat, il ne faut pas seulement regarder l'évolution des salaires - d'autant que de nombreuses catégories de personnes sont exclues du tax-shift, comme les indépendants, les allocataires sociaux, les fonctionnaires ou les pensionnés. Il faut la comparer à celle du coût de la vie. Et là, les chiffres sont plutôt positifs. " Le directeur de l'Institut pour un développement durable montre qu'entre 1998 et 2018, le revenu disponible moyen a augmenté sensiblement plus que l'inflation (+ 71,4 % contre + 43,9 %), ce qui correspond bien à une hausse du pouvoir d'achat. C'est vrai aussi pour le revenu d'intégration (+ 73,3 %). Mais l'inflation est un indice basé sur l'augmentation du prix de centaines de produits qui n'évoluent pas de la même façon. En vingt ans, les loyers ont augmenté en moyenne de 60 %. Les produits pétroliers de 232 % (×3). L'eau de 120 % (×2). L'électricité de 97 % (×2). Le tabac de 148 %. Les services médicaux de 71 %. Autant de produits et services dont la hausse impacte plus les revenus les plus faibles, puisqu'ils sont incontournables. A l'inverse, les prix des vêtements (+ 13 %), des meubles (+ 31 %), de la culture et des loisirs (+ 25 %), de l'électroménager (+ 1 %) ont augmenté moins vite que l'inflation. Ceux du matériel photo, audiovisuel et informatique ont, eux, carrément chuté de 60 %. " Si l'on considère les besoins avérés, les besoins minimaux pour faire corps avec la société, deux catégories de ménages sont vraiment en détresse, souligne Philippe Defeyt : les personnes seules à petits revenus et locataires, et les parents à faibles revenus, locataires ou avec une charge d'emprunt hypothécaire. Les frais qui tombent en début du mois ne leur laissent pas assez pour mener une vie conforme à la dignité humaine. " Terminons sur une note positive. Une étude du secrétariat social Partena Professional auprès de 62 000 employés montre que 2018 a été une année un peu plus faste pour les salariés belges. Sur les douze derniers mois, ils ont bénéficié d'une augmentation médiane de 2,94 %, soit 105 euros brut par mois, avec une inflation qui n'a pas dépassé 2,1 %. Encore un petit coup de pouce à leur pouvoir d'achat. Offert par leur employeur, cette fois.