La déconstruction du Pont des Trous est en cours et ce que l'on rencontre surtout, ici, c'est un sentiment de frustration. Evidemment, tout le monde sait que ses arches ne datent pas du Moyen Age. Elles ont été reconstruites après les bombardements de 1945. Tout le monde comprend que le caractère médiéval du Pont est tout à fait relatif. Evidemment, tout le monde sait que le transport fluvial doit être développé. Chaque bat...

La déconstruction du Pont des Trous est en cours et ce que l'on rencontre surtout, ici, c'est un sentiment de frustration. Evidemment, tout le monde sait que ses arches ne datent pas du Moyen Age. Elles ont été reconstruites après les bombardements de 1945. Tout le monde comprend que le caractère médiéval du Pont est tout à fait relatif. Evidemment, tout le monde sait que le transport fluvial doit être développé. Chaque bateau qui passe l'Escaut représente autant de camions en moins sur nos routes. En réalité, la frustration que l'on ressent ne vient pas ça. Non, c'est le projet, dans sa globalité, qui est pathétique. A lui seul, il représente le panel complet des incohérences administratives et politiques, sources de tant de gabegies. Que ce soit à travers les discussions politiques interminables, les consultations populaires équivoques - qui ne sont, de toute façon, pas respectées - ou l'intervention d'un ministre qui décide, sachant que son mandat ne sera pas renouvelé, nous avons assisté à du grand n'importe quoi. Mais le summum de l'incohérence à l'origine des frustrations, c'est l'ordre de travail. Le projet de canal Seine-Nord demande des aménagements majeurs en France comme en Belgique ; approfondissement et élargissement de canaux, relèvement de ponts, modernisation de barrages, modification voire reconstruction d'écluses sans oublier la remise en navigation du canal de Condé-Pommeroeul. Ces travaux sont considérables et l'expérience de la chose publique nous pousse à douter de leur accomplissement. Ces doutes sont d'autant plus justifiés que leurs financements ne sont toujours pas bouclés et que les volontés politiques, en Belgique mais surtout en France, ne convergent pas toutes dans cette direction. Alors, pourquoi avoir commencé un projet, qui ne sera peut-être jamais achevé, par la destruction de l'ouvrage d'art le plus ancien du tracé ?