Moche, la rentrée. Pas de gouvernement à se mettre sous la dent, pas de déclaration d'un ministre-président toujours aux abonnés absents. Grande primeur dont il se serait volontiers passé ce 23 septembre, le parlement flamand a repris le collier les mains vides. Un mot de bienvenue à une assemblée à moitié peuplée de nouveaux visages et de femmes, quelques banalités d'usage, et la séance d'ouverture était déjà levée pour cause de pouvoir en léthargie. Alors que ministres bruxellois et wallons sont au charbon, la Flandre attend, chaque jour plus impatiemment, la fumée blanche porteuse de la bonne nouvelle " habemus Jambon I ", sauf casting de dernière minut...

Moche, la rentrée. Pas de gouvernement à se mettre sous la dent, pas de déclaration d'un ministre-président toujours aux abonnés absents. Grande primeur dont il se serait volontiers passé ce 23 septembre, le parlement flamand a repris le collier les mains vides. Un mot de bienvenue à une assemblée à moitié peuplée de nouveaux visages et de femmes, quelques banalités d'usage, et la séance d'ouverture était déjà levée pour cause de pouvoir en léthargie. Alors que ministres bruxellois et wallons sont au charbon, la Flandre attend, chaque jour plus impatiemment, la fumée blanche porteuse de la bonne nouvelle " habemus Jambon I ", sauf casting de dernière minute à la tête de l'attelage nordiste. L'atterrissage est en vue, imminent même, mais Dieu que l'accouchement aura été laborieux, 120 jours après le scrutin du 26 mai qui a plongé le paysage politique flamand dans une belle panade. Depuis lors, ne retentissent au nord que pleurs et lamentations. Dans un billet d'humeur morose publié la semaine dernière sur le site du média flamingant Doorbraak.be, le N-VA et ex-président de la Chambre Siegfried Bracke, sans doute encore mal remis de sa dégelée électorale qui l'a renvoyé à la maison, a communiqué l'angoisse que lui inspire un monde politique flamand " en grand désarroi " si l'on excepte l'extrémisme à la sauce Vlaams Belang et PTB qui, lui, se porte comme un charme. " La désorganisation politique et la détresse sont totales ", et Siegfried trace la ligne : il est impératif que le sens de l'intérêt général reprenne ses droits sur les " tactiekjes, spelletjes " autodestructeurs. L'oiseau de mauvais augure n'est pas seul à ouvrir le bec. Les experts de la chose politique se relaient dans la presse flamande pour confirmer le profond malaise ambiant : un CD&V plus que jamais mal en point, un SP.A à la dérive, un Open VLD en très petite forme, " c'est un miracle que les trois partis traditionnels existent encore ", décode Stefaan Walgrave, politologue à l'université d'Anvers, qui y voit au passage l'indice d'une belle capacité de résistance. Cerise sur ce gâteau peu appétissant, la N-VA elle-même a perdu de sa superbe depuis son recul électoral, la voilà à présent saisie par le doute et la peur du lendemain. Carl Devos, politologue à l'université de Gand, achève de plomber l'ambiance quand il évoque dans une tribune du Standaard " la tristesse angoissée, la dépression collective " qui grippent sérieusement la mécanique politique flamande. Alors, ici et là, on gamberge, on phosphore, l'écrivain Tom Nagels entrevoit le salut dans " un parti centriste, pragmatique, mû par le sens du compromis ". Message reçu 0 sur 5 par l'électeur flamand qui, récemment sondé, déclare plus que jamais sa flamme au Vlaams Belang, sacré premier parti de Flandre. Parce que ce n'est pas le défi climatique qui le chiffonne le plus mais la migration qui le tracasse avant tout, analyse Stefaan Walgrave. De ce champ de ruines ne pourra émerger qu'une coalition de battus : les futurs partenaires N-VA, CD&V et Open VLD partageront au moins ce point commun. On se dit qu'il y a plus exaltant comme départ dans la vie.