Les turbulences électorales passées, c'est, une fois de plus, l'instabilité dans l'est de la RDC qui suscite de vives inquiétudes. Le contraste est saisissant : à Kinshasa, la formation du gouvernement dirigé par Augustin Matata Ponyo est venue mettre un terme à cinq mois de flottement politique, après des élections entachées de défaillances et de fraudes. Affaiblie par le résultat des scrutins - la large victoire de Joseph Kabila et de sa majorité - et ses divisions internes, l'opposition ne semble plus en mesure de déstabiliser le régime. En revanche, la flambée de violence au Nord-Kivu est un cauchemar sécuritaire qui rappelle les heures les plus sombres du pays.
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Les turbulences électorales passées, c'est, une fois de plus, l'instabilité dans l'est de la RDC qui suscite de vives inquiétudes. Le contraste est saisissant : à Kinshasa, la formation du gouvernement dirigé par Augustin Matata Ponyo est venue mettre un terme à cinq mois de flottement politique, après des élections entachées de défaillances et de fraudes. Affaiblie par le résultat des scrutins - la large victoire de Joseph Kabila et de sa majorité - et ses divisions internes, l'opposition ne semble plus en mesure de déstabiliser le régime. En revanche, la flambée de violence au Nord-Kivu est un cauchemar sécuritaire qui rappelle les heures les plus sombres du pays. Née des pressions internationales exercées sur les autorités congolaises pour arrêter et livrer le général Bosco Ntaganda, dit " Terminator ", à la Cour pénale internationale de La Haye, cette crise a fait apparaître une nouvelle rébellion, le M23. Elle regroupe des anciens du CNDP, l'ex-groupe armé tutsi, et est dirigée par le colonel Sultani Makenga, ancien bras droit du général Ntaganda et ex-commandant de la Brigade Bravo, accusée de nombreux crimes. Depuis des semaines, l'armée régulière et les rebelles du M23 s'affrontent à l'arme lourde pour le contrôle de localités congolaises proches de la frontière ougandaise et du parc national des Volcans. Selon l'ONU, quelque 47 000 civils sont en fuite à l'intérieur du Congo. Ils s'agglutinent à Rutshuru, principale agglomération de la région, et dans d'autres zones de non-droit déjà éprouvées ces dernières années. Tandis que le calvaire continue pour les habitants des villages dispersés dans les collines, près de 20 000 réfugiés ont, eux, gagné l'Ouganda ou le Rwanda. Dotées de chars et d'hélicoptères de combat, les FARDC, les forces loyalistes, ont été renforcées par deux bataillons commandos formés par des instructeurs belges et sud-africains. D'après le gouvernement congolais, l'armée maintient la pression sur les rebelles. Mais ces derniers connaissent bien le terrain et assurent qu'ils défendent leurs positions sans difficulté face à 7 000 hommes. D'après un rapport confidentiel de l'ONU, des Rwandais ont été formés pour étoffer les rangs des mutins. Le document repose sur les témoignages de déserteurs qui ont abandonné leurs positions dans les forêts montagneuses. Certains de ces combattants ont affirmé avoir été recrutés dès février, donc avant le début de la mutinerie des ex-CNDP. " Les rebelles du M23 semblent réellement déterminés à mener une épreuve de force avec Kin-shasa, estime Didier Reynders, ministre belge des Affaires étrangères. Le fait que des mouvements armés, souvent d'origine étrangère, puissent mener des actions d'une telle ampleur sur le territoire congolais est intolérable. " Les responsables du renseignement rwandais et congolais se sont engagés, tout récemment, à collaborer dans la traque des différents mouvements rebelles. Kigali soutient-il néanmoins, en secret, les mutins du M23, qui sont des ressortissants congolais d'origine tutsi ? Les autorités rwandaises rejettent cette accusation en bloc et qualifient au passage la mission onusienne d' " échec ". En décembre 2008, les experts de l'ONU avaient déjà accusé le Rwanda de soutenir le CNDP. Kigali avait alors démenti, mais, un mois plus tard, avait tout de même arrêté Laurent Nkunda, chef de cette rébellion. La nouvelle insurrection pourrait découler d'une stratégie de Bosco Ntaganda. Recherché par la justice internationale pour crimes contre l'humanité, " Terminator " tenterait de forcer le régime de Kabila à négocier, voire à collaborer avec lui, le M23 n'étant qu'un avatar du CNDP. Les Nations unies enquêtent, par ailleurs, sur les tueries de masse commises dans le Masisi, une région difficile d'accès. Ces massacres à l'arme blanche ont été perpétrés par des miliciens maï-maï et FDLR (hutu). " Ces événements dramatiques prouvent combien il est urgent de relancer la réforme du secteur de la sécurité au Congo, estime le chef de la diplomatie belge. Cette réforme doit être la pierre angulaire de la politique internationale à l'égard de la RDC, mais elle ne pourra réussir qu'avec la pleine collaboration des autorités congolaises. "La recrudescence de la violence armée au Kivu incite plusieurs organisations internationales et congolaises à plaider, auprès des bailleurs de fonds habituels de la RDC, pour cette réforme du secteur militaire au Congo. " La stabilité du pays est en jeu, mais aussi l'efficacité des millions de dollars d'aide accordés à la RDC, estime Emmanuel Kabengele, coordinateur de l'opération. Non seulement l'armée congolaise peine à assurer la sécurité, mais elle commet, elle aussi, des violations des droits de l'homme. " Dismas Kitenge, président de l'ONG Groupe Lotus, dénonce, lui, le manque de volonté des dirigeants civils et militaires congolais, qui profitent de la corruption endémique : " Ils se servent sur le salaire des troupes, prélèvent des pots-de-vin, prennent part à l'exploitation ou au commerce illégal de minerais et rackettent les populations en échange d'une protection. " En six ans, les pays donateurs ont investi plus de 20 milliards de dollars en RDC. Seul 1 % de cette somme a été consacrée à la réforme de l'armée. De Bruxelles à New York et de Londres à Berlin, les défenseurs des droits de l'homme ont appelé les donateurs à faire pression sur le gouvernement congolais pour qu'il considère désormais la réforme de l'armée comme une priorité et pour que soient écartés des postes à responsabilité les individus qui entravent cette réforme. " Le moment est bien choisi, estime Kabengele : Kabila est un président mal élu en quête de crédibilité internationale. Mais nos interlocuteurs dans les chancelleries occidentales nous avouent leur impuissance. Ils se demandent ce qu'on peut faire de plus en RDC et ne veulent pas mettre sous conditions le soutien apporté à la population congolaise. "OLIVIER ROGEAU