Personnalité affirmée qui marqua la seconde moitié du xixe siècle, Jef Lambeaux (Anvers 1852 - Bruxelles 1908) nous a laissé une production d'une vitalité extraordinaire, faisant clairement apparaître son attirance pour le mouvement et les déhanchés. Pourtant, la production de cet artiste n'a pas toujours fait l'unanimité ! Ses £uvres, jugées scandaleuses, voire immorales, ont régulièrement entraîné des débats aussi passionnés que passionnants.
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Personnalité affirmée qui marqua la seconde moitié du xixe siècle, Jef Lambeaux (Anvers 1852 - Bruxelles 1908) nous a laissé une production d'une vitalité extraordinaire, faisant clairement apparaître son attirance pour le mouvement et les déhanchés. Pourtant, la production de cet artiste n'a pas toujours fait l'unanimité ! Ses £uvres, jugées scandaleuses, voire immorales, ont régulièrement entraîné des débats aussi passionnés que passionnants. En 1886, Jef Lambeaux reçoit du gouvernement belge la commande d'un monumental bas-relief en marbre de Carrare sur le thème des passions humaines. Celui-ci devait être présenté à l'Expo universelle de 1897, au Cinquantenaire, à Bruxelles. Après avoir réalisé un carton préparatoire, l'artiste commença l'£uvre. De son côté, Victor Horta travaille à sa toute première réalisation : la construction d'un pavillon en marbre rose destiné à abriter et mettre en évidence l'£uvre de Lambeaux en préparation. Mais, déjà, un différend oppose les deux artistes : l'éclairage proposé par l'architecte n'était pas au goût du sculpteur ! Le pavillon envisagé par Horta devait focaliser les rayons du soleil à travers une verrière sur la sculpture, tandis que Lambeaux préférait l'intimité et le mystère des ombres sur les chairs de ses sujets. Non sans susciter des montagnes de controverses, Lambeaux fait procéder à la fermeture provisoire du pavillon par des cloisons de bois, trois jours seulement après son inauguration, soit le 4 octobre 1899, estimant son £uvre desservie par la lumière. Sans le savoir, Lambeaux rend service aux autorités, heureuses de soustraire aux yeux du public ce bas-relief aux nudités affolantes et aux chairs luxuriantes. Il ne se doute pas que son chef-d'£uvre ne reverrait pas le jour de sitôt... En effet, le travail du sculpteur est jugé scandaleux, indécent, immoral, portant atteinte aux bonnes m£urs et même... n'ayons pas peur des mots : pornographique ! La sensualité affichée de ces corps de femmes qui s'enlacent et se tordent, ces hommes virils qui montrent leurs tourments, cet érotisme latent et distillé, le tout empreint d'hyperréalisme, d'angoisse et réalisé à la perfection en font une £uvre sulfureuse à cacher tel un secret honteux que l'on renfermerait dans une boîte avant d'en perdre la clé... Les laïques condamnaient Lambeaux de n'avoir magnifié ni de grands héros ni les vertus politiques. Les catholiques, quant à eux, lui reprochaient d'avoir placé le Christ en croix sur le côté, comme subordonné à la mort qui trône au centre dans un linceul. Ces chrétiens détracteurs auraient dû se souvenir que le premier titre des Passions humaines était le Calvaire de l'humanité, c'est-à-dire l'évolution de l'homme de l'enfance à la mort à travers les différentes phases initiatiques de la vie. Mais consolons-nous : après avoir vécu dans l'oubli pendant plus d'un siècle, l'£uvre à scandale est à présent accessible au public. Pavillon Horta-Lambeaux, 10, parc du Cinquantenaire, 1000 Bruxelles. Tél. : 02 741 72 11. www.kmkg-mrah.be GWENNAËLLE GRIBAUMONTune oeuvre sulfureuse, à cacher tel un secret honteux...