Pascale, 25 ans, a suivi une licence en langues et littératures romanes avant de se réorienter (partiellement), faute de débouchés, vers la photographie. " A la sortie de l'université, je n'étais pas préparée à postuler correctement, et encore moins à affronter un entretien d'embauche, reconnaît-elle. Ce fut un réel problème lors de mes premières expériences face aux recruteurs. " Avec le recul, elle conseille de bien se renseigner auprès d'anciens étudiants ou de professionnels pour se donner de bons outils afin de mieux se vendre. " Quand on voit les exigences d'une annonce, on se dit que le droit à l'erreur n'est pas permis. "
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Pascale, 25 ans, a suivi une licence en langues et littératures romanes avant de se réorienter (partiellement), faute de débouchés, vers la photographie. " A la sortie de l'université, je n'étais pas préparée à postuler correctement, et encore moins à affronter un entretien d'embauche, reconnaît-elle. Ce fut un réel problème lors de mes premières expériences face aux recruteurs. " Avec le recul, elle conseille de bien se renseigner auprès d'anciens étudiants ou de professionnels pour se donner de bons outils afin de mieux se vendre. " Quand on voit les exigences d'une annonce, on se dit que le droit à l'erreur n'est pas permis. "Aux côtés de 80 autres jeunes diplômés, elle a saisi la perche tendue par les membres d'Alter Forhum, un réseau regroupant des responsables en ressources humaines, des consultants et des avocats désireux d'apporter leur contribution aux personnes fragilisées sur le marché de l'emploi. Le temps d'une soirée, ils ont prodigué leurs conseils et redonné confiance à ces jeunes qui ont quitté les bancs des universités ou des écoles supérieures en 2007 et 2008. A un moment où l'on ne parlait pas de crise, mais bien de guerre des talents. Et pourtant, parfois presque vingt-quatre mois plus tard, certains se retrouvent encore sur la touche ! De talent, ces jeunes n'en manquent assurément pas. Comment expliquer alors leur difficulté à percer ? Pour Olivier Van Koninckxloo, Head of Compensation & Benefits EMEA chez International Paper, un CV mal rédigé ou manquant de " percussion " constitue une des raisons expliquant la difficulté à passer le premier stade des procédures de recrutement. " En partie parce que les postulants n'ont pas identifié leurs atouts, leurs compétences et leur personnalité, dit-il. Bien sûr, ces éléments peuvent être validés lors d'une première expérience. Mais il ne faut pas s'enfermer dans ce raisonnement. Trop de jeunes ne font pas l'effort de se poser les bonnes questions : ils restent dans une position attentiste, pensant que l'employeur fera la démarche pour eux. "Préparer un CV clair et concis, c'est donc une première étape incontournable. " J'encourage aussi les jeunes à se démarquer, ajoute Olivier Van Koninckxloo. Un CV créatif sera très bien perçu dans une entreprise qui met en avant l'innovation. Dans une organisation plus fermée ou standardisée, il se révélera, par contre, potentiellement moins attractif. " Dans une lettre de motivation, l'information pertinente ressort par contre plus difficilement par rapport au reste du texte. " On peut dès lors y insérer des grasses, de l'italique ou du souligné. "Licenciée en psycho, Bat-El a 27 ans. Comme bien d'autres, elle a été confrontée au paradoxe du jeune qui débute, forcément inexpérimenté : " J'ai postulé à de nombreuses reprises dans mon secteur. Les réponses, rares, étaient toutes négatives. Motif souvent invoqué : le manque d'expérience. Je me suis alors tournée vers l'intérim, avec succès, mais pour des fonctions souvent administratives, sans aucun rapport avec mes études. J'ai quelquefois voulu rencontrer un professionnel pour revoir mon projet car je reste ouverte à différents secteurs, du moment que le défi proposé me motive. "Cette ouverture d'esprit n'est pas forcément généralisée. " Typiquement, même déjà diplômés, les jeunes cherchent encore le rôle pour lequel ils ont étudié pendant plusieurs années, sans vraiment élargir leur réflexion, notamment par rapport à des données plus personnelles, constate Claire Petit, Learning Talent and Organisation Development Director chez Levi Strauss Europe. Comme par exemple : que puis-je offrir à un employeur comme compétences, au-delà de celles acquises avec mon bagage académique ?" L'expérience, les langues, les compétences informatiques : qu'offrir ? " Une description des stages effectués, des fonctions de leadership assumées dans des activités parascolaires, des jobs d'étudiants qui démontrent une faculté de se débrouiller et de travailler en équipe, etc. En moyenne, un directeur des ressources humaines passe moins d'une minute sur un CV. Il faut donc immédiatement pouvoir identifier les lignes qui peuvent, malgré tout, intéresser et donner envie de rencontrer le candidat. "Jean-Luc, ingénieur civil de 28 ans, a quant à lui trouvé un emploi. Son boulot lui plaît... bien plus que son statut de consultant. " Je me sens davantage dans la peau d'un intérimaire, confie-t-il. Pas vraiment ce qui m'était promis à la signature ! Mais, avec la crise, crier tout haut mon mal-être me semble délicat... Même si ma situation n'est pas noire, j'aimerais pouvoir mieux me vendre au sein de mon entreprise. Mais je ne connais pas mon plan de carrière. Le gouffre entre mes études et le monde du travail est impressionnant. "Au cours de la soirée organisée par Alter Forhum, quatre ateliers ont été organisés : définition du projet professionnel, réalisation d'un CV, préparation à l'entretien d'embauche et négociation du contrat d'emploi. Sur son projet professionnel, Pascale a déjà entrepris une mure réflexion. Mais par rapport aux consultances organisées par le Forem ou Actiris qu'elle juge très théoriques, ces ateliers ont pu lui apporter des informations personnalisées et très concrètes. " J'ai reçu une vision objective de mon profil professionnel et une correction de la structure de mon CV, illustre-t-elle. En replaçant, par exemple, l'expérience professionnelle avant la formation. "Human Resources Manager chez Cofinimmo, Chantal Cabuy a animé un atelier avec quatre étudiants. " Après quelques minutes d'entretien, j'ai pu percevoir tout leur potentiel, indique-t-elle. Leurs CV, par contre, ne reflétaient en aucun cas leur personnalité. Imaginons-les dans une pile de 50 candidatures. Nous ne les aurions sans doute pas retenus en tête de liste... Même si cela peut paraître compliqué à 22 ans, nous attendons de personnes intelligentes et diplômées qu'elles puissent formuler, même en théorie, un projet professionnel. " Autre conseil : ne pas confondre prétention et assertivité. " Le relationnel et la communication ne sont généralement pas enseignés sur les bancs des universités. Aussi, ce type de soirée permet de se préparer au périlleux exercice de l'entretien d'embauche et à ses questions parfois surprenantes. J'engage aussi les candidats à se renseigner sur le futur employeur. Une mauvaise réponse peut faire basculer l'entretien dans le mauvais sens... Un recruteur veut sentir un potentiel d'engagement et de l'enthousiasme. "Olivier, lui, ne manque pas de recul. Ingénieur physicien, il continue à diversifier ses connaissances avec deux masters : l'un en gestion et l'autre en études européennes. " En fin de troisième cycle, je commence à chercher un emploi. J'ai reçu un taux satisfaisant de réponses à mes lettres de candidature. Cela m'a permis de me forger une première expérience de l'entretien d'embauche. C'était très important de l'avoir vécu en test grandeur nature. A présent, je commence à postuler auprès des entreprises qui m'intéressent réellement. Les stages dans le cadre de mes études m'ont apporté une première rencontre avec le milieu du travail. J'ai ensuite mieux défini mes objectifs et commencé à me forger un réseau. " Lors de la soirée, Olivier a pu confirmer que son CV le représentait fidèlement. Il a également pu se comparer aux autres participants. Un exercice toujours enrichissant. Mais pour les futurs anthropologues, psychologues, éco-conseillers, archéologues... ou autres professions aux débouchés plutôt " fermés ", ces conseils peuvent sembler insignifiants face à la dureté de la réalité. " Ne trouvant pas de travail, beaucoup prolongent leurs études ", note Bernard Kamp, HR Manager chez EORTC. Parfois jusqu'à être " surdiplômé ". " Ce qui peut dérouter un recruteur, dit-il. D'où l'importance de rester précis sur le projet professionnel et d'insister sur les qualités humaines, souvent cachées par pudeur. Les jeunes doivent apprendre à mieux se vendre. Ils doivent aussi penser à alimenter le networking. Tout le monde passe par des phases professionnelles plus délicates, alors pourquoi se priver de cet excellent outil ? Enfin, n'oublions pas qu'à diplômes et potentiel humain équivalents, les connaissances linguistiques feront souvent office de critère déterminant. "Avocat, Thierry Duquesne s'est quant à lui occupé du volet juridique des ateliers, avec pour objectif de donner des outils et des réflexes aux candidats, depuis le processus de recrutement jusqu'à la conclusion du contrat. Si l'employeur est censé connaître les obligations qui lui incombent, les (futurs) travailleurs, eux, ne sont pas toujours bien informés. Les pièges dans lesquels ne pas tomber : répondre à des questions que l'on estime trop personnelles et non utiles à la fonction, concéder une participation financière dans un processus de recrutement ou se laisser embarquer dans des demandes discriminatoires, par exemple. " J'insiste également sur l'importance du contrat de travail, conclut-il. Les candidats ne doivent pas hésiter à demander un délai pour le relire minutieusement à leur domicile avant de signer. Cela ne signifie pas pour autant qu'ils pourront changer certaines clauses. Mais au moins, ils en prendront pleinement connaissance... "Laurent Cortvrindt