Barack Obama a reçu ensemble, le 6 mai, à la Maison-Blanche, les présidents afghan, Hamid Karzaï, et pakistanais, Asif Ali Zardari. Préoccupante en Afghanistan, où, trois jours avant ce sommet, une centaine de civils avait trouvé la mort dans un bombardement américain, la situation l'est davantage encore au Pakistan. Si elle n'est pas stoppée, l'insurrection des extrémistes islamistes pourrait menacer l'existence même de cet immense Etat, deuxième pays musulman du monde par le nombre de ses habitants et puissance atomique. Une perspective d'autant plus inquiétante que les Occidentaux n'ont g...

Barack Obama a reçu ensemble, le 6 mai, à la Maison-Blanche, les présidents afghan, Hamid Karzaï, et pakistanais, Asif Ali Zardari. Préoccupante en Afghanistan, où, trois jours avant ce sommet, une centaine de civils avait trouvé la mort dans un bombardement américain, la situation l'est davantage encore au Pakistan. Si elle n'est pas stoppée, l'insurrection des extrémistes islamistes pourrait menacer l'existence même de cet immense Etat, deuxième pays musulman du monde par le nombre de ses habitants et puissance atomique. Une perspective d'autant plus inquiétante que les Occidentaux n'ont guère de marge de man£uvre. Il n'est pas question d'envoyer des troupes sur place, ni vraiment aisé de convaincre les militaires pakistanais de jeter toutes leurs forces dans la bataille contre les talibans quand, depuis soixante ans, c'est l'Inde qui fait à leurs yeux figure d'ennemi n° 1. Le journaliste et essayiste pakistanais Ahmed Rashid passe pour le meilleur expert de la région. Publié en anglais il y a quelques mois, son dernier livre, Le Retour des talibans (1), sort cette semaine en Belgique. Ahmed Rashid: Je suis d'accord. Nous sommes en danger. Les talibans avancent très vite. Il faut définir une stratégie pour venir à bout de cette insurrection. Les choses ont changé. Les dirigeants pakistanais, militaires et civils, sont conscients aujourd'hui de la menace que représentent les talibans pour le pays. On l'a vu avec la dernière offensive de l'armée, en avril, dans la vallée de Swat. L'opinion, elle aussi, a évolué. L'Inde reste à leurs yeux une menace. Je ne pense pas que l'armée soit aujourd'hui encline à dégarnir le dispositif à la frontière avec l'Inde pour augmenter les effectifs affectés à la lutte contre les talibans. Pour les convaincre d'opérer un tel mouvement, il faudrait que les Américains obtiennent de New Delhi un retrait de ses troupes de la zone frontalière. Elle n'a pas été entraînée au combat anti-insurrectionnel. Son optique a toujours été celle d'une guerre conventionnelle avec l'Inde. Elles me paraissent aller dans le bon sens. Le président Obama n'entend pas seulement envoyer plus de troupes en Afghanistan. Il a aussi annoncé une augmentation des moyens consacrés à la reconstruction. Au Pakistan, la capacité d'action des Etats-Unis est plus limitée. Ils peuvent augmenter leur aide économique, aider à mieux former les militaires. Mais il n'est pas envisageable, ni souhaitable, que leurs soldats interviennent directement sur le territoire pakistanais. Cela veut dire qu'il faut que nous soyons capables de faire face, seuls. Une approche régionale est impérative. Les talibans sont apparus en Afghanistan, ils menacent maintenant le Pakistan, seront demain en Asie centrale. Il faut une stratégie commune. Cela implique que l'on traite la question indo-pakistanaise, ainsi que les problèmes entre les Etats-Unis et l'Iran. (1) Le Retour des talibans, par Ahmed Rashid. Ed. Delavilla, 360 p. Propos recueillis par Dominique Lagarde