Un baromètre chasse l'autre. Après celui de La Libre/RTBF/Dedicated, le Grand baromètre RTL-TVi/Ipsos/Le Soir vient offrir à son tour des heures de discussions en perspective à tous les observateurs de la vie politique. Dans les QG de partis comme dans les rédactions, la plus infime variation est disséquée, analysée, commentée. Trop. Sans nier l'intérêt de ces indicateurs, c'est souvent accorder une importance excessive à une photographie prise à un instant T, floue qui plus est. Certain...

Un baromètre chasse l'autre. Après celui de La Libre/RTBF/Dedicated, le Grand baromètre RTL-TVi/Ipsos/Le Soir vient offrir à son tour des heures de discussions en perspective à tous les observateurs de la vie politique. Dans les QG de partis comme dans les rédactions, la plus infime variation est disséquée, analysée, commentée. Trop. Sans nier l'intérêt de ces indicateurs, c'est souvent accorder une importance excessive à une photographie prise à un instant T, floue qui plus est. Certains commentateurs ont beau rappeler que les variations sont souvent inférieures à la marge d'erreur, rien n'y fera : le grand public ne retiendra que les phrases clés. Deux exemples parmi d'autres, lus ou entendus à peu près partout. " La N-VA perd 3 % d'intentions de vote en un trimestre. " INVÉRIFIABLE Examinons les chiffres du Grand baromètre. A Bruxelles, selon le dernier sondage, les libéraux francophones récoltent 23,8 % des intentions de vote, contre 23,1 % pour les socialistes. La marge d'erreur maximale pour un taux de confiance de 95 % est de 4,2 %. Cela signifie qu'à Bruxelles, les résultats du MR au moment du sondage auraient eu 95 % de chances d'être situés dans une fourchette comprise entre 19,8 % et 28 %. Ceux du PS avaient autant de probabilités d'osciller entre 18,9 % et 27,3 %. On le voit, il suffit que la marge d'erreur ait avantagé l'un et défavorisé l'autre pour que le classement soit retourné. Même chose pour la N-VA. Créditée de 36,6 % des intentions de vote en novembre 2012, elle n'en récolte plus que 33,6 % dans le nouveau sondage, soit une chute de trois points (et non de 3 % comme on le lit trop souvent). En Flandre, la marge d'erreur n'est que de 3,1 % (elle varie selon la taille de l'échantillon). Le parti de Bart De Wever avait donc 95 % de chances de se situer entre 30,5 % et 36,7 %. Peut-on en déduire que la N-VA a plus de probabilités d'avoir perdu des plumes que d'en avoir gagné ? Même pas. Ce serait oublier que le sondage précédent possédait aussi sa marge d'erreur (3,2 %). Rien ne dit qu'en novembre dernier, le résultat réel de la N-VA n'était pas plutôt de 33,4 %. Quelles conclusions tirer de tout cela ? Au moins celles-ci : si des élections avaient lieu ce mois-ci, il semble pratiquement certain que la N-VA améliorerait son score obtenu aux législatives de 2010 (28,4 %). Mais impossible d'affirmer que le MR bruxellois aurait rattrapé le léger écart qui le séparait du PS (26,6 % contre 27,3 %). E.R.