C'est un monsieur âgé, pareil à beaucoup d'autres. Un peu voûté, plutôt bavard, avec un regard clair et gourmand. Sauf que cet Américain avenant de 73 ans est multimillionnaire... Et qu'il raconte toujours la même histoire, celle d'une conversation vieille d'il y a douze ans : l'air était chaud, ce soir-là, à Montezuma (Nouveau-Mexique) ; au bord de la piscine de l'United World College-USA où il est invité comme mécène potentiel. Shelby Davis, fils de Shelby Cullom Davis (une dynastie de magnats de Wall Street), interroge deux adolescents qui bavardent, les pieds dans l'eau. " Vous êtes étudiants ? " demande Shelby. " Oui, répond le premier. Je viens d'Israël. " " Et moi, de Palestine, précise le second. On partage la même chambre, et on est ...

C'est un monsieur âgé, pareil à beaucoup d'autres. Un peu voûté, plutôt bavard, avec un regard clair et gourmand. Sauf que cet Américain avenant de 73 ans est multimillionnaire... Et qu'il raconte toujours la même histoire, celle d'une conversation vieille d'il y a douze ans : l'air était chaud, ce soir-là, à Montezuma (Nouveau-Mexique) ; au bord de la piscine de l'United World College-USA où il est invité comme mécène potentiel. Shelby Davis, fils de Shelby Cullom Davis (une dynastie de magnats de Wall Street), interroge deux adolescents qui bavardent, les pieds dans l'eau. " Vous êtes étudiants ? " demande Shelby. " Oui, répond le premier. Je viens d'Israël. " " Et moi, de Palestine, précise le second. On partage la même chambre, et on est amis. Ce qui serait impensable dans nos pays... " Le financier, qui ne sait trop à quelle institution vouer ses moyens, explique qu'il a eu là un déclic. Ce sera dans ce réseau de collèges rassemblant des jeunes de 15 à 18 ans, sans distinction de culture, de religion ou de statut social, qu'il investira désormais une part extravagante de sa richesse. Aujourd'hui, ses dons cumulés aux UWC représentent la plus importante contribution à l'enseignement international, offerte par un seul donateur privé. " D'après les calculs à long terme que je fais continuellement dans ma tête, précise-t-il avec la candeur des vrais philanthropes, j'ai évalué qu'en trente ou quarante ans j'aurai aidé 50 000 étudiants. Ça m'aura peut-être coûté 1 milliard de dollars. Mais si chacun de ces jeunes influence à son tour une vingtaine de personnes, ça fera un million de gens touchés. " Touchés ? Fondés en 1962, à une époque où la guerre froide bat son plein, les United World Colleges n'ont jamais cessé de promouvoir une philosophie de respect, de tolérance et de compréhension, que ses partisans résument encore, après un demi-siècle d'existence, par cette " utopie " à laquelle chacun travaille : " Rendre le monde meilleur ". Où qu'ils soient basés, les milliers d'étudiants enrôlés dans le programme des treize UWC existantes ont, aujourd'hui encore, le devoir d'assurer (en plus d'un cursus scolaire corsé correspondant aux deux dernières années du secondaire et sanctionné par le baccalauréat international) un service aux communautés locales, choisi parmi des missions extrêmement variées - secours en mer, aide aux orphelins du sida, etc. Si, c'est dur ? Oui, assurément. Au déracinement vécu à un âge encore tendre s'ajoute un évident choc des cultures. " J'ai beaucoup d'admiration pour ces jeunes qui s'engagent dans l'aventure, avec cette visée pacifique en tête, et en ne maîtrisant pas forcément, au départ, d'autre langue que la leur... ", confie Davis. L'escale récente du mécène, dans les locaux bruxellois de la Fondation Roi Baudouin, avait pour objectif de recruter chez nous de nouveaux donateurs, notamment parmi les alumni (les anciens élèves, à présent dans la vie active). Eric de Beukelaer, ex-porte-parole des évêques de Belgique, et plusieurs chefs d'entreprise flamands, tous passés par une UWC, lui prêtaient main-forte, rappelant combien profitable était l'expérience. Du point de vue humain, certes, mais aussi pécuniaire. Chaque année, le comité de sélection belge (1) envoie une demi-douzaine de jeunes à l'étranger, pour deux ans, tous frais payés (les parents qui en ont les moyens sont toutefois invités à fournir une quote-part). Ils sont une cinquantaine de candidats à se pousser au portillon. Mais seuls les plus matures, les plus studieux et les plus motivés par cet idéal y feront leur chemin... (1) La prochaine séance d'information pour les candidats francophones 2011-2013 aura lieu le 27 novembre à Bruxelles. www.uwc.beVALéRIE COLINChacun travaille à " l'utopie " de rendre le monde meilleur