Gros malaise à Bruxelles après les scènes d'émeute et de pillage qui ont suivi le match de qualification pour la Coupe du monde Côte d'Ivoire - Maroc, le 11 novembre dernier. " Malgré les précédents de 2004 et de 2008, où des supporters marocains s'étaient déjà échauffés et où il y avait eu de la casse, aucun dispositif n'avait été prévu pour ce match-ci, qui aurait dû être classé à risque ", relève le journaliste Hassan El Bouharrouti, qui a suivi les événements pour la télévision marocaine. " Je suis arrivé à la gare du Midi à 17h30, tout allait bien. Après la rencontre, tout le monde était excité. En 2004, on a eu la même ambiance, de même que lors du match de 2008 entre le Maroc et l'Algérie. A la gare du Midi, des gens sont montés sur le toit d'un pauvre camionneur flamand, un bus De Lijn a été arrêté... J'ai décidé de me rendre à la Bourse. Sur le chemin, je n'ai pas vu un seul combi, pas un seul policier. A la Bourse, les gens repoussés par l'autopompe refluaient vers Anneessens et c'est là que les vitrines ont commencé à voler en éclats. Pourquoi s'en prendre aux magasins ? Les voyous ont gâché la soirée et l'image de la communauté ", conclut le journaliste belgo-marocain, qui a lancé une pétition de solidarité avec les commerçants.
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Gros malaise à Bruxelles après les scènes d'émeute et de pillage qui ont suivi le match de qualification pour la Coupe du monde Côte d'Ivoire - Maroc, le 11 novembre dernier. " Malgré les précédents de 2004 et de 2008, où des supporters marocains s'étaient déjà échauffés et où il y avait eu de la casse, aucun dispositif n'avait été prévu pour ce match-ci, qui aurait dû être classé à risque ", relève le journaliste Hassan El Bouharrouti, qui a suivi les événements pour la télévision marocaine. " Je suis arrivé à la gare du Midi à 17h30, tout allait bien. Après la rencontre, tout le monde était excité. En 2004, on a eu la même ambiance, de même que lors du match de 2008 entre le Maroc et l'Algérie. A la gare du Midi, des gens sont montés sur le toit d'un pauvre camionneur flamand, un bus De Lijn a été arrêté... J'ai décidé de me rendre à la Bourse. Sur le chemin, je n'ai pas vu un seul combi, pas un seul policier. A la Bourse, les gens repoussés par l'autopompe refluaient vers Anneessens et c'est là que les vitrines ont commencé à voler en éclats. Pourquoi s'en prendre aux magasins ? Les voyous ont gâché la soirée et l'image de la communauté ", conclut le journaliste belgo-marocain, qui a lancé une pétition de solidarité avec les commerçants. De fait, à peine un peloton de 40 hommes, sans autre appui qu'une autopompe, avait été disposé à la Bourse, lieu névralgique de rassemblement populaire à Bruxelles. Aucun Gold Commander désigné ce soir-là pour diriger les opérations depuis le " bunker " du Heysel, où les diverses caméras de surveillance donnent en temps réel une image globale de la situation. En revanche, un Gold était bien prévu pour la manifestation du lendemain contre la politique migratoire du gouvernement fédéral. Un oubli. Un bête oubli. Là ne s'arrêtent pas les anomalies. En déplacement privé à Paris pour assister à un match de rugby, le bourgmestre Philippe Close (PS) n'avait pas remis le trousseau de clés de l'autorité administrative à un autre membre du collège. Ses ordres, quand il a été averti des échauffourées, ont transité par sa cheffe de cabinet. Sur le terrain, enfin, l'officier responsable du peloton a improvisé une manoeuvre aujourd'hui très critiquée. Sur le coup de 20 heures, il a envoyé deux sections, soit la moitié de ses troupes, refouler les supporters. " Dans un tel cas de figure, juge un syndicaliste policier, il aurait mieux valu d'attendre que la foule se dilue d'elle-même. " Cette intervention a mis le feu aux poudres, les supporters se sont rebellés, les policiers ont reculé. En principe, la technique de " gestion négociée de l'espace public " a fait ses preuves à Bruxelles où se tiennent chaque année 900 manifestations et 3 500 événements. Elle permet d'éviter la confrontation directe entre les gardiens de l'ordre et les citoyens mais, ce soir-là, comme lors de la manifestation nationale du 6 novembre 2014 à l'appel des syndicats ou celle des hooligans après les attentats dans la capitale, le 27 mars 2016, la prévention et la négociation se sont brisées devant la volonté d'en découdre de certains. " Demain on va tout cramé à lemonier maroc City gang ! ! Russie 2k18 ", avait écrit sur sa page Facebook le rappeur bruxellois Benlabel, la veille du match Côte d'Ivoire - Maroc. Trois jours après, il était arrêté sous trois chefs d'inculpation. Pendant que la police bruxelloise reculait devant une foule d'environ 300 personnes, les casseurs pilleurs en profitaient pour semer la terreur entre la place Anneessens et le boulevard Lemonnier. Les émeutiers ont eu la dévastation sélective : " Tous les magasins n'ont pas été attaqués. Ce qui donne à penser qu'il s'agissait d'habitués des lieux, membres des clans de la drogue qui tiennent le haut du pavé dans ce quartier, remarque le premier échevin, Alain Courtois (MR). Des commerçants en ont reconnu certains. D'autres venaient probablement de Forest et de Molenbeek. Tous les efforts d'embellissement qu'on a fait en leur faveur, ça ne les intéresse pas ", constate-t-il amèrement. Les scènes d'émeute et de pillage n'ont pas duré longtemps, entre 20h30 et 21h15. A 21h30, la razzia était terminée, les pillards évaporés. Le choc avec les quelque 60 hommes de la réserve générale de la police fédérale (Direction de la sécurité publique), envoyés en renfort, a été bref mais violent : sur 22 policiers blessés, 17 appartenaient à la police fédérale. Leur équipement de Robocop ne les a pas totalement protégés. Un seul " civil " a été blessé : un bilan plus qu'honorable. Il y avait entre 80 et 90 membres des forces de l'ordre présents sur place au cours de la soirée mais avec un commandement et une organisation, semble-t-il, déficients. La communication avec les pompiers n'a pas été non plus optimale. Ceux-ci se seraient avancés sans couverture policière. Toutefois, les zones de police voisines n'ont pas été appelées à la rescousse. Les problèmes de coordination qui surgissent parfois lors de manifestations à cheval sur plusieurs zones de police n'avaient pas lieu d'être. Le maintien de l'ordre relevait exclusivement, ce soir-là, de la zone de police Bruxelles-Ixelles et du bourgmestre de Bruxelles-Ville. Les critiques implicites n'ont pas tardé à pleuvoir. D'abord, du ministre de l'Intérieur, Jan Jambon (N-VA), qui a demandé un rapport à l'Inspection générale de la police fédérale et de la police locale. Des syndicats ensuite, en ordre dispersé. Le SLFP Police (libéral) demande urgemment une réunion du comité supérieur de concertation. La presse flamande a rebondi. Le bourgmestre de Bruxelles, Philippe Close (PS), s'est hâté de couvrir sa police et Alain Courtois a promis d'indemniser les commerçants vandalisés. Trois jours après les événements, Alain Courtois avouait qu'il ne savait toujours pas quel était le schéma de commandement ce jour-là - un 11 novembre - " qui était de garde et qui a pris les décisions ". Enfoncées dans le marécage bruxellois, les organisations syndicales n'avaient pas d'informations plus fiables que les remontées de leurs membres, au point de détourner l'attention des véritables fauteurs de troubles et des groupuscules identitaires ou antiracistes, tel le Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie (Mrax), qui ont dénoncé assez classiquement le " racisme " et les " violences de la police ".