De notre envoyé spécial
...

De notre envoyé spécial Nul n'est prophète en son pays. Vertement critiqué à Bruxelles pour sa politique congolaise, le ministre des Affaires étrangères Karel De Gucht a remis à la fois la Belgique et le Congo au centre du jeu aux Nations unies à New York (lire en p. 16). " Lui au moins, il connaît le Congo ", affirme Charles Mampasu, d'Oxfam, invité comme quatre autres représentants d'ONG internationales à une réunion du Conseil de sécurité présidée par le ministre. Pour certains, le fait de ne plus pouvoir parler à Kabila est, paradoxalement, un gage de crédibilité. De fait, les témoignages recueillis au sujet des violences commises contre la population accablent autant les forces armées congolaises (FARDC) que les forces rebelles de Laurent Nkunda. Aussi, l'Américaine Alison des Forges, infatigable militante de Human Rights Watch, n'a pas hésité à réclamer que la mission de l'ONU en RDC (Monuc) puisse agir également contre les FARDC qui se rendraient coupables de tueries, viols ou rapines. Exactement ce que réclame De Gucht, qui voudrait aussi que la Monuc puisse agir contre tous les groupes rebelles, indépendamment des FARDC. L'autre point de convergence entre ONG et diplomates reste le combat contre le pillage des richesses minières, qui permet aux rebelles de payer leurs troupes. Dans son nouveau mandat, qui doit entrer en vigueur début 2009, la Monuc pourrait être amenée à intervenir pour endiguer les trafics de coltan, d'or et de cassitérite. D'où la nécessité d'échafauder un réseau performant de renseignement, tâche à laquelle la Défense belge pourrait être associée, à défaut d'envoyer des troupes. En attendant, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté une résolution qui renforce temporairement les effectifs de la Monuc de plus de 3 000 hommes. Celle-ci est forte actuellement de 17 000 hommes, dont 5 000 dans le Nord-Kivu pour une superficie grande comme deux fois la Belgique. Cette augmentation vise notamment " à permettre à la Monuc d'accroître sa capacité de défense des civils ". Le mandat ne le permet-il pas déjà ? " Oui, mais il ne s'agit pas d'un feu vert permanent pour le recours à la force, répond Xavier Zeebroek, du Groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité (GRIP). En réalité, le Conseil de sécurité a détaillé à travers de nombreuses résolutions quand et comment la force pouvait éventuellement être utilisée au Congo ", et ces indications ont été complétées par des règles d'engagement. " En d'autres mots, la Monuc est autorisée à intervenir directement en cas de menace "imminente" de violences physiques contre les civils. Mais elle doit se limiter à donner un appui logistique aux forces armées congolaises, lesquelles gardent le monopole de la lutte contre les rebelles ". Bref, les contraintes liées à l'emploi de la force par les Casques bleus sont strictes, et la Monuc n'est pas là pour faire la guerre à la place des FARDC... " Certains contingents se sont vu signifier par leur propre capitale des contraintes supplémentaires qui limitent, voire empêchent leur participation à certaines missions ", ajoute Zeebroek. C'est surtout le cas lors d'opérations robustes contre les rebelles. Il n'empêche : les troupes indiennes et pakistanaises sont loin d'être des troupes d'opérette. " Ce sont notamment les Indiens qui ont stoppé Nkunda sur la route de Goma en novembre 2006 et qui étaient aux commandes des hélicoptères qui ont tiré sur ses troupes fin octobre 2008 ", rappelle Zeebroek. Le gouvernement congolais vient toutefois de refuser que des troupes indiennes figurent parmi les nouveaux effectifs. En cause, des cas d'abus sexuels et de trafics d'or. Il semble plutôt que l'admiration déclarée d'un officier indien pour Nkunda, " ce noble frère qui combat pour une noble cause ", n'ait toujours pas été digérée à Kinshasa... l François Janne d'Othée