C'est un pari gigantesque. En décidant, le 17 septembre, d'abandonner le projet de bouclier antimissile que George W. Bush avait prévu de déployer en Europe, Barack Obama abat ses cartes et lance un défi multiple.
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C'est un pari gigantesque. En décidant, le 17 septembre, d'abandonner le projet de bouclier antimissile que George W. Bush avait prévu de déployer en Europe, Barack Obama abat ses cartes et lance un défi multiple. Dans son propre pays, il amorce un tournant très significatif. Depuis les années Reagan, le grand projet de " guerre des étoiles " visait à dresser une protection imperméable qui avait pour objectif à la fois de rendre les Etats-Unis inexpugnables et de lancer une course technologique susceptible de mettre définitivement à genoux l'Union soviétique. Ce projet pharaonique, annoncé par Reagan en 1983 (alors que Barack Obama était encore lycéen), fut relancé par Bush, après le 11 septembre 2001, pour se prémunir contre les " Etats voyous ", et une extension fut proposée en demandant à la République tchèque et à la Pologne d'accueillir sur leur sol, respectivement, un radar à longue portée et une batterie de dix missiles antimissiles. Ainsi serait brisée la trajectoire d'éventuels fusées iraniennes visant l'Amérique. En renonçant à ce plan, l'actuel président américain change radicalement d'option et propose, notamment, de privilégier désormais le système Aegis, système antimissile balistique équipant des navires. Obama ne se contente pas ainsi de passer du ciel à la mer ; il procède à un profond redéploiement stratégique, car toute affaire de missiles relève bien davantage de la politique internationale que des questions d'armement. A destination de Moscou, Obama fait un geste conciliant, puisque la Russie était vent debout contre le déploiement du bouclier antimissile dans deux de ses ex-pays satellites. Manière d'ouvrir le jeu avant l'arrivée à échéance, en décembre 2009, du traité de limitation des armements stratégiques Start et celle, en 2010, du traité de non-prolifération nucléaire. De surcroît, Obama espère amadouer les Russes pour obtenir d'eux un meilleur soutien en Afghanistan et, surtout, une attitude plus ferme face au danger nucléaire iranien. Vis-à-vis du Moyen-Orient, le président américain confirme sa volonté de dialoguer avec Téhéran en renonçant aubouclier antimissile. Mais, parallèlement, dans une vision beaucoup plus multilatérale, il essaie de rassurer Israël et les pays arabes en montrant que la politique américaine s'active diligemment pour coincer Ahmadinejad. Reste l'Europe pour constater, une nouvelle fois, qu'elle compte pour du beurre. Christian makarianLe président américain lance un défi gigantesque