La nervosité s'accroît au ministère des Finances et dans les établissements bancaires à Luxembourg. Devant l'insistance de la France et de l'Allemagne de changer la donne en matière fiscale, le voisin luxembourgeois est une fois de plus dans le collimateur, même s'il n'est pas le seul. Les missions de bons offices que des membres du gouvernement ou des députés ont effectuées ces dernières semaines à l'étranger avaient pour objectif de défendre les intérêts de la place financière, dont les activités représentent plus du tiers de la richesse nationale et près d'un cinquième de l'emploi au Grand-Duché.
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La nervosité s'accroît au ministère des Finances et dans les établissements bancaires à Luxembourg. Devant l'insistance de la France et de l'Allemagne de changer la donne en matière fiscale, le voisin luxembourgeois est une fois de plus dans le collimateur, même s'il n'est pas le seul. Les missions de bons offices que des membres du gouvernement ou des députés ont effectuées ces dernières semaines à l'étranger avaient pour objectif de défendre les intérêts de la place financière, dont les activités représentent plus du tiers de la richesse nationale et près d'un cinquième de l'emploi au Grand-Duché. Face à la pression grandissante de la communauté internationale, une réunion de concertation s'est déroulée le 8 mars entre le Luxembourg, l'Autriche et la Suisse. La Belgique, qui - à l'instar des deux premiers pays - profite des dispositions transitoires de l'accord de Feira en pratiquant la retenue à la source sur les revenus de l'épargne, n'y participait pas, estimant plus prudent de ne pas s'afficher aux côtés de centres financiers attaqués sur le volet du secret bancaire. L'annonce simultanée, le 13 mars, d'un assouplissement des critères dans plusieurs pays de l'OCDE devrait par conséquent réduire la pression à l'approche du G 20, censé aborder la problématique des havres fiscaux. Au Grand-Duché, l'annonce de cet assouplissement a été accueillie avec un mélange de satisfaction et de scepticisme. Conscients que le Luxembourg ne pouvait rester isolé dans ce dossier, les responsables politiques et les patrons de banque ont enregistré avec satisfaction que d'autres pays - en particulier la Confédération helvétique - ont suivi la même démarche sans pour autant abandonner le secret bancaire. Fernand Grulms, qui préside Luxembourg for Finance, organisme chargé de promouvoir la place financière à l'étranger, rappelle que des exceptions permettaient déjà au Grand-Duché de lever ce secret, en particulier dans le cadre de l'entraide judiciaire. S'y ajouteront désormais les soupçons de fraude fiscale mais, selon le ministre du Trésor et du Budget, Luc Frieden, les conventions bilatérales autorisant un échange d'informations ne porteront que sur " des cas spécifiques et sur la base de preuves concrètes ". Aucun changement n'est à prévoir pour les résidents, y compris les 16 500 ressortissants belges ayant élu domicile au Grand-Duché. Il est encore trop tôt pour connaître les répercussions exactes qu'auront ces nouvelles mesures sur la place financière, reconnaît Jean-Jacques Rommes, président de l'association des banques et banquiers, Luxembourg (ABBL). Le private banking, qui constitue un pilier des activités bancaires, repose en effet sur la confidentialité, mais l'assouplissement simultané décidé sur d'autres places financières devrait atténuer les risques d'une perte importante de parts de marché et rendre la position du Luxembourg moins inconfortable. La directive de 2003 sur la fiscalité des revenus de l'épargne garantit en effet que le système de retenue à la source pourra être appliquée en Belgique, au Luxembourg et en Autriche jusqu'à ce que d'autres pays - la Suisse, le Liechtenstein, Monaco, Andorre, Saint-Marin, mais aussi les Etats-Unis - s'engagent à procéder à un échange effectif d'informations selon le modèle de convention de l'OCDE. Et au Conseil européen, pour les décisions en matière fiscale, l'unanimité est de règle. Laurent Moyse