Il inspire profondément. " Je suis un homme passionné et engagé. " Point barre. " J'ai toujours eu une tendresse analytique, une certaine appétence pour la vie de mon village. " Bel effort. Parce que, quand on a grandi dans l'odeur du foin et du cambouis de tracteur, on a le sens du silence, de la pudeur, de l'humilité. " Personne ne le connaît ", soupire un cabinettard libéral. Normal : Willy Borsus, ministre de l'Agriculture, des PME, des Classes moyennes, des Indépendants et de l'Intégration sociale, ne se dit ni ne se plaint jamais. Il a autre chose à faire. Il avance.
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Il inspire profondément. " Je suis un homme passionné et engagé. " Point barre. " J'ai toujours eu une tendresse analytique, une certaine appétence pour la vie de mon village. " Bel effort. Parce que, quand on a grandi dans l'odeur du foin et du cambouis de tracteur, on a le sens du silence, de la pudeur, de l'humilité. " Personne ne le connaît ", soupire un cabinettard libéral. Normal : Willy Borsus, ministre de l'Agriculture, des PME, des Classes moyennes, des Indépendants et de l'Intégration sociale, ne se dit ni ne se plaint jamais. Il a autre chose à faire. Il avance. Cet apparatchik pur jus, qui n'a jamais travaillé à son compte ni dans le secteur marchand, sait où aller : loin. Tous ses actes s'inscrivent dans cette approche. D'aucuns le prévoient vice-Premier ministre fédéral, d'autres jurent que le poste de ministre-président wallon lui était acquis - ce qu'il dément - si le MR avait été de l'équipage en 2014 ; d'autres encore rappellent que son nom a été évoqué pour la présidence des bleus. " Il n'est pas près d'arrêter de nous surprendre ", assure son ami et nouveau ministre fédéral MR de la Mobilité François Bellot. " Il faut éviter d'être l'otage de sa propre vie, commente l'intéressé. J'ai une part d'ambition mais ce n'est pas ma priorité. Etre au service me suffit. " " Il est terriblement ambitieux, depuis le début ", réplique un libéral. Son cabinet compte une cellule de politique générale, ce qui veut dire qu'il suit, en plus de ses matières, celles des autres. " Son ambition est parfois trop forte, esquisse François Bellot. On peut se demander s'il ne veut pas être calife à la place du calife. " On peut. Chef de groupe MR au parlement wallon depuis 2009, il aboutit au fédéral presque par défaut. Mais ni à l'Energie, ni à la Mobilité. " Il est malin, souligne un parlementaire libéral : il s'est glissé dans les pantoufles de Sabine Laruelle, qui avait déjà fait beaucoup. " N'empêche. En quelques mois, les dossiers n'ont plus de secrets pour lui. Et il s'attelle illico au néerlandais. " Il ne laisse rien au hasard, atteste Gilles Mouyard, député wallon MR. Tout est contrôlé, préparé méticuleusement. Président provincial, il savait ce qui se passait dans les 38 sections locales. " Dans le parcours de l'homme de Sinsin, le hasard n'occupe guère de place. Il est élevé dans un milieu rural modeste, exigeant et catholique, avec son jeune frère, Charly. " Ses origines ont façonné ses convictions, au burin ", expose un élu CDH. Ses parents exploitent une petite ferme à titre d'activité complémentaire. Les deux fils y mettent souvent la main à la pâte. Adolescent, l'été, Willy travaille comme ouvrier forestier. Il lit beaucoup. C'est un bon vivant, que la guindaille n'effraie pas. " Il lui est arrivé d'avoir du mal à se lever le matin ", sourit son frère. Le papa est ouvrier forestier au service du député libéral et bourgmestre de Scy, le comte Charles Cornet d'Elzius. Il l'aide lors des campagnes électorales. Ses fistons l'accompagnent. Ainsi attrape-t-on, pour une vie, le virus de la politique. Bon élève, Willy Borsus enchaîne avec un graduat en sciences juridiques et une formation complémentaire en droit social européen. Comme Louis Michel, il n'est pas universitaire. " Il fait tout pour montrer qu'il aurait pu l'être ", glisse son ami Hervé Jamar. " C'est pour ça qu'il utilise le subjonctif imparfait ", raille une libérale. Il a cette soif inextinguible d'être reconnu. De prouver qu'à force de travail, on obtient des résultats. " Nous, les ruraux, avons un complexe d'infériorité par rapport aux citadins, embraie le député MR David Clarinval. On travaille plus parce qu'on a la volonté d'être parfaits. Les ruraux ont aussi une vision moins idéologique et plus pragmatique des choses. " Pragmatique, Borsus l'est. Plutôt que de reprendre la ferme familiale, il opte pour la politique. Soutenu par le comte, dont il a toujours la photo dans son bureau, il entame son parcours par la présidence du cercle namurois des étudiants libéraux et les Jeunes réformateurs libéraux. Il gagne ses galons mètre carré par mètre carré : à Somme-Leuze, conseiller communal dès 1988 puis bourgmestre à partir de 1994 ; la même année, conseiller provincial à Namur, puis président. Il était partout dans l'arrondissement de Dinant-Philippeville ? Il est partout, dorénavant, dans le Luxembourg, qu'il a entrepris de conquérir aux dernières élections. Aux soupers boudins, qu'il collectionne, il connaît tout le monde. Sa mémoire lui permet d'apostropher chacun par son prénom, en demandant des nouvelles des absents. " Etonnant d'être à ce niveau de pouvoir et de rester à ce point en contact avec les gens ", indique la députée MR Anne Barzin. D'autres sont moins enthousiastes, pointant son habitude " détestable " d'assister à tous les enterrements. " C'est un homme politique déguisé en homme non politique, résume un bourgmestre libéral. C'est ce qui fait son succès. " En 1999, Willy Borsus lorgne un poste dans un cabinet. " J'en ai parlé à Michel Foret, alors au gouvernement wallon, qui l'a engagé ", se souvient l'ancien ministre Jean-Marie Severin. Là, il bosse. Ça tombe bien : Borsus est de ceux qui voudraient ne devoir dormir que deux heures par nuit. En 2001, il devient secrétaire de cabinet. En 2004, il siège au parlement wallon. Il s'y fait remarquer, avec des interventions précises et étayées. " Quand il y avait une faille dans un de mes dossiers, je le voyais débouler et je savais que ça allait être ma fête ", admet un ex-ministre socialiste. Il peut monter à la tribune avec des notes tenant sur un quart de feuille mais parler trente minutes de façon analytique et argumentée. Il lui arrive de tant enrober qu'on s'y perd. " Parfois, tout le monde est content après un discours de Willy mais personne ne sait ce qu'il a raconté ", rigole un ami. C'est qu'il manie aussi le langage et l'humour pour endormir ses interlocuteurs. " C'est un des derniers vestiges d'un style vieille France et ampoulé, relève un député Ecolo. Noyer le poisson est un de ses sports favoris. " On l'appelait donc le " Florentin " au parlement wallon. Chaleureux et convivial, il n'en a pas moins été sans pitié avec les maillons les plus faibles du gouvernement wallon. Mais s'il est pris en défaut, sa bonhommie s'éteint aussitôt. Perdre le contrôle l'insupporte. Prudent, méfiant, il avance en solo, peu prompt à partager les dossiers. " C'est très dur d'exister avec lui. Au parlement, il gardait toujours la crème des interventions pour lui ", épingle un collègue. Proche de tout le monde mais seul contre tous, correct mais exigeant avec ses collaborateurs, ce tenant du libéralisme social est parfois classé par ses pairs parmi les opportunistes. " Il est dans une démarche assez politicienne, analyse Philippe Henry, ancien ministre wallon Ecolo. Il intervenait sur les sujets en fonction de ce qui servait son groupe et son image. " D'où ses colères au parlement wallon, surjouées. " C'est le roi des faux-culs, sympa et agréable ", martèle un chef de file CDH. Les socialistes, qu'il a évincés à la dernière minute du pouvoir provincial namurois, en gardent un goût amer. " Il réclame une attention de chaque instant, confirme un député wallon. Je ne lui ferais pas confiance. " " Quand on négocie avec lui, embraie un libéral, on débat des prix. Et il ne lâche rien. Il n'est loyal que quand et si ça le sert. " Bref, résume un autre MR, c'est " Machiavel déguisé en sainte Marie ". Qui laisse des cadavres sur son passage. " Jamais, réplique Willy Borsus. J'ai pris mon espace sans bousculer quiconque. " Au sein du parti pourtant, plusieurs assènent qu'il est prêt à tout. " S'il vous a dans le nez, même si vous étiez proche de lui, il sort son flingue ", témoigne une de ses victimes. Les uns disent que sa parole est sacrée, les autres évoquent " des couteaux plantés dans le dos ". Certains affirment qu'il est pour beaucoup dans le départ de la vie politique de Sabine Laruelle. Il jure que non. Est-ce avec ces lunettes-là qu'il faut relire l'épisode qui opposa, fin des années 2000, reyndersiens et micheliens ? Didier Reynders est président du MR et ministre des Finances. Son cumul fait se déchirer les libéraux. Borsus monte au front du côté des Michel. " Il savait qu'il n'arriverait à rien avec Didier, à qui il reprochait le côté poisson froid, éloigné de la population et friand de phrases assassines, raconte un député du parti. Il a soutenu Charles pour s'élever. " " Willy a été le plus dur, souligne un autre. C'est là qu'il a montré son visage de Machiavel. " Ses amis rétorquent qu'il ne pouvait pas savoir quel clan l'emporterait. Charles Michel lui est en tout cas redevable. Et Willy Borsus joue un rôle clé au sein du gouvernement, même s'il s'en défend. " Sa réputation est surfaite, balance un ténor du CDH. Il a été propulsé par reconnaissance. " Lui n'en a cure. Il avance, zigzaguant entre l'attention sincère, le calcul et le cynisme. Quand Richard Fournaux, bourgmestre MR de Dinant, était en difficulté, il l'a soutenu. " Il m'a adressé une carte de voeux personnalisée, confie Jean-Charles Luperto, ex-président PS du parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Dans les circonstances que je traverse, ça m'a touché. " Ses quelques minutes de temps libre ? La famille. Les emplettes, le samedi, dans les grandes surfaces de Marche-en-Famenne, où il va s'installer. Et la dégustation de tartes et chocolats, arrosés de bon vin. Mais avec modération : Willy Borsus ne perd jamais le contrôle. PAR LAURENCE VAN RUYMBEKE" Il ne laisse rien au hasard. Tout est contrôlé, préparé méticuleusement " " C'est un des derniers vestiges d'un style vieille France et ampoulé. Noyer le poisson est un de ses sports favoris "