Il n'y a pas eu de surprise. Le 18 novembre, la présidente du tribunal de commerce de Bruxelles a débouté les petits actionnaires. Francine De Tandt a refusé de suspendre la décision du gouvernement de vendre Fortis au groupe français BNP Paribas. Elle n'a pas voulu mettre en " péril " le " sauvetage des activités de Fortis Banque et la protection des épargnants ". Elle a souhaité éviter les mouvements de panique, ces scènes de citoyens faisant la queue devant des agences pour vider leurs comptes. Les syndicats et les employés de Fortis sont rassurés.
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Il n'y a pas eu de surprise. Le 18 novembre, la présidente du tribunal de commerce de Bruxelles a débouté les petits actionnaires. Francine De Tandt a refusé de suspendre la décision du gouvernement de vendre Fortis au groupe français BNP Paribas. Elle n'a pas voulu mettre en " péril " le " sauvetage des activités de Fortis Banque et la protection des épargnants ". Elle a souhaité éviter les mouvements de panique, ces scènes de citoyens faisant la queue devant des agences pour vider leurs comptes. Les syndicats et les employés de Fortis sont rassurés. Le Premier ministre, Yves Leterme (CD&V), et le ministre des Finances, Didier Reynders (MR), respirent aussi. Ils n'ont pas été désavoués. Mais ils ne peuvent crier victoire. La plupart des experts financiers s'accordent à affirmer que le gouvernement a bradé Fortis dans un climat de panique, qu'il s'est fait rouler par les Pays-Bas qui ont fini par faire une bonne affaire. Certains doutent que Fortis était vraiment au bord de la faillite. Cela dit, Fortis a été une des premières grandes banques européennes à traverser la tempête financière. Le gouvernement n'a pas su tirer profit de l'expérience de pays voisins. Dans la tourmente, il a dû improviser et n'aurait pas eu le temps de... faire mieux. Mais la sérénité a manqué à l'époque, et encore, cette semaine, au tribunal des référés. Il faut le regretter. A cet égard, on aurait tort de considérer que les petits actionnaires ont tout perdu. Certes, ils ne récupéreront jamais totalement leur mise. Même si l'avocat Mischaël Modrikamen a décidé d'interjeter appel dès le 19 novembre. L'ordre du jour de la prochaine assemblée générale de Fortis, prévue le 2 décembre, sera maintenu et il n'y sera pas question de bloquer la cession des actifs. Mais, ce jour-là, les actionnaires défendus par Deminor veulent s'opposer au nouveau conseil d'administration présidé par Etienne Davignon, jugé trop vieux. Ce n'est pas rien. En outre, ces petits porteurs, qui sont loin d'être tous des spéculateurs, ont déjà réussi à donner quelques soucis à l'Etat belge et à BNP Paribas, une des plus grandes banques du monde. Ils ont obtenu le droit d'être mieux informés et d'accéder à des documents qui seront rendus publics. La juge des référés a en effet désigné un collège de trois experts chargés de faire la lumière sur l'affaire et de vérifier si le prix de vente de Fortis à BNP Paribas était convenable. Une étape certaine vers plus de transparence a été franchie. Depuis quelques années, une tendance de fond se manifeste. Qu'il s'agisse du procès de Lernout & Hauspie ou du cas de la Banque nationale de Belgique où des actionnaires particuliers revendiquaient une partie des plus-values produites par la vente de réserves d'or réalisée au seul profit de l'Etat, les petits porteurs, décomplexés, exigent de plus en plus souvent que des responsables leur rendent des comptes, fussent-ils peu enclins à s'y prêter. Il est sain que le monde politique, les entreprises et la haute finance n'échappent pas à la vigilance démocratique. Une meilleure gestion est à ce prix. dorothée klein