Le Stadsmuseum de Gand (Stam) a la bonne idée de dévoiler au public une collection qui n'était, jusqu'ici, réservée qu'aux recrues de la police gantoise. En effet, depuis le début des années 1930, la police judiciaire de Gand, alors balbutiante, a rassemblé nombre d'objets, documents, photos, coupures de presse illustrant des affaires criminelles résolues, en un " musée du crime " destiné aux apprentis enquêteurs. Cette étrange collection, enrichie au fil des années, a déménagé à plusieurs reprises.
...

Le Stadsmuseum de Gand (Stam) a la bonne idée de dévoiler au public une collection qui n'était, jusqu'ici, réservée qu'aux recrues de la police gantoise. En effet, depuis le début des années 1930, la police judiciaire de Gand, alors balbutiante, a rassemblé nombre d'objets, documents, photos, coupures de presse illustrant des affaires criminelles résolues, en un " musée du crime " destiné aux apprentis enquêteurs. Cette étrange collection, enrichie au fil des années, a déménagé à plusieurs reprises. La dernière fois, c'était après la réforme des polices de 2001. Le " musée " avait été relégué dans un dépôt en attendant de nouvelles vitrines. Il y prenait toujours la poussière lorsqu'en 2015 un commissaire gantois est venu voir le conservateur du Stam pour lui ramener un broc en étain du xvie siècle volé vingt ans plus tôt au Bijlokemuseum, le prédécesseur du Stam. De cette rencontre fortuite est née une heureuse coopération. Les employés du musée municipal ont sorti, des vieux cartons, les pièces accumulées par la PJ et en ont dressé un inventaire rigoureux avant de sélectionner les meilleures qui font l'objet de l'exposition actuelle. Le résultat est bluffant. Au Stam, le " musée du crime " démarre par une courte histoire - en photos - des débuts de la police judiciaire, créée en 1920 pour répondre à une vague de braquages sanglants (une vingtaine de tués en deux ans) perpétrés dans la région de Gand par les bandes à Van Hoe-Verstuyft et à Oscar Merci, tristement célèbres à l'époque : une belle galerie de pieds nickelés. Ensuite, l'expo se déroule comme une enquête criminelle, en une succession de salles consacrées aux traces sur les scènes de crime, aux auditions de témoins, aux portraits-robots, aux autopsies, à la balistique... Le visiteur se glisse dans la peau du limier, en découvrant l'évolution des techniques policières à travers le temps, notamment les techniques scientifiques qui, jusqu'aux années 1980, se résumaient essentiellement aux relevés d'empreintes digitales ou de traces de pas et de pneus. Il n'y avait ni analyse ADN ni ordinateurs pour croiser des informations. Démasquer les criminels exigeait des policiers une bonne dose de perspicacité à partir des éléments dont ils disposaient : arme du crime, moulages d'empreintes, témoignages, reconstitution ou même parfois un relevé topographique comme pour " le meurtre de la décharge " en 1966. Dans cette affaire, la superficie de la scène de crime est hors du commun entre le dépotoir, où la victime s'est fait agresser au marteau par un voisin, et les jardins, cent mètres plus loin, où elle a fui et s'est réfugiée ensanglantée avant de succomber sous les nouveaux coups de son poursuivant. La topographie des lieux, dessinée à la main par un policier, est un petit chef-d'oeuvre. A travers les photos, documents et objets exposés, ce sont surtout d'incroyables histoires que le musée du crime raconte. Des histoires de meurtres bien sûr, sordides, violentes, impitoyables. On a l'impression de voir défiler des personnages romanesques de la collection Le Masque ou d'une enquête du commissaire Maigret, comme sur ce cliché de la reconstitution, le 12 novembre 1965, à Ledeberg (au sud de Gand), d'une tentative d'empoisonnement : dans sa cuisine carrelée, une femme grisonnante est assise à côté de son beau-fils à qui elle a servi, à maintes reprises, du thé bourré de mort-aux-rats. Elle ne se faisait pas à l'idée que sa fille se marie avec lui... La victime et son bourreau sont attablés gauchement. Les regards ne se croisent pas, les visages sont raides. Une suite de photos montre l'empoisonneuse refaire ses gestes prémédités : chauffer l'eau sur le poêle à charbon, verser la mort-aux-rats dans la fausse porcelaine du dimanche, apporter innocemment le breuvage à table. Ces vieux tirages noir et blanc, dont celui du beau-fils très amaigri, souffrant de névralgies et le crâne dégarni à cause du thallium, résument toute la cruauté dont l'être humain est capable. L'exposition captive par ses histoires d'enquêtes résolues, parfois grâce à des indices inattendus. Ainsi, la pomme croquée trouvée à côté d'un cadavre en 1944 a permis, avec le moulage de la trace des dents, de confondre le meurtrier. En 1959, à Berlare (à l'est de Gand) où une jeune femme avait été étranglée chez elle, c'est une trace de pneu de vélo de la marque Bergougnan type Grand Luxe qui a finalement trahi le meurtrier. L'enquête s'était révélée difficile. Aucun marchand de vélo ne se souvenait à qui il avait pu vendre un tel pneu. Des traces de doigts ayant été repérées sur une vitre cassée, tous les hommes du village ont été invités à donner leurs empreintes. En vain. Ce n'est que des mois plus tard qu'un cambrioleur habitant à Zele, sept kilomètres plus loin, s'est fait attraper sur son vélo équipé de... pneus Bergougnan. Ses empreintes digitales correspondaient à celles de Berlare. Le " musée du crime " raconte également la naissance de la police scientifique, après le meurtre d'une jeune femme tuée de soixante coups de fourche, en 1984. Un meurtre non élucidé à cause de la pollution du lieu du crime par les enquêteurs. Depuis la fin des années 1980, la scène de crime est " gelée " tant que les experts en combinaison blanche n'y sont pas descendus pour prélever et sauvegarder les indices. Parmi ces experts, les entomologistes peuvent dater le moment de la mort en fonction des insectes trouvés sur un cadavre. Dans la salle consacrée à la médecine légale, la ligne du temps piquée de mouches et de larves est édifiante. Les photos d'autopsie d'un corps lardés de coups de couteaux aussi... Difficile de résumer tout ce qu'on peut découvrir dans cette expo du Stam. Au hasard : un crâne troué par un coup de hache, des pipes d'opium ou des pilules de LSD saisies, des kits pour portraits-robots, des coups de poings américains et des parapluies-épées prohibés, des faux tableaux, passeports et billets de banque, l'examen graphologique d'un testament falsifié, des revues pornographiques des années 1960 contraires aux bonnes moeurs (qui feront sourire les internautes d'aujourd'hui)... Bref, il y a là tout ce qui peut ou pouvait constituer une enquête policière. On ne peut sortir du Stam que plus expert !