Le tirage au sort effectué le 1er décembre dernier à Pusan (Corée du Sud) a donné un coup d'accélérateur déterminant à la Coupe du monde 2002, qui se déroulera conjointement au Japon et en Corée du Sud, en juin prochain. Désormais, le décor est planté. Les 32 équipes participantes connaissent leurs adversaires, les lieux des rencontres ( voir tableau ci-contre) et, pour certaines déjà, dont la délégation belge, leur lieu de séjour. L'intérêt s'est subitement accru. A présent qu'elles ont appris l'identité des pays qu'elles hébergeront, les villes et les régions du Japon et de la Corée du Sud adapteront et peaufineront, elles aussi, leurs programmes d'accueil et d'animation. Quant aux équipes qualifiées, toutes leurs activités seront dorénavant axées sur la série de rencontres du mois de juin 2002. A tous les niveaux, le compte à rebours a bel et bien commencé.
...

Le tirage au sort effectué le 1er décembre dernier à Pusan (Corée du Sud) a donné un coup d'accélérateur déterminant à la Coupe du monde 2002, qui se déroulera conjointement au Japon et en Corée du Sud, en juin prochain. Désormais, le décor est planté. Les 32 équipes participantes connaissent leurs adversaires, les lieux des rencontres ( voir tableau ci-contre) et, pour certaines déjà, dont la délégation belge, leur lieu de séjour. L'intérêt s'est subitement accru. A présent qu'elles ont appris l'identité des pays qu'elles hébergeront, les villes et les régions du Japon et de la Corée du Sud adapteront et peaufineront, elles aussi, leurs programmes d'accueil et d'animation. Quant aux équipes qualifiées, toutes leurs activités seront dorénavant axées sur la série de rencontres du mois de juin 2002. A tous les niveaux, le compte à rebours a bel et bien commencé. Le prochain mondial s'annonce remarquable à plus d'un titre. D'abord, grâce à la première participation de la Chine - 80 000 tickets y ont été vendus en quelques jours -, la compétition va concerner une population d'une ampleur inégalée à ce jour. En effet, avec en outre le Brésil, la Russie, les Etats-Unis, le Nigeria et le Japon, six des nations les plus peuplées de la planète seront au rendez-vous. Manquent à l'appel: l'Inde, l'Indonésie, le Paksitan et le Bangladesh, pays où l'essor économique n'a pas encore permis le développement commercialisé du sport en général et du football en particulier. Par ailleurs, contrairement à ce qui s'était produit lors des deux dernières phases finales, en France en 1998 et aux Etats-Unis en 1994, tous les anciens vainqueurs, désormais au nombre de sept, seront représentés: le Brésil (4 victoires), l'Allemagne et l'Italie (3 victoires), l'Argentine et l'Uruguay (2 victoires), l'Angleterre et la France (1 victoire). Pour la première fois aussi, à l'instar de l'Euro 2000 qui s'était déroulé en Belgique et aux Pays-Bas, la Coupe du monde est organisée conjointement par deux pays. Non sans risques de problèmes de préséance et de différends, puisque le Japon et la Corée du Sud n'entretiennent pas les meilleures relations. Le premier a occupé la seconde de 1910 à 1945. Si les deux pays, séparés par des frontières maritimes, culturelles et politiques, ont décidé d'une organisation en commun, c'est, bien sûr, pour asseoir leur notoriété et leur rayonnement dans le monde. Mais ils affirment aussi vouloir établir de la sorte de nouveaux liens pour l'avenir et s'écarter de la longue histoire d'animosité entre les deux régimes. La Corée du Sud a désigné 2002 "année d'échanges entre les peuples de Corée et du Japon". Dans ce cadre, les missions spéciales pour promouvoir les consultations bilatérales ont été multipliées. La coorganisation d'une compétition comme la Coupe du monde n'est pas une sinécure. Certes, le Japon en 1964 et la Corée en 1988 ont déjà démontré leur savoir-faire en la matière en ayant mis sur pied des Jeux olympiques, bien réussis les uns et les autres. Mais le travail en commun, surtout entre gens d'affinités différentes, n'est pas du même tonneau. En revanche, la rivalité subsistante pousse les acteurs à l'émulation, ce qui a souvent un résultat positif. En juin dernier, la Coupe des Confédérations, organisée sur les lieux du prochain Mondial, en prélude à celui-ci, entre 8 équipes seulement, n'a toutefois pas suscité que l'enthousiasme. Sur le terrain, la France l'a emporté en finale sur le Japon par 1 but à 0. Mais la délégation des champions du monde n'est pas pour autant rentrée entièrement réjouie en France. Claude Simonet, président de la FFF (Fédération française de football) a porté un regard assez mitigé sur le séjour asiatique. Il a mis l'accent sur un certain nombre de lacunes dans l'organisation du tournoi, où les représentants de la Fifa ont quelquefois dû intervenir pour arbitrer des divergences de vue. L'expérience a aussi montré que les délégations participantes devront se montrer vigilantes dans de nombreux domaines: la longueur des déplacements entre les deux pays, la multiplication des formalités d'immigration et de douane, les difficultés de circulation - la délégation belge en a fait l'expérience à l'occasion de son périple entourant le tirage au sort -, les problèmes de la langue, la rareté d'hôtels isolés, l'alimentation particulière, etc. Le président français s'est surtout étonné des importants surcoûts qu'avait enregistrés son trésorier. Cela, malgré les dispositions prises par les autorités pour que les tarifs de logement et de voyage soient stabilisés et malgré les "contrats standards" élaborés entre le comité d'organisation et une centaine d'hôtels. Au Japon, surtout, tout est hors de prix: 250 francs (6,20 euros) pour un café. A son retour, Simonet a d'ailleurs déposé un mémoire de réclamation auprès de la Fifa, afin que la fédération adapte ses dotations aux équipes en fonction des frais réels. En tout cas, une planification budgétaire très minutieuse s'imposera avant le départ. René De Saeyere, l'entraîneur belge qui a travaillé à plusieurs reprises dans la région, estime le coût du séjour à environ 150 000 francs (3 718,40 euros) par semaine. A ce prix, tous les billets pour les matchs des Diables rouges dévolus à la Belgique ne trouveront sans doute pas acquéreur. A raison de 8% de la capacité maximale du stade, il y en aura environ 5 000 pour le match contre le Japon, 4 000 contre la Russie et 3 500 contre la Tunisie. Ils seront prochainement en vente à la Fédération. Mais, cette fois, il n'y aura sûrement pas de rush désespéré sur la billetterie, comme il y a quatre ans pour le Mondial dans la France voisine. Six mois avant le match d'ouverture du Mondial 2002, le 31 mai prochain, entre la France et le Sénégal, le Kowoc (le comité d'organisation coréen) et le Jawoc (son équivalent japonais) ont déjà revu leur copie. L'organisation commune tient toujours la route, même si les choses s'élaborent parfois assez laborieusement, car il faut très souvent agir en double. Il en est ainsi, par exemple, en matière de sécurité - le souci majeur à tout rendez-vous de cette envergure - qui est gérée différemment d'un pays à l'autre. En football, le hooliganisme est essentiellement un problème européen, pas asiatique. Que le déplacement en Asie soit long et coûteux pour les supporters "maudits" d'Angleterre ou d'Allemagne devrait encore limiter la portée de ce phénomène. Toutefois, les services d'ordre sont fin prêts. En juin dernier, malgré l'absence des Anglais et des Allemands, dans un tournoi dénué de violence, le maintien de la sécurité a néanmoins été jugé "un peu trop voyant et trop rigide". Ce constat n'étonne pas Lorenzo Staelens, qui a joué durant neuf mois, cette année, au Japon. En choeur, l'ancien Diable rouge et De Saeyere confirment que dans les deux pays, la discipline et le respect des consignes sont très rigoureux, amenant les policiers à intervenir rapidement et sans laxisme au moindre écart. Une telle mentalité a également été observée chez les "volontaires", ces indispensables auxiliaires affectés aux multiples petites tâches exigées par l'événement: tout le monde a loué leur esprit de dévouement et leur grande application. Mais, depuis le 11 septembre, la Coupe du monde doit sans doute craindre davantage le terrorisme que le hooliganisme. Japonais et Coréens ont d'ailleurs immédiatement réagi à la situation nouvelle. Les budgets de la sécurité ont été augmentés de 25 %. Dans les deux pays, des mesures assez draconiennes ont été prises. Exemple: en Corée du Sud, on a proclamé l'interdiction de survol des sites du Mondial durant la compétition. Ce qui risque de compliquer singulièrement les déplacements aériens de toutes les personnes accréditées pour l'événement ainsi que des touristes spectateurs. Dans ce climat particulier et parfois un peu morose, tout semble, en revanche, sourire à la délégation belge. Sur le plan sportif, le tirage au sort a évité aux Diables rouges une confrontation directe avec les "gros calibres", comme le Brésil, l'Argentine, l'Italie ou la France. Les Belges ont hérité du Japon, qui ne doit son privilège de "tête de série" qu'à son statut de pays organisateur, pas à ses valeurs footballistiques. Avec encore la Russie, qui n'a plus rien de commun avec la redoutable équipe de l'URSS de jadis, et la Tunisie, les Diables héritent, en fait, de trois adversaires classés derrière eux dans la hiérarchie mondiale. Aucun de ces pays n'a jamais franchi le premier tour en phase finale de Coupe du monde. Dès lors, l'une des deux premières places du groupe, qualificatives pour les huitièmes de finale, paraît à la portée de nos footballeurs. Il reste pourtant à évaluer combien déterminant sera l'appui inconditionnel du public dont bénéficiera l'équipe japonaise à l'occasion de son match d'ouverture contre la Belgique. En sport, la foi et l'enthousiasme balaient très souvent les vertus techniques. Sur le plan logistique, la prévoyance belge a payé. A l'occasion de périples asiatiques antérieurs et grâce à de bonnes relations avec des hommes d'affaires belges sur place, la Fédération avait, depuis trois ans, jeté son dévolu sur un site à Kumamoto, au sud du Japon, "au cas où le sort appellerait les Diables rouges à jouer au pays du Soleil-Levant". Ses voeux ont été exaucés. La ville de Kumamoto (650 000 habitants) niche dans la verdure. L'accommodement hôtelier retenu par les Belges appartient à la société productrice d'électricité Tokyo Electron. En fait, il s'agit d'un centre de séminaire, parfaitement équipé pour des séjours de ce genre. Il offre tout le confort à une délégation d'une quarantaine de personnes. Les Belges l'occuperont quasi gratuitement, en échange de la publicité que leur présence offrira au lieu. A quelques minutes de là se trouve le Kumamoto Prefectural Sports Park, axé autour d'un magnifique stade d'une capacité de 30 000 spectateurs. "C'est l'un des centres d'entraînement les plus beaux et les plus fonctionnels du Japon", affirme Staelens, qui s'y est souvent rendu avec son club de Oita. Nos footballeurs logeront ainsi à moins de deux heures de vol de Saitama et de Shizuoka, où ils joueront contre le Japon et la Russie, et à deux heures de car de Oita, où ils seront opposés à la Tunisie. En revanche, dans le sud du Japon, les Belges ne seront sans doute pas épargnés par les pluies diluviennes de la mousson, qui sévit parfois violemment à cette époque. En juin dernier, le match de demi-finale de la Coupe des Confédérations entre le Japon et l'Australie, à Yokohama, au centre du pays, s'est joué sous un véritable déluge. La mousson provoque de très fortes pluies, parfois deux jours durant. L'été prochain, des rencontres risquent d'être carrément reportées. "En juin, à Kumamoto, la température oscille entre 25 et 30 degrés, mais le taux d'humidité de l'air y est assez élevé. Un peu comme à Orlando, en Floride, lors de la World Cup 1994, dit Lorenzo Staelens." De bon augure: les Diables rouges s'y étaient fort bien adaptés aux conditions climatiques particulières.Emile Carlier