Au printemps 1939, la Russie de Staline a de beaux atours. La France et la Grande-Bretagne convoitent une alliance avec Moscou, qui prendrait à revers le IIIe Reich. Hitler rêve d'un accord avec le Kremlin, qui gèlerait sa frontière orientale. L'URSS est au c£ur d'une course aux alliances, elle peut faire monter les enchères.
...

Au printemps 1939, la Russie de Staline a de beaux atours. La France et la Grande-Bretagne convoitent une alliance avec Moscou, qui prendrait à revers le IIIe Reich. Hitler rêve d'un accord avec le Kremlin, qui gèlerait sa frontière orientale. L'URSS est au c£ur d'une course aux alliances, elle peut faire monter les enchères. Sur le papier, les Français et les Anglais sont les mieux placés, mais, entre les Occidentaux et les Soviétiques, le courant passe mal. Staline est méfiant. Il ne parierait pas un kopeck sur ces Français et ces Anglais si prompts à l'immobilisme, voire aux reculades. Le maître du Kremlin garde deux fers au feu. Pendant qu'il discute avec les Occidentaux, ses services prennent langue avec le Reich. La partie se joue dans la première quinzaine d'août. Les négociations avec les Français et les Britanniques butent sur le refus d'accepter le passage de l'Armée rouge sur les territoires de la Pologne et de la Roumanie, " pour des actions conjointes contre l'ennemi commun ". Résultat : les pourparlers sont suspendus du 18 au 21 août. Lorsque Daladier demande à la délégation française de trouver un accord dans les meilleures conditions, il est trop tard. Le 23 août, Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères du Reich, est à Moscou. Dans la nuit, le pacte de non-agression entre l'URSS et l'Allemagne est bouclé. La version officielle du traité engage les deux pays à ne pas se faire la guerre pendant dix ans, à régler leurs différends par la négociation et à développer leurs échanges commerciaux. Mais l'essentiel est dans les clauses secrètes qui organisent les zones d'influence des deux pays : la Pologne orientale et les pays Baltes à Moscou, la Pologne occidentale à Berlin. Staline, bon camarade, livre à la Gestapo 4 000 communistes allemands réfugiés en Russie. En signant avec l'Allemagne nazie, le nouveau tsar gagne du temps. L'Armée rouge n'est pas prête à une guerre avec l'Allemagne : ses cadres et ceux des usines d'armement ont été liquidés dans les purges. Ensuite, il déplace le front d'une guerre probable à l'ouest. Enfin, il gagne de nouveaux territoires. En août 1939, Hitler exulte. Il n'a rien à craindre à l'Est : le pacte de non-agression germano-soviétique le protège. A l'Ouest, il n'a pas grand-chose à redouter : les Français et les Anglais - " des vermisseaux : je les ai vus à Munich " - sont paralysés. L'invasion de la Pologne aura lieu le 26 août à l'aube. Les troupes allemandes sont massées à la frontière polonaise et les régiments attendent l'ordre de marche dans leurs casernes. Au total, plus de 1,5 million d'hommes sont prêts au combat. Le 25 août, à 15 h02, Hitler donne l'ordre de marche pour attaquer le lendemain à 4 h 30. Moins de cinq heures plus tard, à 19 h30, il annule l'ordre. Que s'est-il passé ? Hitler a reculé parce qu'il a douté. Il avait parié sur un effondrement de l'axe franco-britannico-polonais après l'annonce de la signature du pacte germano-soviétique. L'inverse s'est produit. Edouard Daladier, le chef du gouvernement, hostile à la guerre par tempérament, la tient pour inévitable. Sa priorité, dès lors, est d'organiser la mobilisation. L'écart entre les forces armées de l'Ouest et celles de l'Allemagne est plus réduit qu'on l'a longtemps cru. Même si l'aviation allemande est supérieure. Outre-Manche, Britanniques et Polonais signent officiellement l'accord d'assistance mutuelle entre leurs deux pays. Chamberlain rappelle officiellement les engagements de la Grande-Bretagne à l'égard de la Pologne, " en sorte qu'aucun doute ne subsistât dans l'esprit du gouvernement allemand ". Les forces de DCA et de défense côtière sont mobilisées. Mais il n'est pas encore question de mobilisation générale. La réitération de l'engagement franco-anglais est une source de satisfaction pour les Polonais, mais il rend l'hypothèse de la guerre plus probable. Le 26 août, tous les aéroports allemands sont fermés, l'espace aérien est strictement contrôlé, un programme de restriction alimentaire est lancé. Les ordres offensifs se multiplient. Heinrich Himmler est chargé de constituer les groupes d'action spéciaux (Einsatzgruppen), chargés de liquider les élites polonaises et les juifs. Car la Pologne n'est pas un territoire comme les autres : c'est un futur " espace vital " (Lebensraum), libéré des Slaves, qui accueillera les Allemands de souche vivant à l'Est. Berlin n'a pas interrompu les négociations avec les Français et les Britanniques. C'est juste un leurre et il fonctionne. Hitler a cédé face à la fermeté, estime le Quai d'Orsay, le moral des Allemands est en berne, l'opposition à Hitler se renforce au sein des éléments les plus conservateurs de l'état-major. Göring, n° 2 du régime, pourrait même tenter un coup de force contre Hitler ! Hitler met à profit les quatre derniers jours de paix pour isoler la Pologne, en la rendant responsable des rejets des propositions allemandes, toujours aussi inacceptables pour Varsovie - récupération de Dantzig et du corridor, garantie aux minorités allemandes, implication de Moscou dans tout règlement en Pologne. Le 31 août au soir, les services de sécurité nazis montent de toutes pièces une fausse attaque polonaise contre une station de radio allemande, à Gleiwitz, en Silésie. Berlin aura son prétexte pour déclarer la guerre. Le navire-école allemand Schleswig-Holstein, mouillant au large du port de Dantzig, pourra ouvrir le feu sur le fort polonais de Westerplatte à 4 h 45 et donner le signal de l'invasion de la Pologne. Paris et Londres ont été informés trois heures plus tôt. Le gouvernement britannique envoie un ultimatum à Berlin. Sans illusions, mais pour respecter les formes. Dix minutes après son expiration, le 3 septembre, à 11 h 10, le Premier ministre ordonne aux trois armes de " se considérer en état de guerre ". La France déclare à son tour la guerre, à 17 heures. Hitler n'en revient pas : les Britanniques et les Français veulent se battre ! D'ailleurs, il ne veut pas y croire. Dans son train blindé, il se confie à Goebbels. Au mieux, les Occidentaux ne livreront qu'une Kartoffelkrieg, littéralement une " guerre de la patate ", un blocus économique. Une vraie bataille, jamais. Le Führer a tort. Chamberlain et Daladier ont cherché l'apaisement au cours des dernières années. Cette fois-ci, ils n'ont plus le choix. E.H.