Le coup des 19 heures, dimanche 7 juin. C'est demain. Chez les " bleus " et les " rouges ", les conseillers en communication se creusent les méninges : comment faire bonne figure. Indispensable. C'est le soir du scrutin qu'un parti de pouvoir gagne ou perd définitivement les élections. En prenant la bonne posture. Comme Louis Michel, en 1999. Le grand sachem libéral avait passé un après-midi d'enfer, ce 13 juin-là, où une victoire sans contestation lui semblait promise. Premières estimations et déception. Moins flagrant que prévu. Pas grave : en coulisses, les proches de Michel, Didier Reynders en tête, avaient ragaillardi le patron. Venu fringant, à la télé, dire son retour au pouvoir et imposer au culot les verts, vrais vainqueurs. Reynders, président du MR, saura-t-il retomber sur ses pattes avec autant d'agilité dans deux mois ?
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Le coup des 19 heures, dimanche 7 juin. C'est demain. Chez les " bleus " et les " rouges ", les conseillers en communication se creusent les méninges : comment faire bonne figure. Indispensable. C'est le soir du scrutin qu'un parti de pouvoir gagne ou perd définitivement les élections. En prenant la bonne posture. Comme Louis Michel, en 1999. Le grand sachem libéral avait passé un après-midi d'enfer, ce 13 juin-là, où une victoire sans contestation lui semblait promise. Premières estimations et déception. Moins flagrant que prévu. Pas grave : en coulisses, les proches de Michel, Didier Reynders en tête, avaient ragaillardi le patron. Venu fringant, à la télé, dire son retour au pouvoir et imposer au culot les verts, vrais vainqueurs. Reynders, président du MR, saura-t-il retomber sur ses pattes avec autant d'agilité dans deux mois ? Le Mouvement réformateur a réalisé l'exploit deux ans trop tôt. Qui se souvient que, le 10 juin 2007, Reynders et les libéraux francophones sont entrés dans l'histoire, battant le PS en Wallonie pour la première fois depuis l'instauration du suffrage universel ? Les bleus n'ont pas su transformer l'essai, l'ennemi d'une décennie s'est maintenu au pouvoir, à tous les niveaux, et la crise économique a refermé le piège sur Reynders. Le Liégeois de 50 ans, réputé arrogant, n'a quasi aucune chance de rééditer le score des législatives fédérales de 2007 (31,2 % en Wallonie). Le MR pourrait être en progrès par rapport à 2004 (24,3 %), ce qui paraît l'essentiel : son poids politique augmenterait. Mais comment le président Reynders justifierait-il une place de n° 2, derrière le PS ? Et Elio Di Rupo, chef d'un PS affaibli par quatre années d' " affaires " ? Le Montois devra faire preuve d'inventivité si une troisième défaite électorale de rang se confirme, après les mauvaises communales de 2006 et le désaveu fédéral de 2007. Pour le PS, c'est la comparaison avec 2004 qui fera mal : il avait tutoyé la barre des 40 % en Région wallonne. Impensable aujourd'hui ! L'espoir des rouges est de faire un peu mieux qu'il y a deux ans (29,5 %), ce qui n'est pas gagné d'avance, à lire les sondages. En cas d'échec, quelle serait la valeur d'un sauvetage à la Pyrrhus : le trophée de premier parti wallon, malgré toutes les contestations ? Le MR en hausse, mais déçu ; le PS battu, mais toujours en vie. Voilà qui promet pour former un gouvernement digne du défi majeur, celui du redressement économique wallon. Quatre partis démocratiques de taille moyenne pourraient être crédités de 18 à 30 % des voix. Deux d'entre eux rivalisant pour la pole position, les deux autres (le CDH et Ecolo) suivant d'assez près, en lutte pour le statut symbolique de n° 3. " Le jeu sera bien plus ouvert qu'en 2004, commente Jean Faniel, politologue au Crisp (Centre de recherche et d'information socio-politiques). A l'époque, le PS était incontournable. Pour former une coalition sans lui, en Région wallonne, il aurait fallu rassembler tous les autres partis. Y compris le Front national. " La direction socialiste sait compter. Dès juillet 2004, elle a concrétisé le joli rapport de force, au départ d'une position dominante en Wallonie, simplement confortable à Bruxelles : le PS dispose de 5 ministres sur 7 en Communauté française ; il contrôle la ministre-présidence et c'est un socialiste, encore, qui occupe le perchoir du parlement. Seul son renvoi dans l'opposition créerait l'événement. Pas sûr que le MR en aura les moyens, ni les alliés. Rien ni personne n'est intervenu pour rabibocher Didier Reynders et Joëlle Milquet, présidente du CDH, incapables de former une coalition " orange bleue " à l'échelon fédéral. Quant à Ecolo, il est loin le temps où il acceptait, sourire en coin, les man£uvres d'approche libérales. Les verts ont pris leurs distances, sûrs d'eux et de leurs alternatives en temps de crise(s). On le suppute, il faudrait une réelle bérézina socialiste pour inciter ces trois-là à gouverner ensemble, au sein d'une coalition équilibrée mais d'un genre inédit. En Wallonie et en Communauté française, où les libéraux rêvent désormais de faire la différence. Sinon, ce serait " business as usual ". Le PS, dont le président a annoncé qu'il se verrait bien aux commandes " pour dix ans encore ", à peine ébranlé par les critiques à l'encontre de son système d'occupation du pouvoir, resterait déterminant. Il se choisirait un seul allié, de préférence. Le CDH ou Ecolo, plutôt que le MR, avec qui les ponts semblent coupés. A moins que la mathématique n'impose une formule à trois - l' " Olivier " réunissant le PS, le CDH et Ecolo. Une alliance testée en Région bruxelloise depuis 2004, et expérimentée depuis peu à Huy. Signe des temps : le PS à bout de souffle y a survécu aux frasques de l'ex-bourgmestre Anne-Marie Lizin en signant un accord inattendu avec des écologistes et des humanistes. Principale victime : le MR. Philippe Engels