En douze titres, le disque dessine ce qui ressemble furieusement à une fin de partie, celle annoncée lorsque les rideaux rouges tombent, une fois la scène quittée par l'artiste. Façon de parler puisque Françoise Hardy, 74 ans, ne donne plus de concert depuis la fin des années 1960 : trop de malaise à paraître ainsi en public. Un retrait qui intensifiera probablement sa fonction d'auteure et ses rapports amoureux à une langue française que, à défaut de mieux, on qualifiera de " romantique ". Rien ne s'arrange ces dernières années puisque c'est le corps de la chanteuse qui affronte un autre regard : celui de la maladie et de la mort, av...

En douze titres, le disque dessine ce qui ressemble furieusement à une fin de partie, celle annoncée lorsque les rideaux rouges tombent, une fois la scène quittée par l'artiste. Façon de parler puisque Françoise Hardy, 74 ans, ne donne plus de concert depuis la fin des années 1960 : trop de malaise à paraître ainsi en public. Un retrait qui intensifiera probablement sa fonction d'auteure et ses rapports amoureux à une langue française que, à défaut de mieux, on qualifiera de " romantique ". Rien ne s'arrange ces dernières années puisque c'est le corps de la chanteuse qui affronte un autre regard : celui de la maladie et de la mort, avec même l'annonce d'un départ imminent faite au fils Thomas par un médecin. Disparition qui n'eut donc pas lieu. " Il est plus tard que tu ne le crois ", chante-t-elle néanmoins à l'entame du disque sur A cache cache, alors que des synthés eighties tissent une musique qui se veut moins grave. Dès la deuxième plage pourtant, la teneur mélancolique s'installe durablement. Hardy reprend ici Sleep, composition d'un groupe finlandais inconnu au bataillon, Poets of the Fall, dont elle écrit les paroles, comme c'est le cas sur neuf des douze morceaux du disque, son vingt-neuvième et le premier depuis 2012 et L'Amour fou. La troisième chanson, la plage titulaire, restitue précisément la carte des sentiments de Françoise, n'ayant jamais fait mystère de ses considérations sur l'amour : il sera blessé, forcément blessé. Avec, évidemment, Jacques Dutronc, en homme absent ou invisible, exilé en Corse ou dans ses virées masculines, playboy à la fidélité poreuse. Une histoire intime vissée aux souvenirs : " Tes yeux couleur de ciel/Quelque chose d'irréel/Et moi qui reste là à t'attendre. " Impeccable, comme la reprise du classique de Michel Berger, Seras-tu là ?, où Hardy prouve, là comme ailleurs, qu'elle n'a rien cédé de ses talents d'interprétation.Deux thèmes d'évidence croisent donc ici le fer : l'amour et la mort. Celle-ci est présente dans deux morceaux, " mais pas du tout volontairement ", comme l'explique Françoise Hardy dans de récentes interviews. On peut néanmoins imaginer que le cancer du système lymphatique qui l'a attaquée pendant une décennie - aujourd'hui en rémission - a dû creuser la réflexion sur le dernier des voyages. Dans Train spécial, Hardy parle bien de l'ultime départ : " Dans ce décor crépusculaire/Malmené trop souvent/Par des courants, des vents contraires /Il me reste peu de temps. " Avec aussi le grain cosmique de celle qui s'intéresse toujours aux astres : " Rien ne s'achève mais tout commence/Lâcher-prise général/Beauté de rêve, mystère, présence/Sous une pluie d'étoiles. " Parmi les contributeurs de l'album, le Marseillais Erick Benzi - complice de Goldman - se taille la part du lion avec quatre musiques. C'est lui aussi qui produit l'ensemble, à l'exception de son plus remarquable moment, signé et réalisé par La Grande Sophie, Le Large. Sur une irrésistible mélodie filandreuse, Hardy signe des mots qui semblent désormais libérés de toute crainte, de toute douleur : " Et demain/Tout ira bien/Tout sera loin/Là, au final/Quand je prendrai le large/Tout sera loin. " Pas trop vite, Françoise, pas trop vite...