Il a incarné la modernité absolue sans cesser de se référer à la tradition. Né vingt ans avant la fin du xixe siècle, Picasso a reçu une formation académique, comme il était alors de règle, faisant du Prado, à Madrid, son premier contact avec l'histoire de la peinture, avant d'arpenter le Louvre, au début des années 1900. Ainsi la présence du Greco ou de Velazquez, d'Ingres ou de Poussin, ou même de Cranach et de Grünewald...

Il a incarné la modernité absolue sans cesser de se référer à la tradition. Né vingt ans avant la fin du xixe siècle, Picasso a reçu une formation académique, comme il était alors de règle, faisant du Prado, à Madrid, son premier contact avec l'histoire de la peinture, avant d'arpenter le Louvre, au début des années 1900. Ainsi la présence du Greco ou de Velazquez, d'Ingres ou de Poussin, ou même de Cranach et de Grünewald, est-elle sensible dans nombre de ses tableaux. Picasso se posera d'ailleurs lui-même en héritier : " Un peintre, écrit-il, a toujours un père et une mère. Il ne sort pas du néant. "C'est ce dialogue artistique que recrée, par un jeu de confrontations, l'exceptionnelle exposition Picasso et les maîtres. L'inspiration, façon Picasso, ne fonctionne évidemment pas de façon banale. Elle ne relève " ni du pastiche ni de la paraphrase, mais de la réinterprétation sans tabou ni fétichisme ", explique Anne Baldassari, directrice du musée Picasso et commissaire de l'exposition. L'artiste étudie, s'approprie, déconstruit, reconstruit, s'amuse, provoque. A partir des années 1950, ce dialogue apparaît d'ailleurs de façon plus systématique. Les Femmes d'Alger, de Delacroix, Les Ménines, de Velazquez, et Le Déjeuner sur l'herbe, de Manet, deviennent ainsi prétexte à de très nombreuses variations. Picasso aurait sûrement aimé visiter ce musée imaginaire. Déjà, en 1947, il avait été invité à accrocher quelques-uns de ses tableaux aux côtés d'£uvres du Louvre. Et il avait choisi de les confronter à Zurbaran, Delacroix et Courbet. En 1971, à l'occasion de son 90e anniversaire, huit de ses toiles furent exposées dans la Grande Galerie du Louvre, son Arlequin voisinant avec le Gilles de Watteau. Il n'avait alors pu cacher son émotion. l Picasso et les maîtres. Galeries nationales du Grand Palais, Paris (VIIIe). Jusqu' au 2 février 2009. Picasso/Delacroix : Femmes d'Alger. Musée du Louvre, Paris (Ier.) Jusqu'au 2 février 2009. Picasso/Manet : Le Déjeuner sur l'herbe. Musée d'Orsay, Paris (VIIe). Jusqu' au 1er février 2009.Annick Colonna-Césari, avec Cécile Thibaud (à Madrid) et Marion Festraëts