de Christine laurent
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de Christine laurentTouché ! Normal, en matière de provoc', il sait y faire le bougre ! Surtout quand il s'agit de viser son meilleur ennemi, Didier Reynders. Dans le rôle de l'empêcheur de tourner en rond, c'est un seigneur. Philippe Moureaux aime lâcher ses petites phrases au vitriol au détour d'une interview, d'un débat, et à chaque fois, elles font mouche. Pour preuve, alors qu'il était interrogé sur la crise au PS liée à l'affaire Donfut, son Scud lancé via Le Vif/L'Express la semaine dernière contre le libéralisme ( lire notre édition du 15 mai) et qui allait faire grand bruit. La réplique du président du MR ne se ferait pas attendre. Cinglante ! Les couteaux étaient tirés, l'ambiance définitivement plombée. De tous les côtés, on flinguait ; gare aux dommages collatéraux ! îil pour £il, dent pour dent ! Au fil des jours, tous sont sortis du bois. Le MR Louis Michel pour arrondir les angles, la présidente du CDH Joëlle Milquet pour tenter d'éteindre l'incendie, la vice-Première ministre PS Laurette Onkelinx pour menacer de quitter le gouvernement, sans oublier aujourd'hui, dans nos colonnes, le MCC Gérard Deprez pour renvoyer le PS " pour dix ans " dans l'opposition. Bigre ! Un climat irrespirable, les médias jouant le rôle de caisse de résonance, de loupe grossissante. Et certains de craindre pour l'avenir du gouvernement fédéral. Qui veut encore gouverner avec qui ? Ambiance, ambiance... Car, du jour au lendemain, toutes les cartes ont été brouillées, les alliances bouleversées, les petits calculs dépassés. Quel avenir pour le PS à qui l'on prédit un Waterloo électoral ? Quelles perspectives pour le MR qui pourrait reprendre la première place en Wallonie ? Quid du CDH, sans doute amoindri, mais peut-être encore utile comme appoint ? Sans oublier l'apparition possible d'une polarisation gauche-droite, Ecolo-MR, impensable il y a quelques mois à peine ? Bref, les jeux ont rarement été aussi ouverts. Mais, revers de la médaille, ils s'inscrivent, aussi, dans une nouvelle donne qui passe par un changement radical des m£urs politiques. Tel est bien le signal fort envoyé par l'électeur. Dans ce contexte, les propos insultants, les uppercuts, les coups bas ne cachent-ils pas, de fait, un réel malaise ? Au sein même des partis traditionnels, contraints de prendre les bons virages et qui, faute d'y être parvenus à temps, ont laissé le champ libre aux Ecolos qui voient s'ouvrir de véritables boulevards devant eux ? Alors que, tant au PS qu'au MR ou au CDH, une jeune génération, tout aussi soucieuse de bonne gouvernance et d'intérêt général que les verts, peine à gagner en visibilité tant elle est écrasée par l'omniprésence des aînés. Mais le plus interpellant, dans l'embrouille actuelle, c'est bien sûr la vision simplifiée, toujours dangereuse, de l'autre. Le manque de maîtrise de soi des ténors, prêts à en découdre non pas sur le fond des dossiers, mais bien sur la surface des choses. L'escalade verbale, les postures. Bref, le rôle surdimensionné du passionnel. Mais probablement s'illusionne-t-on en croyant nos représentants ancrés profondément dans l'intelligence pure, le rationnel. Contrôlant leurs émotions alors que ce sont elles qui les contrôlent. Hélas, hélas, en politique, cela ne pardonne pas ! www.leVIF.BE