Joëlle Crockey n'a pas tenu la distance. Le 12 janvier dernier, cette fonctionnaire territoriale française à la retraite s'est endormie devant le premier débat télévisé de la primaire du Parti socialiste. Trop long, si peu d'idées neuves... Conseillère municipale d'opposition à Dunkerque, Joëlle a quitté le PS en 2015, après en avoir été " un bon petit soldat pendant trente-cinq ans ". L'an dernier, elle a rejoint En marche ! Comme tant d'autres socialistes lassés des guerres de courants, des discussions stériles, du manichéisme... " Au PS, on me disait sans cesse que j'avais des idées de droite ", témoigne Emmanuel Debost, médecin généraliste près de Dijon.
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Joëlle Crockey n'a pas tenu la distance. Le 12 janvier dernier, cette fonctionnaire territoriale française à la retraite s'est endormie devant le premier débat télévisé de la primaire du Parti socialiste. Trop long, si peu d'idées neuves... Conseillère municipale d'opposition à Dunkerque, Joëlle a quitté le PS en 2015, après en avoir été " un bon petit soldat pendant trente-cinq ans ". L'an dernier, elle a rejoint En marche ! Comme tant d'autres socialistes lassés des guerres de courants, des discussions stériles, du manichéisme... " Au PS, on me disait sans cesse que j'avais des idées de droite ", témoigne Emmanuel Debost, médecin généraliste près de Dijon. A tous, l'équipée d'Emmanuel Macron offre un grand bol d'air. " C'est jubilatoire ", assure l'un d'eux. Chacun loue la liberté de parole au sein des 3 500 comités locaux, entre citoyens venus d'horizons différents. " Cela me rappelle ce que Ségolène Royal avait initié en 2006 avec Désirs d'avenir ", note Annie Macé, une socialiste des Côtes-d'Armor qui votera Macron à la présidentielle. L'aventure attire beaucoup de curieux, pas toujours dotés d'une forte conscience politique, mais accueillis avec " bienveillance ", maître mot d'En marche ! " Certaines discussions ne sont toutefois pas exemptes de naïveté ", admet Philippe Vias, animateur d'un comité à La Rochelle, lui aussi venu du parti à la rose. La même souplesse prévaut pour la construction d'un mouvement qui entend privilégier démarche volontaire et autonomie de chacun. Si la direction nationale envoie parfois consignes et propositions à tester, " on est libre d'organiser ses propres actions ", assure une adhérente parisienne. De quoi déboussoler les transfuges d'un PS très hiérarchisé. Chez Macron, on peut rejoindre le comité de son choix, sur un critère géographique ou thématique, et en changer à sa guise. De même, les premiers échanges entre l'animateur et les nouveaux adhérents transitent par une plate-forme numérique où tous les contacts sont anonymes. " Ils doivent m'écrire ou venir à une réunion pour que je puisse récupérer les coordonnées de chacun et me constituer mon propre fichier ", concède Joëlle Crockey, qui supervise le secteur Dunkerque-Cassel. Mener campagne ne s'improvise pas. " Nous avons sorti un premier tract pour le meeting de Lille du 14 janvier. On me demandait combien il fallait en tirer, où les récupérer ", reconnaît l'ex-socialiste. " Heureusement pour Macron que nous avons ces réflexes militants ", dit en souriant Philippe Vias, qui avoue déceler ces mêmes pratiques chez d'autres " marcheurs ", venus, eux, de partis du centre droit. Entre anciens adversaires, la mayonnaise semble prendre. Au prix de quelques précautions. " On fait abstraction de la situation politique locale et on ne parle pas du passé ", explique Joëlle Crockey. Désormais rangés derrière Macron, tous s'en remettent à un socle de valeurs communes. " Mais, lorsqu'il déclinera des propositions précises, tout le monde ne s'y retrouvera pas forcément ", pointe le Dr Debost. D'autant que le fragile équilibre pourrait être mis à mal par un afflux massif de militants socialistes, déçus du résultat de la primaire ou soucieux de se placer en vue des législatives. Comme d'autres, la Bretonne Annie Macé a été prévenue par les adhérents de son comité : " Toi, on t'aime bien, mais tes copains du PS, on ne veut plus en entendre parler ! " PAR THIERRY DUPONT