D'un accrochage douloureux au sein duquel les êtres humains semblent être plus que jamais ces "singes d'hommes tombés de la vulve des mères", promis par Rimbaud et pris en pitié par le visiteur, on retient tout particulièrement un tableau. Il donne à voir un fauteuil vide agonisant sous une lumière qui ne l'est pas moins. "Un fauteuil métaphysique", note Jean Marchet...

D'un accrochage douloureux au sein duquel les êtres humains semblent être plus que jamais ces "singes d'hommes tombés de la vulve des mères", promis par Rimbaud et pris en pitié par le visiteur, on retient tout particulièrement un tableau. Il donne à voir un fauteuil vide agonisant sous une lumière qui ne l'est pas moins. "Un fauteuil métaphysique", note Jean Marchetti, éditeur et galeriste du Salon d'Art, et c'est exactement cela. Métaphysique comme l'était et le sera pour toujours une paire de godillots de bûcheron peinte par Van Gogh, trace d'une présence au monde qui conduira le philosophe Martin Heidegger sur des chemins qui ne mènent nulle part. Invitant à s'arrêter plutôt qu'à déambuler, même s'il existe des errances immobiles et internes, l'assise de Jean Rustin (Montigny-lès-Metz, 1928 - Paris, 2013) invite au silence du titre de l'exposition. On pense alors à la salutaire injonction d'un autre penseur, Ludwig Wittgenstein: "Ce dont on ne peut parler, il faut le taire." On devrait s'en tenir là, ne rien écrire de l'art de Jean Rustin mais l'orgueil s'y refuse de tout son ego. Comment pourrait-il en être autrement d'un peintre passé de l'abstraction à la figuration? A la manière d'une sorte de retour du refoulé, cette figuration s'est emparée de ce qui est probablement le plus figuratif: le visage, les mains, les corps même vus de derrière. Des dessins jouxtent des peintures. L'oeil s'arrête sur les carnations, ces profondeurs suggérées par l'épiderme, celles de surfaces qui laissent entrevoir le sang, les humeurs, comme un rappel adressé au sujet dont la misérable condition suppure en permanence. Sur tout ce pantomime pictural plane le spectre de la démence, parti pris existentiel qui effraie en ce qu'il dit cette vérité dont la dissimulation nous ronge.