L'univers fantastique rêvé par l'artiste abrite une multitude d'animaux mystiques et d'espèces protéiformes. Des taureaux ailés y côtoient des oiseaux au plumage tacheté ou encore des serpents zébrés... Pourtant, dans ce climat mêlant mystère, magie et poésie, l'artiste nous livre une critique de la société. Ces créatures à première vue innocentes dénoncent et caricaturent avec causticité nos comportements sociaux, y compris les excès et dérives qu'ils peuvent impliquer. Leurs regards accusateurs trahissent un sentiment de révolte ou de rage, à l'instar de Frank Slabbinck, t...

L'univers fantastique rêvé par l'artiste abrite une multitude d'animaux mystiques et d'espèces protéiformes. Des taureaux ailés y côtoient des oiseaux au plumage tacheté ou encore des serpents zébrés... Pourtant, dans ce climat mêlant mystère, magie et poésie, l'artiste nous livre une critique de la société. Ces créatures à première vue innocentes dénoncent et caricaturent avec causticité nos comportements sociaux, y compris les excès et dérives qu'ils peuvent impliquer. Leurs regards accusateurs trahissent un sentiment de révolte ou de rage, à l'instar de Frank Slabbinck, toujours plus perplexe face au matérialisme et aux horreurs que véhicule l'actualité. La toile devient dès lors l'exutoire au travers duquel l'artiste exprime ses colères, ses frustrations mais aussi ses passions. Dès que l'on s'intéresse de plus près à l'£uvre de Slabbinck, on remarque l'existence d'éléments récurrents. Ceux-ci nous intriguent et la tentation d'interroger l'artiste sur ces détails se fait de plus en plus grande. En observant méticuleusement ses toiles, on constate très souvent la présence discrète d'un visage humain au regard décidé qui fixe le spectateur que nous sommes. Peut-être guette-t-il nos moindres réactions ? En " réalité ", ce personnage nous invite à découvrir un univers magique, à entrer mentalement dans le tableau. Enfin, il nous rassure et nous indique que, dans ce monde imaginaire et onirique, il y a aussi de la place pour l'humain. Notons également la présence singulière du numéro " 591 ". On aurait envie de croire à une signification symbolique chargée de poésie... mais la réalité est tout autre : il s'agit du numéro de matricule scolaire que Frank Slabbinck portait quand il fréquentait l'enseignement catholique brugeois. L'artiste confie que, dix années durant, il n'entendit pas une seule fois son nom... Seulement ce chiffre déshumanisé qui reste, aujourd'hui encore, profondément tatoué dans son être. Ce sont sans doute ces souvenirs douloureux et l'overdose de catholicisme de ses jeunes années qui incitent l'artiste à s'intéresser à d'autres religions, à découvrir d'autres cultures (entre autres, africaines et sud-américaines). Celles-ci deviendront de nouvelles sources d'inspiration pour son intarissable imagination. Au milieu de cet amalgame de créatures de tous bords, on constate aussi de nombreuses références à l'histoire de l'art, comme cette Odalisque d'Ingres emprisonnée dans la partie inférieure de Stimulus (voir ci-contre) ou encore cette frise, dans le même tableau, qui nous rappelle la production de l'Antiquité gréco-romaine. Des toiles qui se veulent à la fois dénonciatrices des malaises actuels mais aussi, à l'image de l'artiste, résolument optimistes. La bonne humeur est communicative, l'£uvre de Frank Slabbinck en est la preuve. Bruges, Absolute Art Gallery, 4-5, Dijver. Jusqu'au 24 mai. www.absoluteartgallery.com GWENNAËLLE GRIBAUMONT