Georges Ugeux, 63 ans, est un homme brillant. Tous en conviennent, et lui le premier. " Je suis le mieux placé pour prendre la présidence de Fortis, lâche-t-il. J'agis par conviction. Sinon, je ne l'aurais pas fait. " Certains de ses amis ont perdu beaucoup dans cette débâcle : il sait de quoi il parle. Et il pense pouvoir être utile.
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Georges Ugeux, 63 ans, est un homme brillant. Tous en conviennent, et lui le premier. " Je suis le mieux placé pour prendre la présidence de Fortis, lâche-t-il. J'agis par conviction. Sinon, je ne l'aurais pas fait. " Certains de ses amis ont perdu beaucoup dans cette débâcle : il sait de quoi il parle. Et il pense pouvoir être utile. De lui, on dit qu'il est vif, créatif, qu'il connaît du beau monde et les marchés financiers comme sa poche et qu'il fait preuve d'une force de travail peu commune. Ajoutez à cela son sens de la communication, une certaine finesse politique et une bonne dose de charisme. C'est tout ? Non. " Il voit souvent juste avant les autres, affirme un responsable politique. Il a été l'un des premiers à donner l'alerte sur la crise du système bancaire américain, bien avant qu'elle n'éclate. "Pour affronter la vie, Georges Ugeux a cumulé les diplômes de droit et d'économie à Louvain. Sur les bancs de l'université, il s'engage dans les instances étudiantes. " C'était un meneur, avec des convictions philosophiques et sociales fortes ", insiste l'un de ses anciens condisciples. Sa carrière se déroule ensuite dans la finance. Alexandre Lamfalussy, son professeur, l'a marqué, comme Etienne Davignon, qu'il côtoie à la Générale de Belgique et dont il se réclame l'élève. " Il peut arriver que le disciple soit en désaccord avec le maître ", glisse-t-il. Sans commentaires. Georges Ugeux aurait pu tâter de la politique, " qui consiste à £uvrer pour le bien commun. J'avais cette vocation-là, je l'ai accomplie par un autre biais ". C'est qu'entre-temps il a vécu l'épisode du " Walen buiten ", qui l'a dégoûté. " Je cherche les points de consensus et pas l'opposition dans des luttes fratricides. " La politique n'était donc pas faite pour lui. Aucun parti n'a d'ailleurs fait appel à lui. Son milieu familial et ses liens avec l'ex-ministre des Finances Philippe Maystadt lui ont néanmoins valu l'étiquette de social-chrétien qui, avec le temps, a perdu de son adhérence. Après douze ans passés aux Etats-Unis, la Belgique lui manquerait-elle pour qu'il se porte candidat à la tête de Fortis ? S'il décroche le poste, il ne reviendra en tout cas pas vivre ici. " Je peux consacrer le temps et la disponibilité nécessaires à la présidence de Fortis où que je sois ", insiste-t-il. Pour suivre les assemblées générales des actionnaires de Fortis, voici quelques jours, il a fait deux allers-retours New York-Bruxelles la même semaine. Qu'est-ce qui fait courir Georges, alors ? D'abord, même s'il le nie, il a un compte à régler avec la Générale, coupable de ne pas l'avoir écouté quand il avait raison, déjà, dans les années 1980. Le financier n'a pas apprécié non plus que Philippe Bodson, administrateur de Fortis, s'oppose à son entrée au conseil, quand il était encore question qu'Etienne Davignon le présideàEnsuite, ce père de quatre enfants, marié à une remarquable économiste reconvertie dans la psychanalyse, est aussi un homme ambitieux. " Il a un ego surdimensionné ", dit l'un. " Il fait tout pour tirer la couverture à lui ", embraie un haut commis de l'Etat. " Et alors ? " répliquent ses amis. Autant en profiter, même si, parfois, son appétit le rend difficile à vivreà Opportuniste, Georges Ugeux ne dit pourtant du mal de personne. Il se bat à la régulière. " Selon moi, il est le meilleur pour prendre la présidence, tranche un actionnaire de Fortis, qui le connaît bien. Il ne traîne pas de casseroles derrière lui, il n'a pas d'amis à couvrir, et il ne mâche pas ses mots. Il n'aura donc pas peur de piétiner certaines susceptibilités. "Ce n'est pas sûr. S'il se dit sensible aux attaques, aux conflits et aux distorsions qui pourraient survenir entre ce qu'il est réellement et l'impression qu'il donne, le banquier d'affaires reste très attaché à son image. " J'assume la notoriété, mais je ne la recherche pas ", se défend-il. Que penser des interviews qu'il a régulièrement accordées aux médias belges, depuis New York ? Comme s'il avait toujours prévu de revenir ici... A son âge, et avec le parcours qui est le sien, ce n'est plus l'ambition personnelle qui le guide, rétorque-t-on dans le camp des petits actionnaires. " Il a été choqué par ce qui s'est passé chez Fortis, résume Pierre Nothomb, du cabinet Deminor. Passer par la voie des actionnaires minoritaires représentait un risque pour lui, mais il a eu raison de le prendre. Ça l'amuse. " A ce jour, les conditions salariales liées à la présidence de Fortis n'ont, en tout cas, jamais été abordées. " Sa carrière est moins brillante et plus erratique qu'elle n'en a l'air, à l'image du personnage, tranche un banquier. A New York, où il était chargé des introductions en Bourse des sociétés étrangères, il avait un boulot de représentant de commerce ! Il est imprévisible, parfois superficiel, et son éthique peut être fluctuante. Non qu'il soit malhonnête, mais il a des sincérités successives qui se contredisent de temps en temps. "Georges Ugeux n'a pas d'ennemis : le sentiment d'inimitié lui est inconnu. " Je digère vite les événements ; d'autres sont plus lents ", lâche-t-il, perfide. Nourri au biberon de lait catholique, ce financier a été élevé avec ses cinq frères dans le souci de la rencontre et le respect de l'autre. Du coup, il maîtrise six langues européennes. " Mes connaissances de l'arabe, du chinois et du japonais sont extrêmement sommaires ", dit-il sans rire. LamentableàLaurence Van Ruymbeke