Un peu moins fréquentée que sa concurrente, la Foire des Antiquaires qui a reçu cet hiver quelque 36 000 visiteurs, moins prestigieuse que l'incomparable Tefaf de Maastricht qui s'est terminée le 22 mars avec un chiffre de fréquentation en hausse (73 000 visiteurs), Eurantica reste un rendez-vous incontournable. D'abord, pour la qualité des pièces exposées qui auront toutes été jugées par un comité d'experts indépendants. Ensuite pour le climat particulier des stands qui rivalisent d'ingéniosité en évoquant les collections des chambres et salles de palais et hôtels particuliers des temps anciens. Si certains marchands jouent la carte de la curio...

Un peu moins fréquentée que sa concurrente, la Foire des Antiquaires qui a reçu cet hiver quelque 36 000 visiteurs, moins prestigieuse que l'incomparable Tefaf de Maastricht qui s'est terminée le 22 mars avec un chiffre de fréquentation en hausse (73 000 visiteurs), Eurantica reste un rendez-vous incontournable. D'abord, pour la qualité des pièces exposées qui auront toutes été jugées par un comité d'experts indépendants. Ensuite pour le climat particulier des stands qui rivalisent d'ingéniosité en évoquant les collections des chambres et salles de palais et hôtels particuliers des temps anciens. Si certains marchands jouent la carte de la curiosité comme Ludwig Simons d'Anvers, si çà et là on rencontre des £uvres de James Ensor, Léon Spilliaert ou Edgard Tytgat, voire des pièces ethniques et des parures (le bijou semble bien être aujourd'hui une valeur refuge chez Ahrend ou Bart Wille), les héros du jour relèvent davantage des catégories de l'objet décoratif et du meuble. De la marqueterie d'écaille du xviie siècle à celle réalisée à partir d'une palette de bois exotiques au siècle de Jean-Jacques Rousseau et de l'usage des bois fruitiers dans le mobilier 1900 (de belles pièces signées Horta ou Serrurier-Bovy) à l'intégration de peaux de crocodile à l'heure du Charleston, le beau garde la cote. Côté c£ur, parce que plus une £uvre étonne (sa fabrication entre autres), plus elle fascine. Côté raison ensuite car, si les nouveaux collectionneurs venus des pays émergents ont fait exploser les prix de l'art contemporain, il semble, d'après un rapport récent demandé par la Tefaf, que les arts anciens et particulièrement les arts décoratifs soient peu touchés et constituent même un investissement sûr. Pour sa 28e édition, Eurantica met l'accent sur la magie visuelle produite par les miroirs, les feux du cristal et l'argenterie. L'occasion de redécouvrir, sous un angle inédit, le xviiie siècle de Louis XV et de son successeur. L'heure est alors à la convivialité. Les fauteuils sont plus légers, plus accueillants, plus clairs et fleuris. Menuisiers sculpteurs et garnisseurs, créateurs de tissus et bronziers, marqueteurs et peintres de chinoiseries entremêlent leur savoir-faire. La ligne souple (le profil dit en arbalète ou encore le galbe lui-même des meubles chantournés) rompt avec la rigueur architecturale des bâtis anciens. La courbe devient symbole de la souplesse d'esprit que les salons mondains cristallisent. Et, de même, les miroirs qui se généralisent sur les dessus de cheminées, entre les fenêtres, sur les tables, dans les encoignures, voire sur les appliques de bougeoirs. Le cristal de roche importé de Suisse et taillé à Milan que l'époque Louis XIV avait mis à la mode, envahit à son tour les demeures. Tout le beau monde réclame la magie des brillances et des reflets et même sur la table où le repas favorise échanges et curiosités. Or de nouveaux aliments sont depuis peu importés. On invente donc, dans l'argent brillant, le sucrier, le moutardier, la cafetière et la chocolatière, la théière et les couverts... Alors, à défaut d'acheter, on peut toujours rêver. Eurantica, Brussels expo, hall 5. Jusqu'au 29 mars. De 14 à 19 heures. Le samedi et le dimanche, de 11 à 19 heures. Le 27, Ladies Day. Guy Gilsoul